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leurs communautés de se constituer un clergé à peu près régulier.
Mais les popovtzy n'étaient qu'une partie des vieux croyants. Les plus énergiques, les plus engagés dans la lutte contre l'hlglise, les plus persécutés par conséquent, se refusèrent à admettre que l'antéclirist ne fût pas venu. A la vérité, il ne régnait pas encore de la façon prédite par l'Apocalypse — et c'était pour cela que le monde subsistait toujours — mais il avait infecté toutes les églises. Vivre selon la loi do Dieu étant impossible, il n'y a plus qu'à passer au plus tôt dans r.autre monde: dés 1077, Avvakoum l'a dit : <« C'est entrer dans les rangs des apôtres et des martyrs... on ne souffre pas longtemps sur un bficlier. »> Il en résulte, dès la (in du xvii" siècle, des cas fn-qucnts de suicide par le feu. Cela se passe toujours de la même façon. L n ancien rassemble autour de lui, dans les bois, quelques fidèles; un village se fonde. Les autorités, averties, envoient des soldats ruiner le village et saisir l'ancien : à leur approcbe, les tidèles revêtent des cbemûses blancbes, s'enferment dans la cbapelle, y mettent le feu, et meurent dans les tlammes en cbantant des psaumes. L'intervention des autorités a toujours pour résultat de précipiter le déuoùment qu'elles voulaient empêcber.
Du reste, la plupart des « sans popes » [ôezpopovtzy) pensaient qu'il suflisait, en attendant la tin du monde, de vivre en debors de l'Église établie. Cette opinion était répandue surtout dans les provinces du Nord et de l'Est, où les populations, clairsemées surd'immenses espaces, étaient babituées, de longue date, à se passer de popes et de sacrements. Pour qui ne voulait pas s'en priver tout à fait, il y avait des accommodements avec le ciel : dans telle communauté, la communion était figurée par une distribution de raisins ; les fidèles se baptisaient les uns les autres. Quelquefois, pour le mariage, on se contentait du consentement
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des futurs conjoinls : la plnparl du lomps, on leur faisait baiser la croix cl D'ivan^ilc, en pn-sciicc Ac leurs familles assemblées. L'abajidoii des sacrcmcnls ir<'*lait dcjiic, en général, (pie leur simplili(tîition. Il ne faut d'ailleurs pas en con^ dure que les « sans popes » soient des rationalistes aflVanrliis des vaines cérémonies du culte, (]omm«' les orlliodoxes, ils vénèrent les images et les reliques, observent les jeftnes, multiplient les signes de croix, les génuflexions. Ils ont même outré' les usages traditionnels relatifsà la purification, soit des mets, soit «le hi vaisselle, moins par rigorisme religieux que pour s'isoler plus complètement des nikoniens, des impurs. N'avoir aucun rapport, ni avec eux, ni avec leur gouvernement im|)ie, c'est l'idéal des <« .sans popes », et c'est dans leur plus ou moius d'intransigeance à cet égard, qu'il faut chercher la cause principale des schismes qui les ont divisés.
Quelques-unes de leurs communautés sont célèbres, celle par exemple, des Pomortzy^ des riverains de la mer, ainsi appelés parce qu'ils vivaient sur les bords du Vyg, non loin de la mer Blanche. Leurs directeurs étaient les frères Denissof, de leur vrai nom princes Mychelski ; grâce à la tolérance intelligente de ces hommes remarquables, leskite^ l'asile de la communauté, moitié village et moitié monastère, ne tarda pas à acquérir, en même temps qu'un grand renom de sainteté, une prospérité matérielle qui devint une cause de schisme Les Denissof, en effet, pour mettre cette prospérité à l'abri des rigueurs du gouvernement, lui firent la concession d'introduire dans leurs cérémonies les prières pour le Tsar : les Écritures ne montraient-elles pas qu'au temps des tsars païens, les chrétiens avaient prié pour eux? Mécontents, les purs se séparèrent pour former des communautés rivales, celle des Fedossieievtzy, des Fiiipjioctzy, ainsi nommées du nom de leurs fondateurs. Elles arrivèrent, elles aussi, à une prospérité qui les força à mitiger leur
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radicalisme primitif. Il en résulta de nouvelles scissions : on vit paraître les strannUi^lvii errants, pèlerins qui parcourent la I{ussio,sans passeports. sans ressources, mais trouvent toujours asile chez des aflili«'*s. l*eu à peu h^ir ascétisme s'adoucit :^il y eut, à la lin du siècle, des errants qui n'erraient plus, qui se contentaient, aux approches de la mort, de faire porter leur lit'dans leurjardin. pour mourir en j)lein air. Alors, de nouvelles sectes reprirent Iciii- tradition ; celle, pare.vemple, des silencieux, qui erraient aussi, ne parlaient jamais, et pris par les autoritt's, se laissaient torturer plutôt que d'ouviir la houche.
