A PROPOS DE LA BROCHURE DU COLONEL STOFFEL
La brochure de M. Stoflfel a produit une certaine sensation en Europe, sensation due, il est vrai, bien plus à la gravité de la question soulevée qu'à la valeur intrinsèque de cet opuscule.
En effet, M. le colonel Stoffel, en s'attaquant au terrible problème des alliances politiques, n'a fait que rééditer des banalités qui avaient déjà traîné dans nombre de journaux de second ordre ou défrayé Télocpience d'orateurs subalternes.
En temps ordinaire, ce petit pamphlet aurait passé inaperçu. Mais, publiée au moment où divers symptômes semblaient indiquer une évolution de la politique étrangère française, annoncée avec éclat, attri-
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buée par plusieurs reporters d'une indiscrétion calculée à l'inspiration de certaines notabilités politiques, la brochure de M. Stoflfel devait forcément attirer l'attention. En Allemagne, on a applaudi à rhostilité haineuse de Tauteur contre la Russie, tout en raillant avec dédain son espoir d'une cession à l'amiable de l'Alsace-Lorraine à la France. En Russie, où l'œuvre du colonel a été surtout connue par l'extrait du Figaro, elle a stupéfié l'opinion publique et causé une émotion pénible à tous les partisans de l'alliance franco-russe, c'est-à-dire à^tojis les patriotes. Les déclarations d'un ancien ministre des affaires étrangères, M. Barthélémy Saint^Hilaire, venant quelques jours après enchérir encore sur les tendances russophobes de M. Stoffel, l'empressement que le cabinet de M. Tirard a mis à accepter l'invitation aux conférences de Berlin, sans même se demander pourquoi ni la Russie, dont la population ouvrière dépasse le nombre des habitants de plusieurs pays invités à Berlin, ni l'Espagne, troublée à plusieurs reprises par des agitations socialistes d'un caractère si menaçant, n'avaient été comprises dans les invitations de Guillaume II, l'éclat que le gouvernement français a donné à sa délégation en lui choisissant pour chef un des hommes les plus considérables de la République : tout cela, sans parler du reste, n'a pu qu'accréditer davantage le
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bruit qui attribuait une origine officieuse au travail de M. Stoffel.
Sous le coup de Fémotion produite par cette publication, je me suis décidé à rompre le long silence que je m'étais imposé depuis la mort de Katkof. Les rapports entre la France et la Russie étaient d'ailleurs sortis de la phase des discussions pour entrer dans celle de l'action. Mais le moment présent est, je crois, de ceux où le silence peut devenir plus funeste que toutes les indiscrétions. L'Europe se trouve en présence d'un grand événement : la chute du prince de Bismarck, qui pendant vingt>-cinq années a joué un rôle presque dominant dans la politique étrangère de tous les pays du continent. Les circonstances dont cette chute s'est accompagnée ne laissent place à aucun doute : ce n'est pas d'un changement de personnes qu'il s'agit, mais d'un changement complet de régime. Bien aveugles ceux qui ne voient dans !a dernière crise allemande qu'une question de politique intérieure ou le désir d'un jeune prince de secouer une tutelle écrasante par le poids des services rendus et de l'expérience accumulée. Non, c'est bien tout un système de politique intérieure et extérieure qui disparaît avec le renvoi de l'ancien chancelier. Le fait que le comte Herbert de Bismarck suit son père dans la retraite et que plusieurs ambassadeurs allemands, y compris ceux qui, comme le comte Al-
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vensleben, n'occupent que des postes relativement secondaires, ont énergiquement refusé leur contreseing à la nouvelle politique étrangère de Guillaume II, ce fait seul indique suffisamment que des événements sérieux se préparent.
