‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 9 sur 53 · I.E PHOCiHKS l»K LErnOPÉANI^ATlON · texte numérisé non relu

I.E PHOCiHKS l»K LErnOPÉANI^ATlON

études dans les universités allemandes — réducation est devenue surtout frani^ajse, sans d'abord heaucoup y gagner. Les~premîerïs^ stHîcesseurs français des Vralmann et des Mull<*r ne leur étaient guère supé'rieurs : à Moscou, Theshy de Heleour, en 1775, en trouva qui avaient été postillons, coiffeurs, tambours ; à Pétersbourg, au témoignage de La Messelière, certaines gouvernantes fran(;aises avaient été jadis inscrites sur les registres de la polie»', à F*aris. La plupart de ces aventuriers étaient fort ignorants : cpiand le gouvernement institua pour eux des examens spéciaux, en 1757, l'un d'eux, interrogé' sur les modes des verbes, répondit qu'il n'en j)ouvait rien (lire,(pi'il avait quitté Paris depuis vingt aUvS, et que les modes y cbangent souvent. Quebjues-uns même n'étaient pas Français : on connaît l'histoire du Finnois (|ui, dix ans durant, enseigna sa langue à deux jeunes Husses, pour du français.

C'est la période en quelque sorte héroïque de l'enseignem(înt du français en Russie. KUe prendra (in dans les vingt dernières années du siècle, après (|ue le mariage du (irand Duc Paul avec une princesse \Nurtembergeoise, et la Hévolulion française auront fait venir en Hussie, la première, toute une colonie de précepteurs montbéliardais; la seconde, une foule de nobles ex^ilés. Au surplus, l'aristocratie russe avait su de bonne heure se procurer des maîtres capables de l'initier non seulement au français, mais encore à la culture classique. En 1 753, Alexandre et Siméon Voroii/of, deux gamins de dix et douze ans. parlent le français couramment, mieux que le russe, et sont familiers avec Racine, Corneille, Roileau ; leur sœur Catherine, qui sera, sous le nom de princesse Dachkof, la confidente de Catherine II, assure, dans ses Mémoires, qu'à quinze ans^ elje avait lu •deux fois le livre d'Helvétius <mje l'esprit ))^Ces exemples de culture précoce se font de moins en moins rares à mesure qu'on avance vers la fin du siècle.

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Kn inr-nic temps (im* les id/'cs, les pjùls ot I«'s rnriMirs d'Occidcnl |)(''nrlr(Til n\ iiiissi<; avci- cliîujue l)aleaii qui <l«'*lianjue i\ Pélcishourg sa carfçaison de livres, de vins, de i)ré<'e|)teurs, de gouvernantes, de nnodistes et de coilleurs rran(;ais ; les Russes des hautes classes vont de plus en plus terminer leui's «'ludes à l'^'-lranger. (le sont encore les voyages du tenaps de Pierre le (Jrand, avec celte dillérence que le» voyageurs partenl mainlenant de leur plein gn*, la plupart du temps à leurs frais, (le sont les universilt's de Leip/ig. de Leyde, de (ioltingue, de Huile ([ui les attirent le plus: des universités françaises, ils ne fn''q ne n ten t guiirc qiw»- Strasbourg, où ils étudient à la fois le français et rallemand. S'ils vont à Monlpelliei-, c'est simplement pour y consulter quelque docteur fameux, et ils se hâtent d'en repartir pour ces « rives chéries de la Seine » d«'*jà célt'hié'es par le poète Trediakovski et par l'ambassadeur Kantémir. Après IToQ, Paris est le but final, obligatoire de toute promenade à l'étranger. Des pèlerins qui y arrivent de tous les coins de la Russie, quelques uns se contentent, au témoignage de Fone- Vizine, d'en courir les tri|)ots et les boudoirs suspects ; d'autres fréquentent les académies, les théâtres, les salons où l'on cause encore. Les uns et les autres se sentent chez eux. « Je dois rendre justice à l'aménité de cette noblesse française, écrit Alexandre Voronzof, alors chevau-léger à Versailles : ils s'empressèrent tous à me faire honnêteté, de sprte (fu'au bout de deux jours je fus aussi à l'aise que si j'étais arrivé depuis quelques mois. »

Pour les Russes qui ne peuvent s'offrir le profit coûteux d'un voyage en Occident, le gouvernement songe à perfectionner les instituts trop techniques, trop militaires de l'époque précédente. Sous Elisabeth et Catherine II, on cherche à créer un enseignement général, classique. Seulement, dans les créations d'Elisabeth, l'influence allemande se fait encore sentir ; l'influence française inspire celles de Catherine II.

