‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 45 sur 53 · ki i.a ni ssii: ai w i iI' sikci.k · texte numérisé non relu

ki i.a ni ssii: ai w i iI' sikci.k

(jue le siècle liriit, sous FîiuII" oisons Calliorinr? Il olle-m^niP, par dos oonfisoalions ^e livres et dos envois d'r'erivains^n Sibérie.

Faul-il eoiielure de ce déYoloppement que la lUissie du wiiT sièole a eu vraimenl une lilléiulure? On le croirait à liro, dans les inanu»'l>, r«'s lori^tn-s snilcs de noms d auteurs; mais rinij)ression n'est plus la mémo (piand des auteurs on passe aux (ouvres.

|)'al)ord, boaucouj) dCnln' elles ne sont que dos traduclions. Nous avons déjà dit combien Pierre le Grand avait fait traduire d'ouvrantes occidentaux. Après lui, ce travail conlinua autour do l'Acadé-mio des Sejonoes et par ses soins, mais avec un caractère moins directement utilitaire. TreiliakovsUi, par exemple, tiaduil pèle-mèle les érudits articles do ses confrères «'trauffors, dos libretti d opé-ra. TéUmnffUc, le Voijaye à Hic d'amour, de Tallomant d«'s Uéaux, VArt poétique, etc. Le di[)lomate Kantémir fait passer en russe les Lettres persanrs et les l'Jnlre/iens sur la pluralité des ^nondcfi. .his(ju'à la tin du siècle, il n'y aura guère d'écrivain qui ne débute par dos traductions. Catliorine II elle-même en fera. A la (in du siècle, la presque totalité de la littérature française du temps aura passé en russe, ainsi que nombre d'iouvres anglaises ou allemandes.

Parmi les œuvres russes qui passent pour originales, beaucoup ne sont, en réalité, que des adaptations, des traductions déguisées. Quand TrediakoNski, par exemple, veut chanter la prise de Danzig par les Russes, il ne se met pas en frais d'imagination ; il traduit, en la délayant, Y Ode de Boileau sur la prise de Namur. C'est do Boileau aussi que proviennent la plupart des malices de Kantémir dans ses satires, et du reste, il indique, en marge de son manuscrit, les endroits qu'il a pillés. Lomonossof a trop connu les Odes de Jean-Raptiste Rousseau. Soumarokof a

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déversé sur la scène russe du Corneille et du Hinine, parfois du Voltaire, et ses comédies sont si bien du Molière qu'un rival, Loukine, a pu les accuser d'être inintêlli«:ibles, dans le fonds et dans la forme, au public russe. Fone-\ iziue, supposé plus national, a imité non seulement les Français, mais encore les Danois, ies Allemands et les Anglais, iivec une telle constance que même ses boutades contre les Français et la gallomanie sont traduites, tantôt de l)utlos {Considératio?is sur les mœurs de ce siècle), tantôt de tel ou tel journal allemand. Loidvint' lui-m«'^me, tpii se moquait si bien des imitations de Soumarolvof, a (b'-marqué du (lampistron, du Marivaux, du Collet, du Hoissy. Maïkof, qui ne sait pas les langues étrangères, n'en est pas plus original : il imite les traductions et les adaptations. Les romanciers, les publieistes, les moralistes pillent tous, à qui mieux mieux, les œuvres européennes : Catberine II, dans ses fameuses Instruclions, [Nidaz] à la Commission b'gislative de Moscou, suit si bien Montesquieu, (jue le traducteur français du dit JSaAuz, pour s'épargner un mal superllu, n'a eu qu'à reproduire intégralement des passages de Montesipiieu. Le Voyage de P('tersb(tur(/ à Moscou, de Hadicblcbef, satire du servage dans laquelle on s'attendrait à ne trouver que des accents russes, est inspirée à la fois de Sterne [Voyage sentimental) ^qI de ■RiiN nal {flisfoirr philosophitfue des Deux-Indes . V Vax délinilive, on ne sait jamais, en lisant une « œuvre russe >' du xvui' siècle, si l'on n'a pas affaire à une œuvre étrangère et cela seul, à défaut d'autres raisons, suivrait à expli(iuer le discrédit dans lequel est tombée toute cette littérature, simple transposition, à l'usage des Russes, de la littérature européenne de leur temps. Cette transposition a-t-elle vraiment rendu service aux lecteurs novices pour lesquels on l'a fabriquée laborieusement.' C'est la seule question qu'il convienne de se poser aujourd'hui à son sujet.

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