Il serait téméraire d'affirmer que des résolutions graves sont dè<« maintenant arrêtées dans l'esprit de l'empereur. Mais l'inattendu est, dans ce cas, bien autrement dangereux ; on ne va jamais aussi loin, disait Cromwell, que quand on ignore où l'on va. Et, v après les nombreuses surprises, les sorties brusques, extravagantes auxquelles Guillaume nous a fait assister, qui peut prédire où il mènera l'Allemagne et l'Europe? Un tempérament fougueux se manifestant par des saillies intempestives, un besoin fiévreux de mouvement et d'activité, un esprit mystique et des conceptions bizarres, des élans généreux que le moindre obstacle transforme en accès de rage, tout cela dépasse et de beaucoup la mesure d'énergie et de volonté compatible chez un souverain avec l'énorme responsabilité qui pèse sur lui, ce souverain fût-il un HohenzoUem et le peuple sur lequel il règne eût-il une aussi grande admiration pour la Schneidigkeit (tranchant) que le peuple prussien.
L'Europe s'était habituée au prince de Bismarck ; les coups de théâtre mêmes auxquels il se com-
plaisait de temps à autre ne surprenaient plus personne, tant ses procédés étaient connus, ses machinations éventées. L'ancien chancelier n'était d'ailleurs plus qu'un lion vieilli ; Alexandre III lui avait arraché ses griffes en 1887 le jour où, en inaugurant la politique des « mains libres » et de a la Russie pour les Russes », le tsar était devenu l'arbitre de la paix du monde. M. de Bismarck se rendait parfaitement compte de la véritable situation et, après avoir en vain prodigué pendant deux ans les caresses, les menaces, les intrigues souterraines et les manœuvres corruptrices, il avait dû reconnaître que, devant la Russie inébranlable dans son attitude de sphinx, la paix était encore la meilleure sauvegarde du nouvel empire. Sachant apprécier à leur juste valeur la sincérité de l'Angleterre, la gratitude de l'Autriche, la fidélité et le courage de l'Italie, il préférait ne pas les mettre à l'épreuve.
Guillaume II, devenu son propre chancelier, aurat-il la même prudence? Dieu le sait!...
Le moment actuel est donc un des plus graves que l'Europe ait traversés dans ce siècle. Les ennemis de la nation allemande auraient tort de se réjouir par avance des difficultés et das dangers auxquels le successeur de Frédéric RI peut exposer son pays. Située au centre de l'Europe, l'Allemagne, avec ses quarante-cinq millions d'habitants, est un facteur
trop important de la vie civilisée pour que ses ébranlements et ses secousses n'aient pas leur contrecoup sur le reste du monde. C*est le cas pour les voisins de se rappeler le vieil adage : Tua res agitur paries dum proximus ardet.
Mieux vaut donc envisager la situation de l'Europe actuelle avec calme et sang-froid, se défier des illusions et éviter les démarches compromettantes. Persuadé que les dernières manifestations de certains milieux politiques français sont grosses des plus graves dangers et craignant qu'avec sa mobilité habituelle qui la fait passer sans transition d'un engouement à l'autre, l'opinion publique en France n'accepte pour des réalités indéniables les mirages les plus trompeurs, je me décide à sortir de ma réserve et à aborder en toute franchise l'épineuse question d'une entente ou, si l'on aime mieux, d'une alliance entre la Russie et la France.
Sous une forme très originale, la brochure de M. le colonel StolFel expose un ensemble d'idées dont nous indiquerons bientôt la provenance et qui, malgré leur origine ou grâce à elle, sont devenues courantes en France dans certains cercles politiques.
