‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 39 sur 53 · I.KS VII, LES ET LA POIMI, AT I ON llU5AI.\i · texte numérisé non relu

I.KS VII, LES ET LA POIMI, AT I ON llU5AI.\i

n'est pas la conséquence inévitable de lu pauvreté générale (lu pays. Presque tous les hommes d'État de cette époque sont persuadés que si la Russie n'a pas de villes semblables aux grandes cités d'Occident, c'est pour des causes accidentelles qu'une « sage administration » pourrait vaincre. Et tous, ils s'emploient à vaincre ces causes et à doter la liussie de cités vraiment européennes.

Justement, la dévastation périodique des anciennes villes par les incendies, fournit des occasions précieuses de les réédilier. Ordre est donné de rebâtir les maisons le long de nouvelles rues soigneusement tirées au cordeau ; ces maisons devront être en pierre; l'oukaze lixe leurs dimensions, leurs dispositions et le délai dans lecpiel elles devront être terminées. liien entendu, rien ne se lait, moins encore par routine ou par paresse que par suite de la pauvreté de la classe sur laquelle on fait peser inopin/'inent ce nouveau genre d'impôt. 11 faut que le gouvernement réiluise peu à peu ses exigences, comme à Tver ; qu'il permette de faire les maisons plus petites qu'il ne l'avait voulu d'abord, et finalement, qu'il les laisse rebâtir, pour la plu[)art, en bois.

11 est donc à peu près impossible de transformer les an- ( iennes villes : peut-être aurait-on moins de peine à en créer de nouvelles. Pour cela, deux moyens s'offrent à l'administration : ou créer de toutes pièces, sur un emplacement (b'serl, une cité que l'on peuplera d'immigrants plus ou moins volontaires, ou bien transformer en villes nn groupement (riiabitalions déjà existant, et ce second procédé paraît d'autant |dus pratique qu'entre village et ville, d'un bout à l'autre de la Russie, il n y a pas grande différence. La création d'une ville, ainsi com|)rise, se réduit à un changement d'étiquette, à la nomination de quelques fonctionnaires de plus, à la construction de quelques maisons pour leurs chancelleries. Sievers, gouverneur de Novgorod et de Pskof, a créé'de cette fa(;on beaucoup de villes, entre autres celle de

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\ aidai, aiil<''i'i<Min'rii('nl village. Il raconte, dans ses lettres, eornnjenl, un heaii jinir, il y est arrivé, avec son «•lal-rnajor adniinislralii'; a inirnédialement réuni les hahilanls pour les partager en corporations, et fail ensuite célébrer une messe solennelle .'i lissue de l.i(|uellr il a donné lecture de Touka/e (|ui rehaplisail Naldaï. Les nouv(»aux bourgeois ont immédiatement prêté serment, |)uis ('In un bourgmestre et (rjlutl'es magistrats municipauv ; Sievers les a installés dans la maison aménagée jM>ur être Hôtel de Ville, puis s'en est allé, laissant Valdaï devenue ville, à peu près comme plus tard devientlra frégate le yaclil baptisé frégate par Paul 1".

Peu de sujets ont autant égayé les observateurs de la Hussie, au xvm* siècle, que les fondations de villes dont ('allierine II rel)attait l<*s oreilles à ses correspondants. « Je hàtis chez moi cent et (piehpies villes, écrivait-elle triomphalement. » — « Oui, remarquait le prince de Ligne, mais ces villes n'ont pas de rues; les^ rues, pas de maisons ; les maisons, pas i\c toits, de fenêtres ni de portes. » C'était le cas notamment de la ville l'oncb'e par Poleinkine. sur les bords du Dniepr, à la gloire de Catherine 11, lékatérinoslav. Ses larges avenues, ses palais, son port, son Jardin Botanique, ses fabriques de tissus de soie, tout cela, minutieusement tracé sur le papier, s'est réduit, pendant plus d'un demisiècle, à quelques centaines de bicoques où de misérables habitants grelottaient la lièvre. Mais il serait im|)rudent de conclure de ce fait et d'autres du même genre, à rinulilil»' complète des efforts du gouvernement. Depuis le temps où le prince de Ligne écrivait, beaucoup des créations du xyiiT siècle se sont développées. Orenbourg (1735i, Kherson (1778 , Sévastopol (1784), sont devenues des villes importantes: lékatérinoslav (1787), a 130.000 âmes et continue à grandir; Odessa, la dernière fondation du siècle (1794), en a 400.000": la première, Pétersbourg. en a 1.200.000.

