L'ÉGLISE, LE CLERGÉ, LES SECTES
fumer et se raser étaient des péchés mortels. Or, Pierre ne voulait autour de lui que des mentons glabres, à l'européenne ; d'autre part, il comptait sur le monopole du tabac pour remjilir le Trésor. Il kii fallait donc un clergé assez soumis pour ne pas partir en guerre contre les nouveautés. Mais ce n'était pas encore assez de la soumission : Pierre voulait que le clergé coUaborAt au relèvement intellectuel de la Russie, qu'il prit sa part du mouvement, et que, pour cela, il s'instruisît lui-même. Discipliner d'abord, éclairer ensuite, telle fut la double lâche du Héfurmateur.
Alexis avait brisé .Nilione, mais laissé subsister le patriarcat. Pierre ne se lu\ta pas tie le détruire. Il laissa vieillir sur son trône, tout en le surveillant de près, le patriarche Adrien ; après sa mort, au lieu de lui donner un successeur, il conlia la gestion de la manse patriarcale, avec le titre d'exanpie, à un Petit Hussîen dont il était sur, Stéfane lavorski. (lelui-ci attendit vingt ans le bàlon de patriarche : ce qui vint, au bout de ces vingt ans, ce fut une nouvelle organisation de rKglise. Pierre en délé'gua le gouvernement à un « Collèfje S/nri/uei », h l'instar des Collèges auxquels étaient conliées les diverses parties de l'administration de ri^npire. Bientôt il fut transformé en un Saint-Synode, composé d'évèques ; un Procureur général, sorte de Ministre des Cultes, dut y représenter les intérêts de l'Ktat. Dans cette nouvelle organisation, un patriarche n'avait plus de place, et c'était bien ce qu'avait voulu le Tsar. Son conlidenl, encore un Petit Uussien, Feofane Prokopovitch, archevêque de Novgorod, en exposa le motif dans son Jiiylemcnt ccclésiast'u/ue. « Le peuple s'était habitué à considérer le suprême pasteur comme un second souverain... à prendre parti pour lui contre le tsar... se iigurant embrasser ainsi la cause de Dieu. » Personne ne protesta, et pour cause ; depuis vingt ans, le haut clergé avait été entiè-
rcment ronoiivelf'N et rempli del^etits Russiensà la dévotion, du goiivornemont.
Au milieu dfs bouleversements incessants du x.viii* siècle, l'organisation dont Pierre le Grand avait doté Tr^jçlise resta iuliiclc. Une scide fois, sous le f;ouvern«'ment nsu^lionnairc d(*s Dolj^oroulvi, il fut question de rétablir le patriarcat. On n'osa pas. Jusque sous Catherine II, le haut clergé resta composé surtout de Petits Russiens, comme sous Pierre le Grand, toujours soumis aux aulorilé-s civiles, et souvent inalmené's par elles. Le cas d'Arsène .Malvieiévitcli, archevêque de Novgorod, qui fut incarcéré sous Catherine II, et converti en une espèce de Masque de Fer, jusqu'à la fin de ses jours, pour avoir protesté contre la laïcisation des biens des monastères, montre exactement quelle est la position du clergé dans l'Etat.
Dans la seconde partie de sa tâche, le rehaussement du niveau moral et intellectuel du clergé, le Kéformateur a moins bien réussi.
11 y avait déjà eu, au xvii* siècle, à Moscou, une sorte de renaissance religieuse, sous l'influence de prêtres lettrés venus de Kief, où, pour résister aux attaques du catholicisme polonais, l'orthodoxie avait dû secouer sa torpeur séculaire. Le patriarche Nikone avait procédé à la revision des Livres Saints et du rituel, et fondé, sur le modèle de Kief, une Académie où Ton enseignait aux futurs prêtres le latin, la théologie, la philosophie et la rhétorique. Mais cette première tentative n'avait pas donné grands résultats, et la science était toujours, pour un prêtre, une pauvre recommandation, quand Pierre I" monta sur le trône. « Ce que les Moscovites exigent de leur patriarche, contait-il, en 1696, à la petite Cour de Mittau, c'est avant tout une très belle barbe. » Lui-môme en jugeait autrement et ne laissa guère arriver aux sièges épiscopaux que d'anciens élèves de l'Académie de Kief. lavorski, à Moscou, Féofdacte, à Tver,