Dépouillées de tous les artifices accumulés pour le besoin de la cause, voici les considérations présentées dans cette brochure. L'auteur commence par rappeler que, depuis les temps les plus reculés,
les Germains ont fait des invasions dévastatrices en Gaule; la dernière, celle de 1870, s'est terminée par la mutilation du territoire national qui, resté sans défense et sans frontière, se trouve désormais à la merci de nouvelles invasions de barbares. Pour le savant militaire, la France est aujourd'hui aussi exposée que si la frontière allemande était « reportée à Compiègne, Senlis et Meaux » ; d'où la nécessité de recouvrer à tout prix l'Alsace et la Lorraine pour sortir d'une situation aussi périlleuse. La France peut rentrer en possession de ses frontières du Rhin et des Vosges, soit par une guerre faite contre l'Allemagne, de concert avec la Russie, soit par une cession volontaire des provinces conquises, cession que l'Allemagne accorderait en voyant son existence menacée par lés deux puissants voisins qui l'enserrent à l'est et à l'ouest. Pour rendre plus frappant le danger que court l'Allemagne du côté de la Russie, M. Stoffel joint à sa brochure une carte fantaisiste de ce pays auquel il donne comme limite l'Adriatique. La presqu'île des Balkans, la Grèce et l'Asie Mineure sont des possessions russes ! Le colonel cite en outre quelques extraits des prédictions de Napoléon I**" sur la future extension de la Russie.
Ayant le choix entre la conquête des provinces perdues avec l'aide d'un allié si puissant et la ces-
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sion à Tamiable de TAlsace-Lorraine, le colonel Stoflfel donne la préférence à la seconde solution. Cela pourrait sembler étrange de la part d'un militaire; cependant, à la rigueur, il est admissible qu'il préfère un arrangement pacifique à une conquête glorieuse. Mais voici qui est bien plus extraordinaire : Tancien attaché militaire français à Berlin comprend que la Prusse ne cédera pas les provinces acquises simplement pour lui être agréable et par peur de la carte effrayante de la Russie qu'il a ajoutée à sa brochure; aussi, propose-t-il à l'Allemagne la combinaison suivante : elle cède à la France les deux pays annexés, et, en échange, la France entière deviendra la vassale de l'Allemagne et lui prêtera son concours militaire contre la Russie I M. le colonel Stoffel ne dit pas si l'armée française ainsi entrée au service de l'Allemagne en recevra des subsides pour faire la guerre à la Russie, ou si le peuple français est assez riche pour payer la gloire de fournir des troupes aux Hohenzollem dans leur croisade contre les barbares cosaques I
En un mot, guerre pour guerre, le colonel Stoffel aime mieux guerroyer avec l'Allemagne contre la Russie que contre l'Allemagne avec la Russie, et cela par l'unique raison que ce dernier pays est trop fort et trop puissant !
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Tout cela paraît absolument tintamarresque, et pourtant je défie de trouver dans la brochure du colonel autre chose que ce raisonnement fantaisiste. On aurait tort toutefois de n'y répondre que par le dédain : nous ignorons si M. Stoffel s'est fait le truchement de quelqu'un ou s'il parle en son nom personnel ; mais ce qui est certain c'est que la théorie de l'alliance franco-allemande préconisée par lui se retrouve en germe dans les fameux entreliens que le prince de Bismarck eut avec le comte de Saint- Vallier à Varzin en au tomme 1879. Seulement le chancelier ne promettait en retour aucune parcelle de l'Alsace-Lorraine et se fondait uniquement sur les principes supérieurs de la civilisation pour demander le secours de la France contre la Russie I
On étonnerait étrangement le peuple français en lui disant que le Méphistophélès de Varzin réussit à fair^ partager à certains hommes d'Éiat français sa haine de la Russie, et que pendant sept ans, de 1879 à 1886, la politique étrangère française fut dirigée de Berlin dans cet esprit bismarckien(*).
Les ouvertures faites par le chancelier à M. de Saint-Vallier enthousiasmèrent tellement Gambetta qu'il entreprit dans l'automne de 1881 le voyage mystérieux dont on a tant parlé et qu'il rôda pen-
1. Vdir pour ces notes et les suivantes, Appendices, page 197.
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dant quelques jours autour de Varzin, espérant être reçu par M. de Bismarck et entendre de sa bouche les mêmes bonnes paroles. Mais justement alors, le chancelier prussien s'efforçait de se rapprocher du nouvel empereur de Russie, il ne tenait pas à se compromettre avec Thomme d'État français et refusa de le recevoir.
