‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 38 sur 53 · w» I. A m SSII-; ai \ viii' sikci.k · texte numérisé non relu

w» I. A m SSII-; ai \ viii' sikci.k

leurs, H .Novj^orod, par «'X<'rii|»I(', jadis «apilalc coninM'nial»' (111110 immense n'-^ion, il y u aiissi des murs et des tours iï demi écroulées, et, derrière ces ruines, des cabanes plutôt (|ue des maisons ; leur population, au dire du jj;ouverneur Sievers, décroîl eonslammenl. Mais Novgorod el Smolr'usk, toutes deux villes frontières au xvin" siècle, ont peut-être soullert des guej*res de ce temps ; pénétrons donc jusqu'aux villes de l'iuirTienr. VoiHi laroslav, (pie la fjuerre n'a plus touchée depuis le •< temps des troubles ». Son enceinte est en ruines; pour ses douze ou quinze mille habitants, elle a juste (jnai'anle-lrois maisons en pierre, et les oukazes les plus impératifs ne (h'cident pas la po|)ulation à en bâtir de nouvelles ; elles sont malsaines, allirme la voix populaire. Les rues sont irrégulières et mal entretenues ; en été, le bétail y |)aît librement. Au milieu de la ville, il y a un marais, où les ivnjgnes se noyent, où les « bourgeois » jettent les corps des animaux crevés, et les malfaiteurs ceux de leurs victimes. Xaturellement les ('pidémies sont fré(|uentes, en (l(''|)it des ordonnances du « magistrat » et des ell'orts des médecins, ou, pour parler exactement, de runi(iue médecin de la ville, l'Anglais llovve, arrivé à laroslav, vers 1715, pour y soigner lîiren, a|)rès son retour de Sibérie, et devenu mé;decin municipal, aux appointements de douze roubles par mois. D'ailleurs les habitants ont moins confiance en lui que dans les charlatans elles sorciers, qui pullulent. La mortalité est grande ; on calcule qu'un bon tiers de la superficie totale de la ville est occupé par les cimetières qui voisinent avec ses nombreuses églises.

De vie commerciale ou industrielle, il y en a à peine ; de vie de société encore moins, sauf au temps où, sous Elisabeth, la présence de Biren, de sa famille, de sa suite et de ses surveillants, met un peu d'animation dans un coin de la ville. Plus tard, sous Catherine II. laroslav s'anime périodiquement au retour des assemblées annuelles de la noblesse.

LKS vii.ij:s i:t la poimi.ation innAiNH: 2.11

Alors il y a réception chez le gouverneur ; dans les tfaktirs de certaJMcs rues sombres, on fait honibanee : il en rt'sulte parfois des crimes et souvent des incendies qui ont bien leur bon côté ; ils rendent la ville plus salubre.

Ce tableau d'un cb«'f-lieu de province est à peu près rolui de Moscou. Dans la vieille capitale aussi, il y a des remparts que Ton a cessé d'entretenir depuis les jours lointains du péril talare, et dont les éboulcments sont dangereuv pour les passanis : derrièn* c«'s remparts, les palais du Krend et même ses catbt'draies sont dé{;ra(b'*s, enlourt's d'immondices. Il faut, pour qu'on se déiide à en nettoyer les abords, que la Cour soit attendue à Moscou ; quant à leur intérieur, il y a beau temps que la vermine Ta rendu iidiabitable. Le remède le plus eflicace à cette malpioprelé, comme à laroslav, c'est le l'eu, et le fait est que des incendies ravagent périodiquement le Kreml et la ville elle-même. Le plus fameux de ces incendies, c'est celui de iTI{;{, causé, dit-on, par l'inipru- A^'xwi' d'une vieille femme partie à l'église en laissant derrière elle une chandelle allumée : il détruisit les trois quarts de Moscou.

Le plus souvent, les incendies étaient limités par les espaces vagues qui séparaient les maisons ou les quartiers. Dans la capitale, encore plus que dans les villes de pro\ince, il y avait (riiiimenses jardins, de véritables parcs accolés aux demeures seigneuriales. La valetaille déguenillée qui végétait dans ces demeures, en sortait voliuitiers, le soir, pour dévaliser les passanis attardés. Même dans le centre de la ville, ilans les rues commer(;antes la sécurité n'était jamais complète. 11 fallait craindre les bandes de chiens errants, les ivrognes, les batailles de soldats en goguette, dans lesquelles la police n'avait pas le droit d'intervenir. Un seul progrès sérieux fut réalisé au xviii- siècle ; en 1 739, un oukaze d'Anna loanovna ordonna d'éclairer les principales rues.

Chose étonnante, Moscou ne passait pas pour particulière-

-*(-* l.\ m SSIK M WIII' MKCI.K

iTK'iit insiiliibn» : on n'y connaissait, fonimo maladif? loralo. (|U(' qii('l(|u«'S lièvres de printfnips (»u (rauloninc. A plusieurs reprises, elle u «Hé rava^'ée par des <''|>idémies importées (lu dehors, notamment en 1771, parla peste, qui ne «('«la, assurent les annalistes «)flifi«'Is, (ju'aux elForts «MUM-^Mcpies (le (jr«''^oire et d'Alexis (Jrloi", envoy(''S à cet effet en mission extraordinaire. Kn r«''alit('', il n'y avait pas de service m<''(lieal or^anis»'» — le premier lnq>ilal de Moscou sera fond»' |»ai" Catherine II en 1775 : et (juant aux mesures préventives d'hy^nj'ue, les Mémoires des contemporains nous révj'Ient qu'elles étaient simplement, pour la police, l'occasion (rext«)rsi«)ns variées.

II est dillicile de lixcr le cliillre «!«■ la |)Opidation. Habituellement, on le calcule sur le nombre des maisons, mais celuici n'a jamais éti' bien «-orinu. I^^n KiS.i, le Kran(;ais Neuville en compte i(>.(M)(),(lont;].(M)0 en pi«*rre; vers 1 7S0, les statisticiens n'en trouvent plus que 1.200. D'ailleurs, en pierre ou en bois, elles sont toutes fort petites — les Occidentaux les comparent h des cages — et nul ne sait combien d'j'tres humains peuvent y gîter. Ce qui est certain, c'est que leur nombre varie singulièrement selon les saisons. Le plus souvent, on ])arle de .'JOO.OOO habitants en hiver qui tombent à 130.000 en «'té. Il ne semble pas que ces chitlres approximatifs aient varié jusqu'à la lin du siècle. On ne constate pas à Moscou l'appauvrissement et la diminution de population que les contemporains signalent dans la plupart des vieilles villes moscovites.

Cette décadence, on l'explique, le plus souvent, par l'inertie, la routine ou la paresse des micchtchané, des bourgeois, c'est-à-dire des marchands et des paysans qui forment la grosse majorité de la population urbaine. Rarement l'observateur se demande si le poids croissant des impôts, les exactions et les fantaisies des tchinovniAs n'en sont pas la principale cause ; plus rarement encore, si la misère des villes

Page 1