I/ÉGLISE, LE CLERGÉ, LES SECTES
Feofane Prokopovitch, à Novgorod, Dmitri, à Rostof, que leurs études et leur caractère rendaient capables de fonder et de diriger les écoles dans lesquelles il entendait transformer la masse du clergé.
Pendant longtemps les popes de village avaient été élus piir leurs futurs paroissiens.Au xviii" siècle il y avait encore en Petite- Russie, des foires aux popes et des élections dont le spectacle était rien moins (ju'édifiant.
Kn (îrande-Russie, cet abus avait été corrigé par un autre : les cures étaient devenues héréditaires. In pojie faisait de son lils aîné son successeur, de ses autres tils des diacres et des sous-diacres, de fa(;on à leur |)artager à peu près également les revenus de son «'glise :
s'il avait dos lilles, il leur donnait en dot à chacune sa part d'église. 11 ne leur était pourtant pas toujours facile de trouver des épouseurs; en Grande-Russie, elles en demandaient à Tévèque, en lui envoyant des cadeaux ; en Petite Russie, elles allaient attendre à la poi'te du séminaire la sortie des séminaristes : ceux-ci faisaient leur choix et prenaient la cure avec la fille.
De ce mode de recrutement des popes résulte chez eux une ignorance crasse. Dmitri de Rostov raconte que, dans sou diocèse, la plupart des popes ne comprennent pas les rites
KéOFANE PhOKOPOVITCH.
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qu'ils accomplissent quotidiennement ; qu'ils n'ont aucune notion (riiisloire reli^Mcuse, (jue cerlains croient 1«* [)ro|)liète Élie j)Osl(''ri('ur à .l»'*sus-Christ. De tels pasteurs n<' peuvent instruire leurs ouailles: « A Moscou, sur cent hommes, <*crit Possoclikof, il y en a un pour savoir ce que sont la foi clir<5tieiine. Dieu, ses commaFidemenls, les j)rières (ju'il faut lui adi'esser : ils n'ont de clir«'(i<'n que le nom. » \U' son rôt/;, le Tsar «onstate, dans ses édits, que le peuph; n'a de confiance (jue dans les reli(jues, les ima^jes saintes, «*t les mômeries d'imposteurs. Pour changer tout cela, il défend les miracles, souspeine du knout et des galères; en même temps, il envoyé les popes à l'école.
A partir de 1700, l'ancienne acjidémi»' df Moxmju commença à se relever, gnïce à Strfane lavorski. L»*s années suivantes, d'autres écoles s'ouvrirent à ïchernygof, à Hostof, à Tobolsk, à Novgorod, à Smolensk, etc. Kn 1720. le « Règlement ecclésiastique » prescrivit d'tHahlir dans chaque diocèse au moins une école, entretenue par moitié sur les revenus de l'évêché et ceux des monastères. Tout candidat à une cure devra avoir passé par ces écoles, dont l'organisation sera calquée sur celle de l'Académie de Kief. Les études y dureront huit années, consacrées à la grammaire, la géographie, l'histoire, l'arithmétique, la géométrie, la logique, la dialectique, la rhétorique, la poétique, la pliysique, la métaphysique, la politique et la théologie. Des disputes publiques, des examens solennels et des exercices de prédication couronneront l'édifice.
A en juger j)ar ce programme et le nombre des écoles, les résultats auraient dû être merveilleux ; en réalité, ils furent médiocres. Les professeurs capables manquaient — la Petite- Russie ne pouvait en fournir indéfiniment — et du t-este on n'aurait pas eu de quoi les payer. Il fallut restreindre l'enseignement à la grammaire et la théologie élémentaire, et confier des cours, comme d'ailleurs le Règlement ecclésias-
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tique le permettait, même à des igoorants « pourvu qu'ils fussent intelligents ». D'autre part, le recrutement des élèves était aussi difficile que celui des maîtres. Le^popov/ic/tiMs, (ils de pope, ne voulaient pas aller à l'école; il fallait parfois les y amener enchaînés, sous escorte. Beaucoup se sauvaient ; d'autres feignaient d'être stu|)ides : les édits sont pleins de pénalités contre ces faux idiots et les recteurs qui les laissaiefil partir moyennant finances. D'ailleurs, 1 État était incapable d'assurer aux élèves intelligents et travailleurs la prime qu'il leur avait promise : envoyés dans une cure, après iiuit ans d'études, ils la trouvaient occupée par les (ils du pope défunt:- il leur fallait, ou batailler, ou s'en alfer.
