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habitants. L élément industriel entre à peine en ligne de compte : les principales industries russes sont encore, pour la plupart, des industries ôuissonnières réparties, suivant leur nature, dans les villages de telle ou telle région. Ce qui domine donc, c'est la classe des marchands, en progrès, en
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l^ussic comme ailleurs, mais plus leulomenl qu'ailleurs; ce (jue les élraufçers e.\|»li(|u«'iil soiniiiain'UK'nl par la pan-sse. la rouline cl l'incurie (|ui, ponrcuv, sont les traits essentiels (lu marcliaiid russe.
Kn réalil<;, ses délauts ne sont pas la cause principale de son mt'diocre d('Vcl((pjH'inenl. h'alxjid, le faraud coiniuene, celui (pii (lévelo|)pe respi'il d'iniliali\e, est entre les mains des étrangers. Nous avons vu, déjà sous Alexis Mikliaïlovitch, les niarcliands de Moscou se |)laiiidre des prisilèp^es que le gouvernement accordait aux Anglais et aux Hollandais. I*our la plupart, ces privilèges existent encore au xviiT siècle ; là où ils ont été supprimés, les étrangers gardent le monopole des Iransaclions. parce (ju'ils ont les capitaux, l'exp»'rience, et (pi'ils sont toujours unis contre la concurrence indigène. Ils ont d'ailleurs pour complices le gouvernement, (jui est entre les mains <les bureaucrates, et les acheteurs eux-mêmes, les gentilshommes xénomanes, qui ne veulent que des produits étrangers, achetés chez des étrangers.
Si du moins les marchands russes pouvaient se rattraper au moyen des transactions portant uniquement sur les produits indigènes! Mîiis ces transactions sont peu nombreuses. Le propriétaire terrien, quand il vit à la ville, n'y achète rien aux marchands ses voisins. 11 reçoit de ses terres, non seulement ses provisions de bouche, mais encore ses meubles, ses vêtements ; ceux du moins que la mode ne l'oblige pas à acheter à des étrangers. Il n'a même pas affaire aux artisans locaux : il a, dans sa nombreuse domesticité, des serviteurs pour toutes les besognes. Sa maison se suffit à ellemême ; le revenu qu'il tire de ses terrés et du travail de ses serfs n'enrichit personne, du moins en Russie.
On conçoit que, dans ces conditions, les marchands russes puissent rarement s'élever à de grandes spéculations; ils se bornent au trafic intérieur, n'y sont que les commissionnaires des étrangers, et se voient obligés de se rabattre, comme
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ailleurs les Juifs, sur le petit commerce de détail. Il n'y a guère (l'exceplion, à cet égard, qu'à Moscou, parce que la classe marchande y est, de longue date, nombreuse et riche ; et surtout parce que Moscou, centre géographique de TKmpire, est toujours le centre de distribution de tous les produits, ou fabriqué's à l'intérieur, ou importés, non seulement d'Kuropo, mais encore d'Asie.
C'est à Moscou qu'alHuenl les blés des terres noires, le bétail du Don et de l'^lukraïne, (|ui prend ensuite la rout»* des régions pauvres du Nord et surtout de Pétersbourg : les bois et les peaux arrivés du pays de la N'olga. par h» fleuve et ses affluents, et destinés à s'exporter par Fétersbourg ou Higa. C'est à Moscou également (ju'arrivent, de Sibérie, les fourrures; de Perse, les pierres précieuses et les soies, ({ui s'y rencontrent avec celles de Lyui et les étoffes d'importation occidentale.
Les mareliaiids moscoxites, la plupart du temps, dissiniuleiit leur richesse, partie pour la soustraire à l'attention intéressée des Ir/nnovmks, partie pour se conformer aux vieilles mo'urs, qui nulle part ne s'éhiienl mieux conservées qu'à Moscou et dans celte classe. Ces vieilles monirs méritaient-elles toujours le respect des jeunes générations, on peut en ilouter, après les peintures qu'en a faites, en ce siècle, le peintre attitré de hi bourgeoisie moscovite, le dramaturge Ostrovsivi. Vax tout cas, leurs singularités excitaient la curiosité et l'élonnement, non seulement des étrangers, mais encore des jeunes nobles européanisés. Le mémoiriste Jilvharef décrit avec humour la montre des filles de la classe bourgeoise qui sont à marier, sur le quai de la Moskva, près du Kreml, le premi.»r dimanche après TÉpiphanie: le défilé de ces jeunes filles, peintes comme des icônes et habillées à la façon de leur arrière-grand'mère ; le défilé, en sens inverse, des jeunes marchands, en bonnet carré et pelisse de renard ; leur admiration devant une deè « can-
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(lidates », fell»' qui est l(i plus fçrosso, et rossemMe, au iiiilicii de ses eonipa^MH's. « à une coiirfîc îiu iniliMi des concombres ))^T()iil (('la, c'csl la livs \ifill«' |{iissi('. «•••Ile travaiit la réforme, (jui se iiiaiiilieiil, encore inlaclr' dans un»* «lasse, à côtédessoldalsenhahitsàla prussienne, desfonctionnairesen habit à la française, et de la sociét»'* nouvelle qui se dévelrippe dans les «'.ipilales et surtout à Moscou, à partir du jour où le fameux «klil d«' l*i<'rre III, en 1702, a ren<lu la liberté à la noblesse.