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On sait les raisons qui décidèrent Pierre le Grand à abandonner Moscou pour se hiitir une nouvelle capitale près de la mer Baltique. Il voulait, selon l'expression devenue classi- <iue, « ouvrir une fenêtre sur IKurope », réunir à jamais à la Russie, en y pla(;antla capitale de l'Kmpire, le pays nouvellement conquis sur les Suédois, faire enfin de celle ca-

LE CiIATi:AU DE CllOOSSLUTiLiTjjiu* c tij*i- PIERRE 1

D'après un ilessiii du tciiip».

pilule, par sa sil nation {îéographicjue. iiii.- «il.- \iaiment européenne. Tout cela, il Ta ohlenu. On peut se demander pourtant si les mêmes avantages n'auraient pu être acquis à moins de frais: si Moscou n'était pas mieux jdacée, au centre de IKmpire, sinon pour recevoir, du moins pour transmettre l'intluence européenne; si, enlin, à supposer que la nouvelle capitale dût être forcément « une fenêtre sur l'Kurope >», Pierre le iJrand n'aurait pas jui trouver mieux, sur les bords de la Baltique, que remj)lacement de Pétei-sbourg.

Au premier abord, il semble que les rives de la majes-

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tueuse Neva soient faites pour [lorter la capitale d'un gran<l K[ii|Mi'<\ cl, (jii'f'ii y plaraiil la ^iciiiic, IMcrrr s«' sah simpi»*nicnl (((nloinit' à uiif iiidicalioii <''\i(|rnl«' <!<' la nature. Mais les bords des grands fleuves sont souvent plats, marécageux, exposés aux inondations, et e'est pn^isj-mcnt le casclu pays placé entre le Ladoga et h' gollV' de Kinlandc, Il est semé (rinnomhiahles marais, coupé par d'innoinhiables faux bras du tleuve : nulle part les ondulations du sol n'y sont assez. niaïqiié'cs pour (ju'on puisse y élever des ('«lifices h l'abri des terribles relliix de la Neva (piand le ver)t d'Ouest l'emijèclie de s'écouler dans la mer. Malgn- la lalilutle élevée, les mois d'ét»' y sont malsains : pendant six mois, cbacpie année, riiiver Ininsformait toute la région en un dé'sert. Kt le fait esl^jue, juscpi'à la conquête de Pierre V\ elle n'avait dautres babilants que quelques pêcbeurs tinnois et quelques garnisaiies suédois dans les postes forlitié's qui surveillaient b* cours du tleuve, du Ladoga à la mer.

Hien de tout cela n'arrêta Pierre le Grand. Aussitôt après avoir j)ris et ruiné la forteresse suédoise deNyenscbanz — un |)eu au-dessus de l'emplacement actuel de Saint-Pétersbourg— il songea à la rebâtir plus grande et à y creuser un vaste port. Inspection faite du fleuve, il se décida à s'établir un peu plus bas, dans l'île de Icni-Sari [Ile aux lièvres), au milieu d'un arcbipel d'ilôts favorables à la défense. Des travailleurs furent appelés de toutes les provinces voisines, en bàle ; « sans piocbes ni brouettes ils durent porter la terre comme ils purent, les uns dans le pan de leurs robes, les autres dans de méchantes nattes, car, cette île étant beaucoup trop basse, on fut obligé d'en élever le terrain considérablement, ce qui ne put se faire qu'avec beaucoup de peine » et au prix, naturellement, d'une effroyable mortalité des travailleurs. Puis, l'île exhaussée, il fallut en protéger les abords, fortifier en aval V Ile aux Daims, qui devint Vassilievski-Ostrof. En 1703, la forteresse des Saint-Pierre et Paul

LES VILLES ET LA PolTLATION llthAlNE

était achevée ; en face d'elle, quelques rangées de baraques en bois abritaient TKmpereur et sa Cour. On consene encore aujouid Imi, enclose dans une conshuclion en pierre, la maisonnette où il a vécu pendant les premières années des

L'amirauté sols Pierre le Grand, d'après une srra^Tire de 171G.'

travaux. I)es ballciirs cl dt's huiles d (niNiiers comph'laient la nouvelle viHe, telle qu'elle apparut, eu 17U3, au premier \ aisseau étranjçer qui osa se risquer dans ces parages, un hollandais, dont l'Kmpereur récompensa richement le capitaine et l'équipage.

L'année suivante, on commenc^a dans l'île de Betousari, au fond du golfe de Tinlande, les travaux du port qui devint Kronstadt. Va\ 1705, une tlotte siiédoise y fut battue par les

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Hiisses, en m^me temps qu'ils repoussaieni, devant Saintl'élershour;!:, 1<'S ln)iip«'s du <;«'ih'ri«l Manl«*l. Ih-s lors, la ti()uv«;ll(' vill«; put grandir en toute srcurilti. La pr«*senee iV(''qu<'nte du Tsar et des hauts dignitaires y fixa des étrangers, agents polili(jU('s ou négocianis : celle d'une nombreuse garnis(»n, heaucoui» d'arlisiius et de petits commerçants iivouiens, linnois, siu-dois. Les Husses furent plus lents à venir; il fallut des ouka/.es pour les y décich'r. Kn 1710, Irois cent cincjuante familles nobles reçurent l'ordre de s'établira Pélershourg, et de s'y bâtir clnuune une maison sur un emplacement désigné à l'avance. D'autres oukazcs se succédèrent, défendant de bâtir en |)ierre, pendant un tem])s délerminé, ailleurs qu'à Pétersbourg ; ordonnant aux navires d'y apporter, en guise de lest, des pierres à bâtir; accordant des privilèges et des exemptions de droits aux étrangers auxquels il fallait faire oublier Arkliangel, etc.

