‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 36 sur 53 · II. — Lks ukrésies · texte numérisé non relu

II. — Lks ukrésies

La Russie n'a jamais eu de réforme religieuse analogue à celle de l'Occident, mais souvent des hérésies locales, provoquées, dans le Sud, par l'inlluence des Bot/onv/es bulgares, et plus tard, dans le Nord, parcelle des protestants lithuaniens ou suédois. Au xvii* siècle seulement, elle a eu sa grande crise, provoquée par une tentative des autorités ecclésiastique et laïque pour modifier ses rites séculaires. Il ne s'agissait, à la vérité, que de mettre les usages de

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TK^Hise russe en harmonie avec ceux des autres éfçlises orlliodoxes, (1(; mieux lire des textes, de dire Usouk au lieu de hous, de faire h; signe de la croix, non avec deux mais avec trois doigts, (^c^lait peu, mais ce peu ('-tait beaucoup pour un peuphî ignoranl (|iii niellait toute la vertu de la religion dans ses formfîs ext(''ri(îun;s. Le moujik ne pouvait comprendre pounjuoi l'Kglise, après avoir longtemps frappé d'anathème toutes les innovations, transportail tout à c»up cetanathème sur les rites (jue tant de génT'ratious d'aïeux avaient observés ; ces générations élai«Mit-elIes donc damnées? Les réformateurs expliquaient qu'il fallait se conformer ,à l'usage des Grecs. Mais <es Grecs, les Turcs les avaient soumis c\ leur joug, sûrement |)arce qu'ils étaient sortis des voies de Dieu : pourquoi les donner en exemple à la sainte Rus<*e ?

De là des résistances qu'exaspéra la violence du patriarche NiUone, le promoteur de la réforme. Dès le premier jour, il fit appel au bras séculier contre ses adversaires, les fit jeter dans les prisons des couvents, exiler au loin, à Solovietsk, dans une île de la mer Blanche, en Sibérie même : le résultat fut d"y créer, pour les « vieux croyants: », comme on commenf;ait à les appeler, des centres de propagande qui rayonnèrent bientôt sur tout l'Empire. En 1G8G, le pope Avvakoum, que ses vertus avaient rendu célèbre, non moins que sa résistance aux innovations, fut bridé vif, avec douze de ses disciples. Dès lors, consacrée par le martyre d'un saint, la « vieille foi » acquit, aux yeux des masses, un prestige que ne pouvaient avoir les enseignements des « Nikoniens »>.

A Tavènement de Pierre \\ le schisme, le raakol, est consommé entre l'église officielle et les éléments les plus religieux du monde russe. L'Église a maudit leschrétiens qui persistent à se signer avec deux doigts ; ceux-ci la maudissent à leur tour. Elle est hérétique, à leurs yeux, tout comme le protestantisme ou le papisme, et dès lors, l'Eglise de Dieu

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n'existant plus sur terre, la lin du monde est proche. Kn condamnant les Vi«'u\ (Iroyanls ou f(is/,o//ti/ts,<'n lOfifi, ledoncile <1(; Moscou a commencé le rè;^nc de ranléchrist qui durera trois ans, jusqu'à la destruction de toutes choses. Aussi, en 1()(I0, dans la région de .Nijni-.Nov^orod, pendant |)lusieurs mois, les moujiks passent les nuits <lans les hois. altendanl la trompette de l'arclian^e. Puis on s'avise (ju'il faut cah'uler la venue de l'antéchrist, non sur la date de la naissance du (Christ, mais sur celle de sa n'-surrection — ce qui la remet à Kil)!). Or, précisément en 1099, Pierre I" reviefit de l'tltranger, s'installe chez les hérétiques de la slobode allemande de Moscou, s'abstient de paraître (hms les é«;lises du Kremlin, fait raser ses courtisans, et linalement prend le titre iV Impcrator. Or, les leltres de ce mot, mises bout à bout j avec leur valeur slavonne, donnent 000, clnlfre de la |Bête de l'Apoc^alypse. (Comment en douter? Pierre est l'antéchrist, et le monde linira en 1702.

l'ourtant Tannée 1702 se passa sans cataclysme. C'était donc (ju'il existait encore en ce monde une Église (h; Dieu. Les \ ieux Croyants la cherchèrent jiartout, au Japon, en Turquie, au pays mystérieux des « Eaux Blanches », sans rien découvrir qui ressemblât à l'ancienne Église russe. Pour vivre chrétiennement, il ne leur restait qu'à s'adresser, fiiute de mieux, aux évèques et aux prêtres ordonnés, en Russie, avant Nikone. Quand il n'y en eut plus, ceux desra^kolniks qui ne voulaient ni vivre ni mourir sans le secours du pope, Xas popovtzy, prirent le j)arti de s'adresser à des transfuges de l'église officielle : avec de l'argent on en trouvait toujours, en dépit des autorités ; et des bains purificateurs leur étaient la souillure de la Réforme. Le malheur était que ces popes étaient pour la plupart des a\enturiers, et de même les évêques que les popovtzy réussirent à se procurer. Ils furent impudemment exploités par les uns et par les autres, jusqu'à Catherine II, dont la tolérance permit à

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