‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 41 sur 53 · Pouchkine, Eugène Oniéguine · texte numérisé non relu

Pouchkine, Eugène Oniéguine

2. Koiiznetzki most, signifie exactement «pont des forgerons ■ : depuis longtemps, le pont a disparu, et les forgerons aussi.

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ii<» s'ouvrent pas ; telle, |)ar exemple, celle du prince Odoievski (jue décrit le mémoiriste Vigel. On y vil selon les vieilles mœurs : les valets ont l'air aiïahles cl bien nourris, les maîtres aussi. Le prince, tout descendant de Hurik qu'il est. se soucie |>eu des honneurs ; il vit entre sa femme, sa (ille, une gouvernante rran(;ais<*, im médecin allemand, une orpheline noble recueillie par chariti*, un vét<'*rinaire danois et des intendants grecs ou polonais; la valetaille n'est pas nombreuse, cinquante personnes tout au plus. Itien ne parait plus patriarcal que cet inlérieur : on se chuchote pourtant à l'oreille que l'orpheline noble y joue u les l'ompadour " ; la Française, M " lUdiois,

les Dubarry » ; et que c'est là le motif pour lequel la maison s'ouvre si peu.

Ouoi (pi'il en soit, la plupart du temps, les Moscovites vivent plus pour le dehors que pour soi. Les ministres hors d'âge en donnent l'exemple. « Ils sont déjà d'un autre monde, écrira Miss W ilmoteu IH()2, et ils ont j)our mobiles les mêmes cumiuérages, les mêmes folies de cour, la même vanilt-, la même ostentation. » Le prince (ialitzyne, l'ancien grand chambellan, ne quitte jamais ses ordres qui « ajoutés au poids de ses ans, le courbent jusqu'à terre »>. Le comte Ostermann, l'ancien chancelier, fait ses visites entouré de houzards et de heyduques; « son squelette bredouillant craque dans son carrosse ». Ces fantômes donnent des fêtes ; les invités qui les y voient alignés à l'entrée des salons, les pi'ennent pour une galerie de portraits historiques. On les contemple, on les admire, on admire leur carrière surtout. Dans la comédie de (Iriboïédof, u Le malheur d'avoir de /'esprit », Famoussof racontera la fortune d'un Maxime F\drovitch. Ln jour, déjà vieux, il a glissé devant Catherine II et poussé un cri dont elle a dai^^né sourire; aussitôt, comme par hasard, il a recommencé, et ses chutes successives l'ont hissé au pinacle des honneurs.

A côté des personnages historiques, il y a le$ crésus, dont

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la vie n'est que ré(e[)tions fastueuses. Tout Moscou s'écrase dans leurs parcs, qui sont des fon'ls, leurs orangeries mons- Ircs, leurs llirAIres où joueni |)arlois, sur une s«'ule scène, plus de cent acteurs serfs. Leurs diners, « rappcllcul Versailles el la Ilorde-d'Or ». Ils durent quatre heures, ♦'•gavés par les chants des femmes de cliainhre russes et par les contorsions de boulVons ou de ii.iins ( oshnm's «mi (!liiiioi<. en Tcherkesses, en Kalmouks.

Quand il y a hal, dès huit heures, les salons regorgent ; à dix h(Mires, des bougies s'éteignent, faute d'air. On danse tout de même, des menuets d'abord — le mrnupt à la reine est en honneur particulier — des polonaises, iinporUilion récente et revanche des l^olonais sur leurs vain(|ueurs, des écossaises, des quadrilles « à la françîiise » — et l'on linira par une « farandole à la grecque » ou par le Grossvafer allemand. Cependant, aux tables de jeu, les hommes mûrs perdent leur argent et leurs serfs. *

Les Européens trouvent en général, que ce grand monde moscovite a plus de luxe que de goût, et les invités, peu de véritable élégance. Les hommes font leur cour au maître de la maison et médisent dans les coins ; « mon oncle s'était battu comme un lion contre les Turcs, avec Souvorof, raconte ^Griboiedof. De retour à Moscou, il ne vivait que d'intrigues et de cancans ». Quelques uns, les vieux surtout, jouent aux cartes et trichent. Quant aux jeunes, ceux qui ont l'jige de servir, sont à l'armée ; les autres « assiègent les portes, tout raides sous la poudre, la pommade et leurs habits neufs, avec leurs précepteurs français qui étudient l'effet de leurs premiers saints ». Les dames, de leur côté, parlent perruquiers ou femmes de chambre; elles aussi jouent aux cartes et parfois savent corriger la chance. Elles sont encore tout asiatiques par leurs manières et leur tournure d'esprit. « Assises dafts des boudoirs, avec des esclaves qui dansent autour d'elles, elles brûlent des parfums et offrent des con-

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