LE PHOGUÈS DE L EL'ROPÉANISATION .",1

L'œuvre capitale d'Elisabeth, c'est la fondation, en 1756, de la première université russe, celle de Mosrou. Ses dt'huts ont été modestes ; "en 1763, elle navait qu'un seul professeur pour la médecine, en 1768, un seul pour le droit. Ces rares professeurs, presque toujours étrangers, enseijjnaient, qui en allemand, qui en français, les matières les plus hétéroclites: on les voyait passer de spécialité en spécialité, au gré de l'administration. Leurs élèves les comprenaient mal, et ne prolitaient guère de h'urs leçons, à n'en juger que par les souvenirs de l'one-\'i/ine. Les réponses de ses camarades, aux examens de lin d'année, sur la Volga, qu'ils font aboutir dans l'iVéan glacial; leur nullité en latin, malgré le secours du professeur complaisant qui leur souflle les cas des substantifs ou les temps des verbes en leur montrant t<'l ou tel bouton de sa veste ou de son habit,

— tout cela fait peu d'honneur aux débuts de la « mère des universités russes » : telle quelle pourtant, en dépit, ou peut-être môme à cause des lacunes de son enseignement, qui permettent aux élèves de lire, travailler ou muser à leur fantaisie, elle produit des résultats. L'n de ses élèves du début, Fone-Vi/.ine, sera une gloire littéraire de la Hussie.

Sous Catherine 11, l'enseignement devient — ofliciellemeni

— une (les principales préoccupai ions desgrfuvernanls. La philosopliie fran('aise fait croire,;» iVHersbourg comme ailleurs, que l'éducation peut créer « une nouvellerace t|'||ommes ». Il suilit pour cela, en instruisant les enlants, de les spustraire aux intluences fâcheuses du passé ; en d*âulresjprmes, de les isoler dans des internats. Catherine II se conforme à ce principe, en fondant, surlê modèle du Saint-Cyr de M"" de . Maintenon, l'iiislitul de Smolny, dont l'intluence fut considérable.

De sept à dix-huit ans, l'élève de Smolny est complètement séparée de sa famille. Sous la haute direction d'une surintendante suisse, M"' Lafond, elle apprend un peu d'his-

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toirc, de ^('ognipliie, de mylliologie, fl beaucoup de lanf^ue cl (le lillf'ialiiro riiiiiçaisc. S't'xjuiiiicr piircnicnl «'m français, <()iiiiai(n' I(.'S bons aulrurs IVaiK/ais ; sav(jir, à rorrasioii, les jufçer d'un mol juste et spirituel; montn*r, en jouant leurs (•oiiKMlies, (jii'oii les eoniprciid bien ; savoir «'rifiii danser, clianler et jaboter a^n'ablciiicnl, tel est le but (pu* vise ee « couvent sans ebrisliauisme », et (pi'il atteint. L'Anglais Coxe, de j)assage à l*«Hersbourg, est invit<5 à une goirée de rinsliliil. Il y voit jouer, avec beaucoup (rintelligence et de j)un'lt' (racceul, deux pièces fran(;ais<'S « L'oracle » et «< La servante maîtresse », après lesquelles il y .i un bal et un souper, auxtpiels assisb-nt nombre de biiuts personnages, des étrangers, des cadets des Kcoles niiiilaires. Il n'y manque guère que les parents des élèves.

Le type de l'Institut de Smolny est celui d'une inOnité de pensions qui se fondent un peu partout. La plupart n'enseignent guère à leurs pensionnaires des deux sexes que la danse et le français, et l'on ne peut dire qu'elles remédient à l'insuffisance dos collèges officiels. Le meilleur de ceux-ci, c'est encore l'Académie de Kief, qui en est toujours à l'humanisme des jésTntes. Vinski raconte y ^ivoir passé des années à se remplir la tète de tropes et de catachrèses ; il en serait sorti sans compter autrement que sur ses doigts, s'il n'avait rencontré un professeur de matbémaliques dans un bas officier d'artillerie. Quant aux quelques établissements fondés par Catherine II dans des chefs-lieux de province, la plupart languirent, dès le début, faute d'argent, et disparurent dès que la Révolution de 1789 eut rendu suspecte la culture française. En définitive, c'est aux éducations prP vées, aux voyages à l'étranger, aux lectures avides et confuses d'une foule d'ouvrages disparates, que la société russe de la fin du xviii' siècle a dû son vernis européen. - —

L'ambassadeur de France, Ségur, qui l'a connue à sa plus belle époque, s'est rappelé avec émotion, dans ses Mémoires,

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