‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 26 sur 53 · Cf. Sorel, La question d'Orient, au XVIII' siècle · texte numérisé non relu

Cf. Sorel, La question d'Orient, au XVIII' siècle

Le GATEAU DE3 R018,

d'après la gravure de N. le Mire.

il\2 LA nrSSFE AI' XVIII* SFÉCKE

tout faisait pr(''Voir que lo })rofçrL's vers VVM de ces piiissancps lUî s'arrrlcrail pas là, (jiic Ifiirs frontières (iniraicnt par toucher la Hussie. A la vérité, Callieriiio II était résolue à ne plus permettre de partage, à conserver entre elle et les Etats pormaui^pios une zone intermédiaire qui serait soumise à son inlluence, (omme TaNailélé la l'ologrw d'avant 1772. Mais pour sauver ce débris, cet État tampon, il aurait fallu, à l'égard, non seulement des Polonais, mais encore dos Turcs, une extrême prudence ; faute de laquelle on devait se retrouver, en un nouveau jour de « pressant besoin », à la discrétion de la Prusse et de TAuf riche.

En 177i, la i>remière guerre avec la Turquie avait pris tin par le traité de Koutchouk-Kainardji. La Hussie y avait gagné les vallées du Terek et du Kouban, Kertch et Y'enikalé, à rentrée de la mer d'Azof, Kinburn, à l'embouchure du Dnieper, et la steppe jusqu'au Hong, c'est-à-dire l'acccs du Caucase, de la mer Noire et du bassin du Danube. Concession plus importante encore, la Porte avait reconnu l'indépendance des Tatars de (Irimée, (;'est-à-dire leur passage dans la clientèle russe. Enlin, certains articles habilement disséminés dans le traité assuraient à la Russie le protectorat dos sujets orthodoxes de la Porte, et particulièrement des principautés moldo-valaques.

En attendant que ces dispositions fissent éclater une nouvelle crise, Catherine II pouvait s'occuper de politique européenne, et prendre ce rôled'arbilre des puissances qu'elle avait ambitionné dès le commencement de son règne. En 1779, elle intervint dans le conflit provoqué par les effort? de Joseph II pour s'emparer de la Bavière ; elle fut médiatrice, avec Louis XVI, du traité de Teschen entre l'Autriche et la Prusse, et saisit l'occasion pour se faire reconnaître garante de la constitution germanique. En \ 780, elle proclama, à rencontre des prétentions de l'Angleterre, les principes de la neutralité armée, et groupa autour d'elle.

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dans une ligue] de neutres, tous les Ktats riverains de la Baltique. Mais ces succès épisodiques ne lui faisaient pas

perdre de vue les affaires d'Orient. En 1783, elle accepta, malgré les protestations des Turcs, le protectorat de la Géorgie que lui offrait le souverain du pays, Heradius. En

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1777, ù lu suite de troubles en (Irirnée, elle y avait fait un klian à elle, un Slanislas-Aiif^nslc musulman : (•«' klian ayant été renversé par un soulèvement pojiulaire, elle annexa la Crimée, en 17S4, et les travaux, «l'un nouveau port, Sévaslo|)ol, destiné îi menacer (!onstantino|)le, y furent immédiatement commencés. Knlre temps, des né^'ociations secrètes avec Joseph 11 ii\aicrit aliotiti à l'adoption (riin plan de parlajîe de l'Kmpire turc. L'Aulriche s'étendrait le lonj; de rAdiiali(jut', la Hussie le lourde la mer. Noire; entre les deux puissances on établirait un Klat danubien, la iJacie, ou même, en cas de victoire complète, un nouvel empire grec, avecdonstantinople pour capitale, au profil d'un prince russe. Et les démonstrations menaçantes se succédèrent, si bien que les Turcs, perdant palieiic»', prirent l'initiative de la guerre, en 17S7.

Elle ne répondit pas, t(tnl d'alxjrd, îiux espérances des coalisés. Les Autrichiens échouèrent à peu près partout ; les Russes, plus heureux, furent aux prises avec de graves difficultés, par suite de l'intervention soudaine de Gustave III. Il leur fallut de lourds sacrifices pour se dé'fendre sur la frontière de Tinlande et les côtes baltiques, et en même temps attaquer sur le Danube. L'Angleterre menaçait d'intervenir. La Prusse, de son côté, prise soudain d'un beau zèle pour l'intégrité de la Turquie, massait des troupes, liait partie avec les Polonais, les encourageait à réformer leur constitution, à améliorer leur armée, concluait avec eux une alliance offensive et défensive, reprenait le jeu de l'Autriche en 1772, et comme en 1772, la Russie victorieuse se trouva dans la nécessité d'acheter la paix, fort cher, à des gens qui n'avaient pas tiré un coup de fusil.