Les popes étaient trop nombreux. L'usage d'abord, et ensuite la loi avaient enfermé les pn/iovi/c/ti dans la carrière paternelle ; or, les familles se multipliaient plus vite que les paroisses capables de les nourrir. On en signale, au xviir siècle, qui ont six paroissiens pour un prêtre. Dans d'autres, pour deux cents maisons, il y a cinq popes et plus de cinquante auxiliaires, bedeaux, diacres et sacristains. Kncore ceux-là sont-ils des heureux : beaucoup de popes sans paroisse errent à travers la Russie, traqués par le gouvernement qui en fait des serfs ou des soldats. De ceux qui échappent, quelques uns s'enrôlent dans des bandes de brigands : les autres se dissimulent dans les grandes villes, où ils vivent en célébrant les oflices au rabais ; à Moscou, on a toujours chance d'en trouver au Kremlin, près de la Porte du Sauveur ; c'est là le marché aux prières. Ces popes de contrebande causent un pnjudice énornic à leurs confrères établis qui sont les premiers à les livrer à la police.
Dans nne paroisse de campagne, le pope a sa part de terre : il ret'oit peu d'argent, mais beaucoup de dons en nature ; il serait presque riche, s'il n'avait à subir les exactions de ses chefs hiérarchiques. Il est tenu de faire, à certaines fêtes, des cadeaux à son évêque ; de l'héberger, lui et
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sa suite, quand il est en tournc'e pastorale ; de payer au j^onsisloin» (|ui ii(lrniriistrola mausc «•pisco|)al»Min<*n*dcvain'e calculée sur le nombre des paroissiens, des cliantres, des cloches ; il a dé'yh dft payer pour «^tre ordonne*, pour se marier. Tandis que les scribes (lu consisloinf ont (chevaux et voiture, le pope vil en moujik au Fui]i«'U des moujiks, leur arracliiuH à ^M-and'i)ein(' (juebjucs kopcks, (juaixl il b'ur lïiut un baplème, un enterrement ou im mariage.
11 lui est bien difficib', dans ces conditions, d'avoir quelque dignitt'î morale. iJépendant de s(;s paroissiens, du seij^neur qui a fondé l'église du village, il est souvent malmené par eux : il l'est aussi par les fonctionnaires, pour lesquels il compte moins (ju'un serf, — puisqu'un serf a du moins son propriétaire pour le défend n; ; il r<'st encore et surtout par ses chefs hiérarchiques. Pour la moindre faute, il |)eut être battu, em|)risonné : se dis[)ule-l-ilavec sn popesse, le consistoire peut les faire fouetter l'un et l'autre : est-il en retard pour le payement de ses redevances, c'est le cachot, les chaînes, le knout. L'arbitraire des évoques n'avait |)oinl de limite ; Rostislavof raconte commentcelui de Vhulimir, un bon homme, recevait le prêtre accusé de quelque faute. « Ah! te voilà, polisson ! criait-il, je vais te donner une leçon. Qu'on ap|)orte les verges ! Déshabille-toi. » Et. du haut de son divan, il présidait paternellement à l'opération. A la même époque, l'évêque auprès duquel se trouvait le diacre Dobrynine brûlait la barbe à ses subordonnés, avec des cierges, leur arrachait les cheveux, leur donnait des coups de poing et de pied, en pleine église ; on s'aperçut plus tard, à d'autres signes, qu'il était fou, mais sa brutalité n'avait pas paru extraordinaire. Tous ces faits se passaient dans la seconde partie du siècle, à une époque où Catherine II avait déjà défendu d'infliger aux prêtres des châtiments corporels.
Le clergé régulier n'a pas été plus heureux, au xviii»