CONCLUSION
, Dans los cliapilres qui pn'cèdeiil, nous avons constaté le pron^rès matériel de la Russie au xyiiT siècle. Nous Tavons vu doubler, ou à jx'U près, sa population, grAee à l'i'vcédent des naissances sur les décès, grfice aussi à des conquêtes qui font d'elle, à la lin du xviii" siècle, une puissance maritime, forte à la fois sur la Baltique et sur la mer Noire, et, d'autre part, une puissance continentale, limitrophe des l^tîils jjjermani(|ues. La .MosconIc du xvii* siècle, perdue, au delà de la Pologne, dans les plaines de l'Europe orientale, louche maintenant à l'Kurope centrale; elle est un pays >raiment européen.
Ce progrès matériel, le plus apparent de tous, n'est pourtant pas le plus intéressant à relever. Il aurait eu peu de valeur, s'il n'avait été accompagné il'un progrès intellectuel et moral. Or, nous avons vu, en commençant, comment beaucoup d'historiens russes ont apprécié ce progrès moral. Qn^'lqiit^s-uns sont allés jusqu'à le nier complètement. Pouvons-nous, après cette rapide enquête sur la vie russe au xviii* siècle, nous ranger à leur opinion ?
Il est certain que la réforme accomplie en Russie par Pierre le Grand et ses successeurs, n'a pas été de tout point un progrès. Non seulement elle n'a pas supprimé toutes les barbaries, tous les vices de la Moscovie d'autrefois, même
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dans Jos classes dii-ij^caiilcs, mais encore elle les a parfois ufj^^M'avés. La vénalité do radminisiralion n'A pas diminué ; la corrjiplioii de la (loiir a grandi ; le proj;rès de la enltnre, en Iranslormant en Kuropéens les l{nsses do la caste snpérienro, a <'réé entre eux el le peuple une dillerence (|ui a
! sinfçnlièrement aj^gravé lo sorvaj^o. Les progrès d« l'incrédidili', d'aulre pari, on! afVaiMi la harrière <|ue les vieilles mo'urs el la vieille religion, toutes grossières qu'elles fussenl, opj)osaient îiu dt-ljordemenl des instincts égoïstes el hrulaux.
Toul de mémo, dans lu >«rt»ii(ie nioili»' du >ii'. 1.-, on noII apparaître et se multiplier un t\pe dliomnu's nouveaux,'
• européens en ce sens qu'ils se sont assimilés ce qu'il y a de meilleur, et dans les moMirs, el dans les idées européenn«'s, mais, en même temps, prolondr-ment russes, et haftlés du désir de mettre leurs facultés nouvelles au service de la patrie. Chacun y travaille à sa façon : les uns, en y créant des relations sociales, à la mode des honnêtes gens d'Kurope ; les autres, en donnant, dans l'administration, l'exemple nouveau de la prohit('' et du zèle désintéressé. Ouelques-uns enfin cn-ent une littérature, éli'angère par ses formes et ses procédés, mais profondéni<'iil nMlii.n.d»' en (•»• qu'elle lutte contre les abus du passé.
Assurément, pour les déraciner, ces aljus, pour faire du gouvernement russe un gouvernement civilisé, pour transformer en nation consciente d'elle-même, des masses dont la principale vertu, pendant des siècles, avait été l'obéissance, plus d'une génération était nécessaire. Les Européens qui, vers 1770 ou 1780, arrivaient à Pétersbourg les oreilles rebattues des réformes de Pierre le Grand et de Catherine II, ne voyaient pas le résultat du travail qui se poursuivait dans ces masses lentes à émouvoir ; des misères qu'ils rencontraient partout, ils concluaient que l'œuvre de la réforme était manquée, qu'elle était au-