NoiisaNons vu coiiiriit'nt, de Pierrr le (iiand a l'i«'rn* III, toute la noblesse îislrt'inb' au servira' obli;;atoire. avait vécu dans les armées, sur la frontière, à IVHersbourg : libéré lard, le noble s'en allait aussitôt dans ses ternes, s'indemniser sur ses serfs de ses propres années de servitude. Après 1 70i, tout changea. Le séjour perpé-tuel à la campagne ne pouvait plus suffire aux échappés des régiments et des chancelleries; il leur fallait la ville, au moins (|nehjMes jours par année. Or, les villes, celaient tous les cliers-lieux des gouveinements ; c'étaient les capitales, et beaucoup moins la lointaine, la brumeuse, 'l'allemande Pétersbourg que Moscou, la « blanche Moscou », la « sainte Moscou », le centre géographique de l'Empire, sa capitale historique, disgraciée par le gouvernement, mais restée toujours aussi chère aux cœurs vraiment russes.
Dans le dernier quart du siècle, elle est le refuge de tous les retraités, les uns, ministres hors d'âge, favoris rendus à la vie privée, conspirateurs en disponibilité ; les autres, plus jeunes et plus modestes qui, de bonne heure, ont quitté le service « pour vivre à Moscou dune vie libre et philosophique » ou simplement pour s'amuser. « Moscou, dit Levchine, est l'asile tout trouvé des gens qui n'ont rien à faire que de manger leur argent, jouer aux cartes et rendre des visites. »
D'ailleurs, pour la plupart, ils ne vivent à Moscou que
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pendant les nnois d'hiver ; on passe l'éti'* an village où l'on a pour rien les vivres et le converl, les eln*vanx et les gens. Or a à Moscou, tout est ruineux; pour y Alrequehju'unjl faut ealèelie au moins à (pialie clirvanx. Si vous nr les ave/ pas, eii bien, n'y aile/. j)as ! » Mais comment n'y pas aller? Toiil l)on gcnlilliomme a sa nicli«M* d'efilanls ; or, c'est à Moscou (jue ses gan'ons trouveront des colh'ges, et, chose plus importante, des protecteurs ; c'est à Moscou que ses filles trouveront, |)elil<'S, une //iaw.sv// pour leur enseigner le frani^'ais, et peut-être, plus tard, des maris. (Ihacun sait (pie Moscou est le plus grand manlié des mariages. On part donc, après de longs préparatifs.
l/é(|uipai;i-, loi)i,'tein|)s oul>li'' dnns lu urang*'.
Est insiM'ct»', lavé, nin<Tmi, n'iap»'.
.Mais ra nt> suftit pas. Il Tant liir>ii (|ui- l'on iiiaiigo,
En roule, cl (|u»' Ion (loinir. En trois lar^'es fourgons
On «'niasse roUVi-ls, oreillers, casseroles,
Conlilures, fauteuils...'
La plupart du temps, la famille qui se rend à Moscou y a sa maison, souvent peu fastueuse, en bois, à un seul étage, sommairement meublée, au milieu d'un jardin plein d'orties et de framboisiers sauvages. On s'y installe ; on débarque les ustensiles de ménage, la volaille, les jambons, les confitures : puis, leur voiture à peine nettoyée, les maîtres s'en vont d'abord au Pont des Maréchaux'- , où sont les boutiques françaises, puis chez les oncles, tantes, cousins, cousines, qui eux aussi viennent d'arriver. Il faut bien présenter les enfants aux vieux parents qui ne les connaissent pas encore, échanger les confidences, les regrets, les espoirs, les plans de fêtes pour amuser les enfants, et aussi leurs parents.
De ces fêtes, il n'y en a pas partout. Certaines maisons.