Vers 171 i, au té'inoignage des voyageurs européens, Pétersbourg ressemblait encore moins à une capitale régulièrement bâtie qu'aune série de villages semés, autour d'une forteresse et de casernes, le long des divers bras du fleuve. C-et aspect rustique s'atténua assez vite. Les étrangers venus a|)rès la paix de .Xyslad parlent déjà des magnificences de l'étersbourg; ils y trouvent des palais, beaucoup de maisons en pierre, de longues et larges avenues, comme la Perspective Nevski, des jardins à l'instar de Versailles, avec des orangeries, des volières, des statues mythologiques, que l'on est obligé, les jours de fêtes populaires, de fiiire garder par des sentinelles. A la vérité, toute cette magnificence est encore assez modeste — le palais de l'Empereur n'est qu'une grande maison en briques à un seul étage, — et passablement précaire ; les incendies et les inondations dévastent périodiquement la nouvelle ville : tout de même, on peut déjà prévoir quel sera son "avenir, si seulement les succès-

LES VILLES ET LA i'Ol'l I.ATIO.N IKhAINE

seurs de PieFre le Grand restent fidMes à sa tradition d n'abandonnent pas son œuvre.

Ot abandon faillit bi<'n se produire. Pendant les cinq années du règne de Pierre il, les oli^'an|ues du Haut Conseil

JaKDIN et palais l>'l tic AC temps lu

'Hio ;;ravure de ITM.

secret (irent revenir à Moscou la Cour et le gouvernement ; mais Anna loanovna, après quebjues liésitations, les ramena à Pélersbourg. Dès lors le développeuienl l'ut continu. Sous Elisabeth, la population monte de 65.000 à liO.nOO Ames : elle dépasse 200. (MM) à la fin du siècle. A mesure qu'elle grandit, la ville s'embellit aussi, sans perdre pour cela les contrastes qui étonnaient l'Européen fraîchement débarqué sur la rive de la Neva. La « Palmvre bigarrée du .Nord »

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rommo l'appela il l^académicieri Sclil(i«/(?r, a loujoiirs df» qiiarlicrs de haiîuiiies en bois, di^Mies d'iamslav ou d'As- Irakliari, mais rnaiiilcnaiil, pivs du llciivo qui «-st l'artèro do la cit»', s'alif;in'ii[, sur le (Jiiai A?n//ais. l«»s maisons somptueuses des marcliunds étranger^: f)lus haut, les palais qui on! l'eFiipK'K'é ou eompl«''l«* les coiislnirlioris de l'ierre le (jraiid, le Sêîial, V Amirauté, le l*al(ïis 'l'Hiver, o-uvre d'Klisahelh, le Palais de Tauride, o'uvre de Potemkine. Un peu plusà l'écarldu fleuve, Paul I" «'lèvf'ra le Palais Michel. Près du JSevs/à-Prvs/if'/if, le hazar, le fiosfi?îny Dvor, est devenu une véritable ville, (pii s'iUend j)res(jM<' jusqu'à la «-allH-drale de Ka/aii, ainsi nommée à cause de l'icône miraculeuse (|u'(Ui y a apjxultM' de la vieille ville lalare. Kniin, entre le Sénat et rAmiiaiitt', sur un hloc de granit apporté d(î Finlande {\ grand'peine, et malheureusement réduit par trop de retouches, se dresse l'œuvre commandé-e jjar (ialherine II à Falconet, la statue équestre du l'ondaleur de la cité qui domine le lleuve, el, selon les vers adressés par un ouUhilel français, Cuinet d'Oiheil, à Catherine II.

» conh^mpli' son Empjii-

Plus vaslf t'iK'or ipfil m< r.ix.iil i mirii.

Malgré ses progrès, ou peut-être en rais(jnde ses progrès, Pétershourg était une ville bien (dus allemande que russe. Il faut la quitter et revenir dans l'intérieur de l'Krnpire pour observer la partie du peuple russe qui vit habituellement dans les villes.

Cette classe urbaine est numériquement très faible, lîn 1724, on l'évalue, pour toute la Hussie, à 320.000 î\mes environ — c'est à pou près la population de Paris à cette époque; en 1796, elle est montée à 1.300.000 âmes — pas beaucoup plus que la population de Londres : elle ne fait encore, bien que quadruplée depuis soixante ans, que la vingt-cinquième partie de la nation.

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Dans celte population si peu nombreuse, les fonctionnaires et leurs lamilles comptent pour beaucoup; dans nombre de villes, ils font plus du dixième du cbiiïre total des

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