Ouelques-unes de ces sectes ne procèdent qu'à demi du rasUol; telle, par exemple, celle des christy.Aes christs, ou, selon le nom plus usité (jue leur a donné un jeu de mots populaire, des K/ilomsty \i\y' K/i/ouist, cravache . D'après leur légende, leur fondateur fut, vers la lin du xvii* siècle, un cei'laiii Daniel riIi|>povitch, un moujik. (|ui. après avoir longtemps cru aux enseignements des vieux croyants. Unit par jeter leurs livres dans la Volga, et ne reconnut plus d'autre loi (jue rins[)iration divine. Klle se manifesta en lui un jour (|u'il priait sur le mont (loroiline, entouré de ses disciples. Devenu Dieu Sahaoth lui-même, après diverses aventures merveilleuses, il remonta au ciel, laissant sur terre un messie, le paysan Souslof, (|u'il avait engendré d'une vierge âgée de cent ans. Après ce messie, il y en eut d'autres, pourvu chacun de sa vierge-mère, de ses apôtres et de ses saints: le panthéon des K/tlouhty pouvait s'agrandir indéfiniment, puisque, pour devenir dieu, il suflisait de se sentir inspiré. Ouant à la doctrine morale qui comph'tait cette étrange théodicée, elle commença, elle aussi, par l'ascétisme le plus rigoureux. Daniel Filippovitch défendit à ses disciples, non seulement tout ce que défend le Décalogue, mais encore le mariage, et leur prescrivit le secret. Les Khlouistij se rassemblaient mystérieusement, la nuit, pour célébrer
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des cén';monies qui seml)lt*nl avoir vari<'« selon les provinces. Le fonds en «Hait la leclure des livres saints, suivie de ctinnts el (le rondes sa<ives. Sur la façon dont ces rondes se terminaient, il y a eu bien des controverses; il semble que ce n'ait pas MiS toujours d'une manière «'difiante. Aussi se produisit-il, de bonne heure, des s<'ctes dans la Khlouislorrhtr/i'uKi ; veis 1 7(i(), les prédications du paysan Selivaiu)fen tirent sortir les 5/v>/>/-//, dont rori^inalil»' est double. I)'une part, allant jusqu'aux dernières conséquences de l'ascétisme, ils se reliane|i;ii<'nl le moyen matériel <Ie pérber; de l'autre, après la mort de l'ierre III, ils en tirent un messie, et lui rendirent un culte mystérieux.
Naturellement, b* ^gouvernement les poursuivit. Selivanof fut envoyé en Sibérie, ses j)rincipanx dis<iples incarcérés. Les Khloidsly furent traités de même. Pourtant les deux sectes continuèrent à se propager, non seulement parmi les moujiks i^rands-rnsses, mais encore [)armi toutes les nalionalilt's de IKinpire, «'t dans toutes les classes de la population, mais sans devenir très nombreuses. Il n'est pas probable (pi'au wiiT siècle, elles aient compté plus de trente ou quarante mille adlié-rents.
Tout autre était la situation des raskolniks. Nous avons déjà dit comment les persécutions du xvii" siècle avaient eu pour résultat ^q propager leurs crovîinces dans toutes les parties de l'Empire. Au xviii' siècle, ils sont au moins cinq ou six millions, non seulement en Russie, mais encore de l'autre côté de la frontière, en Prusse, en Turquie, en Pologne. Cet éloignemenl ne les protège pas toujours; plus d'une fois, avant 1772, les troupes russes passent la frontière polonaise, en pleine paix, pour ruiner leurs villages et en capturer les habitants. A ceux de l'intérieur, Pierre I" impose un costume spécial, et, d'autre part, double leur capitation, en vertu du proverbe : « Ce n'est pas avec un bâton, mais avec un rouble qu'il faut frapper le moujik ».
