‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 27 sur 53 · RÉFORME SI H LEURS RAPPORTS · texte numérisé non relu

RÉFORME SI H LEURS RAPPORTS

Nous venons de voir quelle transformation profonde uni subi, au xviii" siècle, le j^ouvernemenl et ses organes. Bien que touchée moins directement par le torrent des nouveautés, la masse de la nation, elle aussi, a changé plus entre 1700 et 1800, qu'elle ne l'aNait fait juMidant tout.- riii-l..in'' de Tancienne Moscovie.

D'abord, sa composition ethnographique a varié. Jadis, le peuple moscovite éhiit remarquablem«'nt homogène, en dépit des éléments très divers qui étaient entrés dans sa composition primitive. Si Ton met à part les allogènes (inorotzy) de la Volga et de Sibérie, soumis depuis le milieu du xvi' siècle, et, jusqu'à un certain point, les Cosaques de l'Oukraïne, qui se sont donnés volontairement à Alexis Mikhaïlovitch, on peut dire qu'il n'y avait en Moscovie, au xvii* siècle, qu'une seule foi, une seule langue, une seule tradition nationale. Au xviir siècle, au contraire, dans la Moscovie devenue la Russie, c'est un débordement d'éléments nouveaux. D'abord, des masses d'étrangers entrent au service russe, puis

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la <oiiqin"^le(les provinces balliqncs et do lu Finlande méridionalo donnent aux (surs <les sujets allemands, lettons, estlionicns, Ichondes, finnois, suédois, (iallicrine II, à la fin du siècle, annexe des Tatars de (Irinn-e, des Lilliuaniens, des Polonais, des Courlandais. La Hussie nouvelle est singulièrenienl l)if;ai'rée. A vrai dire, la masse de la |)0|»ulalion, ee sont encore les paysans grands-russes ; mai-^ les cLissc^ dirigeantes ne sont plus qu'à demi-russes.

Second «liangement : tous les souverains russes du xvm' siècle ont Ir-f^ifr-n' à outrance pour créer dans leurs Klals des eondilions sociales analogues à celles de IKurope. Jl en est résulté que les diderences un peu vagues, qui jadis séparaient les diverses classes, se sont accentuées; que les classes intermédiaires, entre paysans et nobles, pur exemple, ont disparu, ou diminué d'importance; que les uns sont descendus, tandis que les autres montaient; qu'entre les uns et les autres, les difïV'rences de culture ont encore élargi l'abîme. Kntre le moujik et le noble façonné à la française, il y a à peu près autant de différence qu'entre ce même moujik et un Européen quelcon(jue. Ce pliénomène de dissociation explique les apparences de fragilité que présente de loin l'édifice russe à l'observateur étranger, les guerres sociales que nous aurons à mentionner, et les prédictions sinistres que l'on entend, un peu partout, sur l'avenir de la Russie.

La compensation — relative — à cette « déséquilibration » intérieure, c'est l'accroissement prodigieux de toute la masse. A l'avènement de Pierre 1", il n'y a guère qu'une quinzaine de millions de Russes ; à la fin de son règne, le nombre n'en a pas augmenté, malgré les conquêtes ; mais de 1725 à 1763, il dépasse vingt millions, par le simple excédent des naissances sur les décès. Sous Catherine II, les annexions ajoutant à l'accroissement normal, la Russie gagne douze à seize millions d'àmes, et l'on peut compter

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