‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 6 sur 53 · IC. LA IMSSIK AC Wlll' SifiCLK · texte numérisé non relu

IC. LA IMSSIK AC Wlll' SifiCLK

Isîirs se les prociircnl. IJu* fois (jn'on les a cnihaiiclH'S à gi'îlnds frais, en Allcrnagnc on en Ilali«*. ils n'arrixcnl pas loujours à (h'slinalicni, car l(!S voisins delà llussic sont aux a^^ucls p()(ir h's ('m|>rrlH'r(le passer. Kn tiiiO, Ihins Sclilille, a^enl <li( Tsar, a n'-ussi à loninM* »'ii Alit'inagne un** Iioiijm' (le cent viii^l-hv^is personnes, nn''(lc(iiis, a|M»llii(aires. iiij^énieurs,' eliarpentiers, tailleurs de pierre, fonlainiers, armuriers, verriers, ele., etc. Ouanil ils sont n'Minis à Liiheek, pour s'einhartjiier. le Si'fiat de la ville les l'ait violemment disperser : (juelqurs-uns pourtant gagnent la Livonie, mais ils y disparaissent mystérieusement par les soins des (ilicvaliers Porle-diaive. Les l'olonais. de leur côté, inirigui.'ut auprès du j)aj)«* pour le dissuader d'avoir des relations avec les barbares moscovites : ils essayent d'arrôter les vaisseaux anglais (pii se rendent à Narva, alors au pouvoir d'Ivan le Terrible ^L-jOD). « Par cette navigation nou- » vclle, écrit le roi §ij[ismond à la grande Klisabetb, nous » voyons le Moscovite, l'ennemi béréditaire de toutes les na- » lions libres, se munir de caFions. de boulets, de munitions. » et, d'autre part, d'arlisans (jui eonlinuent à lui fabrijjuer » ces armes... Nous ne permettrons |)as qu'une telle naviga- » lion soit libre. » Kt, en elVet, les Anglais ont maille à partir avec les. corsaires polonais, dans la Baltique, jusqu'au jour où Narva tombe au pouvoir des Suédois. Heureusement une autre voie était ouverte, celle d'Arkliangel, connue par les Russes au xv*" siècle, redécouverte |)ar les Anglais au xvi'. A la vérité elle était longue, périlleuse, et les Anglais entendaient la confisquer à leur profit. Leurs exigences, qui provoquèrent plus d'une l'ois des ruptures entre Londres et Moscou, contribuèrent pourtant aux progrès de la Russie en suscitant cbez les Russes le désir de s'affrancbir du joug de ces rapaces intermédiaires. Ivan IV, le premier, songe à établir dans Moscou des écoles dirigées par des maîtres étrangers ; un peu plus tard, Boris Godounof (1598-1607), non

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content d'envoyer quelques jeunes Russes étudier en Europe, projette de fonder à Moscou une université, avec des maîtres allemands. Sous son successeur, le faux l)mi.tri, l'iirfluence étrangère coule à pleins bords. Lui aussi, il veut envoyer des boïars en Occident; en attendant, il remplit sa Cour d'aventuriers européens, et fait si bien qu'ime réaction nationale l'emporte. Pourtant l'intiltration continue : pendant « le temps des troubles » ( 1 005-1 Gl 3), alors que les Polonais occupent ou menacent Moscou, beaucoup de boïars songent à la conclusion d'un accord (|ui leur garantira, entre autres avantages, le droit de faire instruire leurs (ils à l'étianger. Peu à peu, à travers les guerres et les révolutions, l'idée de Boris (jodonnof et du faux Dmitri fait son cbemin.