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Sous ses successeurs, les raskolniks continuent à être traités en parias ; mais Pierre III proclame la liberté de conscience, et Catherine II, léièya des philosophes, ne songe naturellement pas à revenir sur cette décision. Sous
Le BEiiCEAL, d'après Lepriuit-.
elle, les raskolniks recouvrent des droits civils, peuvent ester en justice. A la vérité, quand ils essayent de se bâtir des églises, le Sénat s'y oi>pose ; mais Catherine passe outre, notamment en ce qui concerne les grands monastères de Preobrajenski et de Kogojenski, à Moscou, à la lois couvents, hôpitaux et centres de pro|)agande, le premier des Popovtzy, le second des Uezpo/.ovtzy. Les passions religieuses paraissaient assez apaisées, à la tin du siècle.
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pour que Paul I" nul possible (l«i tenter la réconciliation du schisme et de 1 église oflicielle. Il prit, pour cela, les proc('(lt''s (ju«' les j«'siiites avaient eniplovi'S, en f*(dof;rn*. jMMir raili<'r les orthodoxes au calholicisnic ; il essaya de taire des raskolniks «les uniates qui, tout en conservant leurs rites el leur clergé, reconnaîtraient l'autorité du Sainl-Synode. Mjiis, aj)rès [)lus d'un siècle dindé-pcndance. ils ne se souciaient pîis de rentrer en tiilcjlc, rt rciitrcprisu (h- l'aid V échoua.
En d»''(iiiilive, à la lin du sitMlc. la masse <lu peuple russe est j)artagée entre une église oflicielle, ignorant<' <'l peu respectée, et des sectes souvent saugrenues et barbares : par contre, la classe dirigeante, soumise aux inlluenees d'Occident, est, en général, absolument sceptique. L'é-tat d'àme intermédiaire entre la su|)erstition d'en bas et l'incrédidilé d'en haut, est représenté, à partir de 1775, d'une part, par les loges maconni(pies dont s'engoue la société* moscovite ; deTautre, par lessectes, semi-rationalistes etsemi-mystiques, des doiikhobortzy (lutteurs par l'esprit), et des moiokany (buveurs de lait), qui naissent, dans la Russie du sud, sous rintluence des colons allemands. Mais ci?s éléments de renaissance religieuse ne font que poindre sousCatherine II, et leur histoire n'appartient déjà plus au xviii* siècle.
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I. Los anciennes villes russes, leur rareté; leur décadence au xviii* siècle. Novgorod. laroslav, Moscou.
II. Les villes nouvelles. Leurs deux catégories : les villages débaptisés : les créations réelles, lu sort de la plupart d'entre elles. L'origine et le développeineot de Saint- Pétersbourg.
III. La classe urbaine, ses éléments. Les marchands, leur peu d'importance, ses causes. Les marchands de Moscou. Les habitants temporaires des villes : retraités et ^^entiUhommes campagnards.
Les voyageurs comparent les villes russes aux Iles semées sur l'iininense étendue de l'Océan Pacifique. La comparaison n'est pas tout à fail exacte : les lies du l^icifique forment des archipels; souvent, d'une rive, on peut en apercevoir plusieurs autres. Dans la Russie d'aujourd'hui, plus encore dans celle du xviii' siècle, les villes sont toujours fort éloignées les unes des autres et nous avons vu que la plupart d'entre elles ne sont en réalité que des villages.
De loin, le voyageur anglais Coxe admire Smolensk, ses hautes murailles et les tours qui devaient, trente ans plus tard, arrêter, pendant quelques heures, la Grande Armée. L'enceinte franchie, il suit des rues misérables, traverse des terrains vagues, rencontre enlin des maisons en pierre, mais n.ulle part d'hôtel où puisse descendre un Européen; Ail-