Mémoires de Ducret
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batof, l'une d'elles n'est pas douteuse ; le gouvernement des impérutrices,avee ses coups de faveur et ses fortunes scandaleuses, n'('lail pas fait pour pousser à la vertu. Par contre, lu valeur exacte de rinlhH'Uce europccnrie est moins facile à dc^'terminer. En un sens, elle a ('lé mauvaise ; elle a séparé du peupli' les nohl<'S, non pas seidcnienl parlaloi maisencore par les mo'urs. Le noble a cessé de s'habiller comme les autres tinsses; il a souvent abandonné leurs croyances séculaires; conformément aux conseils du Miroir de la jeunesse, et pour mieux se dislin^uerdesgens i\\\ commun, il sest mis à [)arler une langue — le fran(;ais — qui leur est inintelligible, lievenu homme d'une autre espèce que ses paysans, il a eu moins de scrupule à les pressurer, d'autant <jue la counaissance de riùirope lui a donné des goûts dispendieux. .Mais ce ne sont pas les idées européennes qui ont créé et dévelo|)pé le servage ; elles l'ont adouci parfois et, dès le xvin" siècle, elles ont préparé sa chute. Enfin, il ne faut pas oublier que si, dans ce même siècle, la Russie est devenue grande, elle l'a dû. pour bonne part, aux « gens de service », officiers, administrateurs, écrivains, diplomates, qui ont été son « intelligence » longtemps avant que ce mot français ne fût russifié.
l'église, le clergé, les sectes
I. L'É|<lise russe : sa situation dans l'État. La pulitique de Pierre le Grand à son égard. Suppresâioa du patriarcat. EtTorlspour relciu-scr N- nixcau mural du cli-rtrè : leur échec, et ses causes.
Le clertfé rèj^ulier : la (îuerre aux monastères.
II. Les sectes. Leraskol: son origine et son extension. Les sectes dérivées du raskol. Altitude de l'État à leur égard : les persécutions ; la tolérance relative de Catherine II.
Étiit moral des masses à la fin du siècle.
Depuis sa conversion au clirislianisme,la Russie appartient à la religion grecque orthodoxe. Elle s'est donc trouvée séparée de l'Occident catholique ou protestant, non seulement par l'immensité des distances, mais encore par des difîérencos d'opinion sur la procession du Saint-Esprit, par exemple, ou la non-existence du purgatoire et l'autorité du pape : de bonne heure, l'Orient et l'Occident se sont traités mutuellement de schismatique et d'hérétique. Cette rupture morale n'a pas été sans contribuer à la lenteur des progrès du monde russe, mais, par contre, elle lui a épargné quelquesunes des épreuves des pays occidentaux. Pas plus que les autres pays orthodoxes, la Russie n'a connu la querelle des investitures, ni celle du Sacerdoce et de l'Empire. Fidèle aux doctrines byzantines, l'Eglise russe ne s'est jamais insurgée
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conlic 1<' pouvoir Iciiiitorcl, cl son liisloircî |»olili(|iie. avant Pierre le Grand, serait à peu près nulle, si Boris (jodounofne lui avait donné une espèce de pape en la personne du métropolite de Moseou, qu'il lit sacrer patriarche, en 1oH9, moyenniinl (iiiances, par le patriarche de (ionstantinoplc. Son hul avait été de rehausser le presti^<î religieux de Moscou, d'en faire la capitale du monde orthodoxe, la nouvelle Rome, héritière de la Home latine, devenue schismalique, et de la Home grecque, tomhée au pouvoir des Musulmans : le résultat fut de créer, en face de rautorité tsarienne, une autorité rivale. Au xvii* siècle, les patriarches de Moscou, investis «l'une immense autorité religieuse, entourés de boiars, de gardes, de chambres financières et administratives, jouèrent un rcjle politi(ju«* inouï dans un pays orthodoxe ; l'un d'eux, Nikone, |)ut se croire un pape « La sublime autorité du sacerdoce, écrivait-il, nous ne la recevons ni des rois ni des empereurs. Le sacerdoce est bien plus grand que la royauté-... rien n'est plus inique qu'un tsar jugeant un évoque. » Mais, tombé dans la disgrâce du tsar Alexis, Nikone fut jugé, condamné, incarcéré dans un couvent. Un autre patriarche lui succéda, mais l'Eglise russe était revenue à ses traditions d'obéissance, d'autant plus forcément qu'assaillie, à ce moment même, par la grande hérésie du raskoL elle avait perdu beaucoup de son autorité sur les masses ; ce qui ne facilita pas peu la réussite des innovations de Pierre le Grand.
Celles-ci ont un caractère exclusivement politique. Bien qu'il eut beaucoup vécu avec les luthériens de la colonie allemande de Moscou, et qu'il eût puisé dans leur commerce, aussi bien que dans ses voyages à l'étranger, une largeur de vues parfois un peu sceptique, le Héformateur n'a jamais entendu toucher à la religion nationale. Mais elle s'était si bien fondue avec les habitudes moscovites que toute atteinte aux unes avait l'air d'une offense à l'autre. 11 était admis que