D'abord Catherine traita avec Gustave lll à Verela (1790), en reconnaissant les modifications qu'il avait apportées à la constitution suédoise. En 1792, le traité de lassy, avec les Turcs, lui laissa la Crimée, Oczakof, le pays entre Roug et

Dniestr. Restait à punir les Polonais de leur tentative d'émancipation.Mais, pour cela, il fallut bien s'entendre avec les Prussiens. Ce fut le second partage de la Pologne (1793i, bientcM

Les provincks conquises sur les Turcs et les Tatars (revers de la médaille commémoralivo du voyage de Catherine II en Tauride).

suivi d'un soulèvement national, et, celte fois, d'un partage définitif. La Prusse fut la mieux partagée ; elle eut en WJi Thorn, Danzig, la Poznanie, en 1796, le reste de la Grande Pologne avec Varsovie. L'Autriche qui n'avait pas pris part au second partage, fut largement dédommagée, au troisième, par l'acquisition de Cracovie et des territoires polonais qui s'allongeaient, vers le nord, entre les possessions prus-

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siennes et la Lilliuiinie. Celle-ci lui la jiarl de la Hnssie, avec la INxIolio, la \(>lliyni<', et, Ion! an nord, la Samogilie. La Conrlande fui annexée (|n('l(ini's mois jjIiis tai<l.

Si nous laissons «le eôtr* les ojn'ralions inililaires que Catherine lit entreprendre au Cancjisrî dans les dnniers mois de soji règne, et les années ineoliérenles et stérih's du gouvernement de Paul 1", qui sont déjà d'une autre pério<le historique, nous pouvons dire que le troisirme parla^M* de la Pologne elùt le xyiiT si«'ele russe, coinme l'expédition d'A/.of l'avait commencé en l(i!)(). La liquidation des démêlés de la Russie avec ses eFinemis hislori(jues s'encadre rnlre ces deux dates : la réintégration des terres russes jadis conquises par les Polonais et par les Suédois, est achevée; d'autre part, la Russie a conquis, en dehors de ses anciennes limites, les issues nécessaires pour assurer sa communication avec rEuro|)e ; la fundation d'Odessa, dans les premières années du xix' siècle, répond à celle de Pétersbourg, un siècle plus tôt.

Ces succès rapides font du « danger moscovite », dès ce temps, le lieu commun des puhlicistes européens. Ils dénoncent l'avidité des tsars, leurs ressources infinies, les cheminements tortueux par lesquels leur diplomatie fraye la voie à leurs armées jusqu'au cœur de l'Kurope. Le " testament de Pierre le Grand » composé précisément À la fin de celte période, est le type achevé de la littérature anti-russe qui sévit dans tous les pays.

A vrai dire, l'examen des faits ne justifie pas ces alarmes. Si la Russie a marché vers l'Occident, l'Occident aussi a marché vers elle : le partage de la Pologne et l'installation des Allemands sur la Vistule et sur le Dniester constituent des succès fort relatifs. Du côté de la Suède, depuis que Gustave III a restauré l'autorité royale, le progrès russe est enrayé. Du côté de la Turquie, les grands projets de Cathe-

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rine II n'ont pu être réalisés, partie faute de ressources suffisantes, partie parce que Topposiliou de l'Europe est devenue, à chaque tentative russe, plus consciente et plus résolue. Dans rEuro|)e centrale, enfin, l'influence russe a plutôt diminué, depuis que l'AUeniagne du Nord, jadis ouverte aux entreprises de Pierre le Grand, a vu naître une grande puissance militaire, la Prusse.

A la finduxviii" siècle, la Russie a donc atteint les limites de sa zone d'extension facile. On peuld<''jà conjecturer «lu'elle ne s'agrandira plus guère en Europe, à moins de cataclysme politique : effectivement, il faudra la crise napoléonienne pour lui donner la Finlande et la Pologne centrale, et quatre grandes guerres contre les Turcs, en ce siècle, nelui vaudront qu'une province insignifiante, la Bessarabie. Mais cet arrêt de l'extension russe n'a pas été un mal, même pour la Russie. Beaucoup des co'nquètes de l'ierre le Grand et de Catherine II n'étaient, en effet, que des conquêtes sur la carte. D'une part, à l'ouest, les provinces halticpies et surtout les provinces lilhuano-polonaises étaient complètement étrangères à la Russie ; il fallait les russifier. D'autre part, les steppes enlevées aux Turcs et aux Tatars, étaient un désert; il fallait coloniser ce désert, pour que le littoral de la mer Noire, cette précieuse acquisition de Catherine II, devint pour la Russie, une œuvre de force, et non de faiblesse. En définitive, le xviii' siècle a construit le cadre de la Russie moderne; il appartenait au xix' siècle de le remplir.

ÏKOISlf:ME PARTIE

LA J>IATION

SES Éléments; ses différentes classes, l influence de la

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