En I()I3, le <( temps des troubles » prend (in par l'élection de Micbel Homanof. Les }:ens (jui l'ont porté au trône sont tous hostiles à liniluence étrangère ; ils n'en essayent pas moins d'imposer au nouveau tsar des /meta conventa à la polonaise. Michel lui-inéine, aussitôt affermi sur le trône, a recours, pour lutter contre les l'olonais et les Suédois, aux mercenaires étrangers, exactement comme avaient fait les tsars du siècle précédent. « Les Musses haïssent les étrangers, U^rivent, en 1020, les frères Skyte à (lustave Adolphe, mais ils ne peuvent rien contie eux, ni sans eux. » .Nous voyons donc, en 1031 , le Tsar envoyer en Occident l'Ecossais Lesley, pour lui recruter des architectes, des ingénieurs, des fondeurs, des forgerons, des tourneurs, etc., en tout cinq mille personnes. D'autres missions suivent celles de Lesley, et comme, en môme temps, le nombre des marchands et des artisans venus, soit par Arkhangel, soit par la Pologne, augmente toujours, les é'trangers finissent par couVrir la Russie « comme des mailles d'un (ilet épais ». On en trouve, non seulement à Moscou, où ils peujdent un faubourg riche et po})uleux, la slobode allvmtiiice. mais à Vologda, à Nijni-

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Novgorod, à Voroiiègo, ù Serpoiikliov, «'le, etc. Kii Hi7l . on évaliio leur iioiiil)n' à pivs <!♦' iO.OOO.

Ils sont mjillrcs du ^'laud coiininn»;. Tandis quf Icsmarcliaiids moscovilcs reslenl conlirn-s dans leurs rcliopin's, assis à rorii'ulalr «luprt's de leurs machines à eoinpler, les Anglais, les Hollandais, les BiN-mois, h-s ilaniliourp'ois arcaparent les lransa<'li()ns (!«• riiiiijjiic peu! russe, Arkliaiigel. Un certain IMiilippe Verpoort, de Hambourg, y monopolise le coninuTcc du caviar ; une compagtiir hollandaise, celui des bois. DeMiJScou, le l'acteur Kherschildl envoie à lliga tout le houblon de Moscovie. lien est de l'industrie comme du commerce : ce sont des étrangers qui <lécouvrent les mines et les exploitent ; Vinius, Ihilenant de Hosenbach, Denys Jovis, ont des fonderies à Ôlonel/, pour leur compte» ou celui du Tsar. Pierre Marselis, né à Moscou de parents danois, fonde à Toula l'induslrie du cuiNre. Des verriers ilaliensmontent une verrerie j)r»'s de .Moscou. Une compagnii* holsleinoise construit, sur la Volga, les premiers grands vaisseaux qui l'aient descendue.

Tous ces immigrés ne pouvaient pas ne pas avoir d'action sur les goûts des Moscovites. Dîuis la seconde moiti»'* du siècle, il n'y a guère de maison de boiar où l'on ne trouve des meubles, des tableaux, des jouets venus d'Kurope ou fabriqués, à Moscou, par des artisans originaires des provinces que vient d'annexer, en 1607. Alexis Mikhaïlovitch, la Hussie Blanche et la Petite Russie ; même le trône du Tsar est de fabrication polonaise, avec une inscription latine.

La Pologne ne fournit pas que des meubles. Sous Alexis Mikhaïlovitch, une nuée de traducteurs, venus de Ivîèf ou de Smolensk, est occupée à faire passer, du polonais en russe, des romans presque tous d'invention italienne ou française. Ogier le Danois, la Belle Mélusirie, Tristan et YseuTt, les quatre fils Aymon, le preux Roland, Boves le fils de roi, etc., deviennent familiers à un public fort restreint sans

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<l()iik', mais dont r<'xisl<^nce est (hrjii une grande noiiveauUK Aj)r(>s les lra<lu<lions du polonais, viennent celles du latin : on s'alla(jiie à drs oiivnj^Ms moraux, tln''olofçi(ju«'s, parfois à des lrail»'s (!«• nicMlrcim', de droit, dr ^«'o^rapiiie, voin* d«' politi(|ue. Le ministre d'Alexis, le grand hoïar Ordim- NaelilchoUine, se fait traduire les ga/ettes étrangères qu'apporte le serviee des postes, n'-ci-ïnmont organisé. In agj-nt russe achète, à Dan/.ig, poiii- le Tsar lui-même, un dictionnaire germano-latino polouiiis.

La lecture des traductions conduit naluicljcuiciil ;ni dt-sir de lire les originaux. \ ers 10.jO, nou.'» voyons Ordine Nachtchokine faire enseigner le latin à son (ils, faute d'autre professeur, par un prisonnier polonais.

