‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 42 sur 53 · LES VILLES ET LA POIU L ATI ON T H H AINE · texte numérisé non relu

LES VILLES ET LA POIU L ATI ON T H H AINE

fitiiies à leurs visiteurs... Bien qu'une sorte d'extérieur français soit général parmi elles, elles n'ont pas la doueeur, la suavité de manières qui régnent si généralement en France. » Et la conclusion de notre Anglaise — car c'est Miss W'ilmol * qui juge ainsi — c'est que « la Russie ressemble à une lillette de douze ans, sauvage et gauche, mais coilïée à la parisienne ».

QLATUIÈME PARTIE

LA LITTÉUATl RE ET LES IDÉES

La littérature moscovite. — La réfariuc: Pierre le lîrand et le* lettre*.

1. Les écrivains du xviii* siècle. — Les premières génération», les proli' ' ni ^lons » de Pierre le (irand. — Les proinier» •• professiuimeU ■• ; '1 i,

i^omonossof. — Pullulement des écrivains au milieu et dan* la secouti. .i.l..i.. »1u siècle.

IL La valeur littéraire de leurs œuvres : leur manque absolu d'originalité. — Leur véritabli* nu-rite, création d'une langue littéraire, d'uni- grammaire, d'un public. Importation en Hussie des genres et des goûts littéraires di- I IniMi,.-

lli. Leur valeur historique. — La peinture de la vie russe : I' i-

ments des générations du xviii* siècle. — La lutte pour !> . ',

Kaiitémir, Taticlitcher. — La réaction conti*e la galluiuaaie. Fone-Vizme. — La critique de la rel'onnc, (Ihlcherbatof. — L'activité civilisatrice di- NoviLof et de sou école.

11 \ a peu de ditï'érence eiilre le dtivelojipementtie la lillératiire russe jusqu'à Pierre le (irand, el celui des lillt^ralures occidenlales jiistiii'à la Reiiaissanre. Comme l'Kurope du moyen à^e, la Hussie d'avant la rt^'lurme a des vies de saints, (les chronitiues de moines, des manuels de tlit-ologie ou de morale; et, d'autre part, des ehants populaires où se rétlMent les mythes du paganisme slave, tles fragments d épopées, inspirt'sdes grands évtMiements de la vie nationale, de la lutte eontre les ïatars, par exemple ; des romans d'aventures, |»res(iue toujours calqués sur des modèles hy/antins ; tles récits de voyages, de pèlerinages; enlin, à partir du XVI* siècle, des essais d'histoire ou de polémique, lettres, mémoires, descriptions de la Hussie. Si précieuses qu'elles soient pour l'histoire de la civilisation, ces teuvres ne constituent pimrlant |)as4ine littérature, au sens complet de ce mot. A la veille de sa réforme, la Russie ignore encore les genres

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lillôniiros soigncusonrKMit sépan'-s pai- 1rs ('crivains d'Ocri- (l(!nl ; à (le rares exccplioiis près, cil*' n'ii, en «leliors, du elergé, ni érrivains. ni lellrés ; elle n'a pas de librairies, peu d'écoles, el seiilenient une ou deux impriineries, «'lalilissemenls oflieiels, (|ui elioment souvent. Il n'existe nn^me pas de langue russe lilh'-raire ; dans I(miI<' <rii\r<' •'•rrilr f»fi se sert d'un jargon russo-slavon, ju^i' jilus noiij.'. |i;ii((' (juil est peu compréhensible pour le vnlj^aiie,

Pierre le Grand a comhb' (jiu'hjucs unes de c«'> lacunes ; il a cré<î des <'c(des, des collè;^es, des imprimeries, simplifié les caractères russes ; mais il ne s'est fçuère occupé* «le littérature proprement dite : le moindre traité* de fj:éométrie lui paraissait plus ulile (jue toute la « brllrtnst'uptf >», Il a pourtant contribué à ses progrès. Kn ébranlant le monde russe, ses réformes ont éveillé des esprits jusqu'alors inertes, suscité des polémi(iues : d'autre |>arl, les étudiants envoyés en Europe n'y ont pas vu que des chantiers (*t lu que des manuels de sciences ; ils ont fré-quenté les théâtres, lu des vers et des romans ; dans les Universités, ils se sont parfois trompés de porte. En Russie même, les hommes émineuls appelés à l'Académie des sciences, et les livres traduits par eux ont propagé, non seulement des notions de faits, mais encore des doctrines et des goùls litiéraires : à côté des techniciens, il a surgi de bonne heure des écrivains, interprètes des préoccupations nouvelles.

Sous Pierre le Grand ces écrivains sont surtout d(*s prélats, •anciens élèves des académies de Kief ou de Moscou. Stéphane lavorski, Dmilri de Hostof, et surtout Feofane Prokopovitch, l'auteur du lièglement ecclésiastique^ le confident et l'apologiste du Réformateur. Un peu plus fard apparaissent des laïques, directement formés sous l'influence delà réforme, parfois mûris dans la pratique des affaires: tel Nepliouief, dont nous avons déjà parlé ; le prince Anliochus Kantémir, fds d'un hospodar moldave réfugié en Russie

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après la paix du Pruth: un autre tiifjhn de Pierre le Grand, Ta^tichtchef, un des artisans du Coup d'Ktal de i 730. Mais ces grands personnages ne sonl«M'rivains (ju«* par occasion; ils ne publient guère leurs oeuvres, ou, s'ils le l'ont, c'est en s'excusant d'avoir perdu dïfleur temps à ces bagatelles. Les premiers professionîie/s de la lillt-ralure n'îipparaissent qu'après eux, et, par un hasard curieux, ils sortent des classes que la Hèfornie a le moins touchées, \oici Tnuliakovski il7(>!l- 1709), lits d'un |>ope d'Astrakhan, initié aux langues d'Kurope par des cajiucin»

venus de France ; à div-huil ans, pour échapper à ht4)rétrise et au mariage qiiLL!a< compagne ohligatoiremenl, il se sauve à Moscou, à l'académie gréco-latine, puis en Kurope', à Amsterdam, d'où il part à pied pour Paris : il y suit les cours de la Sorhonne.

kliscute Ihéologie avec ses

docteurs, devient humaniste passable, apprenti même à tourner des vers rran(;ai's. De retour en liussie, il s est attaché à l'Académie des Sciences, pour traduire des livres étrangers et composer des vers de circonstance. Ce métier de poète olliciel lui vaut (juehjues gratitications et nombre de désagréjiients. Un jour, à propos de vers qu'il doit composer poUr une mascarade, il mécontente le ministre \ olynski.

« Alors, m accablant de toute espèce d'injures. Son Excel-

» lence me iit arracher mon épée, mes vêlements, jeter par 4erre et » battre à coups de bâton, sur mon dos nu, d'une façon si cruelle et » si impitoyable, que, d'après ce qu'on m'a raconté depuis, on m'en

Tkediakovéki.

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