IMus tard, après l'annexion de la Russie Itlanclie et de la Petite Hussie, les maîtres se firent moins rares. S'il faut en croire des doléances de moines, il y aurait eu, dès celle époque, dans toutes les grandes maisons, des précepteurs étrangers et des livres latins. 11 semble bien que ce soit exagéré. L'agent français Neuville raconte, en 1080, n'avoir jamais rencontré que quatre Moscovites qui sussent le latin. Ouoiquil en fut, le mouvement qui porta la Hussie des premiers Romanof vers la culture européenne, entrevue à travers la culture polonaise, est indéniable. Il se manifeste dans Moscou, où l'immigré Simi-on de Pololsk fonde, sous la protection du Tsar, une acadjimie slavo-latine ; dans le monde des boïars,où nous trouvons devrais Européens, comme le prince Boris Galitzyne; autour du Tsar, dans sa famille, où les princes Alexis et Feodor parlent polonais et latin ; dans ses Conseils, où Ton cherche, à grand renfort de gazettes, d'in-folios, d'interrogations captieuses aux envoyés étrangers, et d'ambassades en Europe, à se renseigner exactement sur la politique et les mœurs d'Occident.

Déjà les coutumes de la vieille Moscovie s'altèrent : à plusieurs reprises, au xvii' siècle, des tentatives sont faites pour

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supprimer les particularités de costume qui donnent aux Moscovites un air d'Asiati(iucs. La première de ces tentatives, celle du faux Dmitri, qui s.- moniro h s.-s sujets \èlu

l'iKHRE iK GiiAMi EN COSTUME HOLLANDAIS, d'après la gravuic de Svistounof.

en hou/ard polonais, tourne mal ; néanmoins, sous .Michel Ronïïmôret surTout sous Alexis, elles se répètent avec un tel succès qu'il faut un oukaze, en 1G75, pour fermer la Cour aux nouvelles modes. Mais six ans plus tard, un nouveau tsar, Feodor, qui vient d't''i)0user une Polonaise de Smolensk,

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Maria (ipoiirliflska, onloiin»! à ses hoïars de ne paralln* «Ifvaiil lui (ju'cii lial)i( à la itoloiiais**. IfS ('ii«'\rii\ roti|><'S. le monlon rasé.

Un aiitro symplôinc (l<'s Icinps iiouv<'aux csl liiilrodiio tion à la (lour de clislraclions jn-ofaiics, à la niodr ocridenlalf. Sous lo pieux Alexis MiMiiiilovilch, on joue au Krenil des pièces compos«''es par des Allemands de la slobodcy pasteurs ou médecins. A la vérité, par une concession i\ l'esprit du passé, ces premières j)ièc<îs russes sont empruntées aux livres saints. La première en date est une Estftrr et Assuéhis (jue le Tsar écoula dix heures de suite, et dans laquelle les courtisans ne manciuèrent pas de trouver -r- tout comme i\ Saint-Cyr, dans Y ICsther de liacine — des clefs et des allusions |)olitiques. Fuis vinrent une Judith et UolopJicrne, un Toh'ie, un Joaeph, un Adam et Eve.

Rien n'est plus signilieatif que le changement qni se produit dans la situation des femmes. Le terem, leur appartement particulier, commence à ne plus être une prison : rVllemand Tanner constate, en 1678, que dans plusieurs maisons, il existe des salons, où les dames conversent librement avec les visiteurs étrangers. C'est dans un salon de ce genre, chez le grand boïar Mat\iéief, qui avait épousé une llamilton,que le Tsar Alexis aurait rencontré l'orpheline. Nathalie Narychkine qui lui plut, non moins par son esprit que par sa beauté : il l'épousa, et en eut le fils qui devait être Pierre le Grand. Après Tanner, Korb constate qu'on instruit les femmes ; elles ne sont j)lus voilées comme jadis, elles vont à l'église en litière découverte. Dès 1675 et 1678, desoukazes consacrent ce changement des mœurs en modifiant, en faveur des femmes, les lois de succession.

Ces innovations paraissent scandaleuses aux vieux Moscovites qui croient que Moscou, la troisième Rome, le dernier refuge de la vraie foi, après Byzance, tombée aux mains des Turcs, et Rome, à celles des papistes, ne doit rien em-

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