A rhonneur des sentiments patriotiques de Gambetta, sinon de sa clairvoyance politique, nous devons ajouter qu'il comptait arracher au prince de Bismarck la cession de Metz et de la Lorraine en échange du concours de l'armée française dans la croisade contre la Russie. Gambetta unissait à une façon toute littéraire de comprendre les grandes questions internationales une profonde ignorance des conditions essentielles de la vie politique des autres peuples. Ses combinaisons si sagaces dans le domaine des intrigues parlementaires devenaient presque naïves lorsqu'elles s'appliquaient aux relations extérieures. Grâce à sa merveilleuse intuition il ne tarda pas à s'en rendre compte lui-même dès qu'il fut arrivé au quai d'Orsay ; c'est pourquoi il s'empressa si vite d'abandonner le pouvoir. Notre conviction a toujours été qu'en jouant son existence ministérielle sur la question du scrutin de liste, Gambetta ne céda qu'à un sentiment d'angoisse patriotique devant la responsabilité qu'il entrevoyait. Il préféra
laisser à M. de Freycinet le soin de perdre TÉgypte pour la France.
Mais une illusion excusable chez Gambetta ne Test pas chez le colonel Stoffel. Le premier ne connaissait guère de l'étranger que ce qu'il en apprenait par les journaux quotidiens français, tandis que le second a habité la Prusse -assez longtemps pour ne pas ignorer les bases fondamentales sur lesquelles repose la souveraineté des Hohenzollern ; il devait savoir qu'un roi de Prusse préférerait perdre dans une guerre désastreuse, non pas seulement l'Alsace et la Lorraine, mais dix provinces allemandes plutôt que de rendre sans combat un seul mètre des terrains conquis! Sans compter qu'une pareille cession équivaudrait à un aveu d'impuissance, qu'elle indiquerait un manque de vitalité dans le j^une empire germanique et serait le prodrome d'une désagrégation complète.
L'accueil dédaigneux fait par toute la presse allemande, sans eii excepter celui des libéraux et des socialistes (*), aux avances du colonel Stoflfel, a dû le convaincre, lui et ses inspirateurs, de l'inanité ridicule de leurs espérances.
Dans ses dépêches de 1856 (édition Poschinger), M. 4e Bismarck, alors ambassadeur de Prusse à la diète de Francfort, envisageait déjà la possibilité d'une alliance franco-russe. « Il ne prévoyait rien
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qui pût arrêter Taltraction si naturelle de ces deux puissances. Empêcher par tous les moyens cet accord devait être le but principal de la Prusse. » Dans un ouvrage officieux : Bismarck und Russland, publié en 1887 sous l'inspiration directe du chancelier, ce dernier rappelle ses dépêches de 1856 et ajoute dédaigneusement « quHl avait émis cette opinion sans avoir mesuré toute l'étendue de la bêtise humaine. Napoléon 111 avait commis la faute immense d'entamer une campagne diplomatique contre la Russie en faveur de la Pologne. Cette campagne était le don de joyeux avènement que la chance lui avait accordé au moment de sa nomination comme président du conseil des ministres en Prusse. Le don est tombé dans des mains qui savaient l'apprécier et l'utiliser. Les guerres de 1864, 1866 et 1870 en sont des témoignages. » (Page 246, Bismarck und Russland. Borlin )
En parlant de 1' « étendue immense de la bêtise humaine » qui a empêché l'alliance si naturelle de la France et de la Russie, M. de Bismarck ne pensait qu'aux fautes commises par Napoléon III. Hélas I cette funeste « bêtise » dure depuis des siècles, et les dernières manifestations du colonel Stoffel, et d'autres encore, prouvent que, pour la plus grande gloire du roi de Prusse, elle est bien loin d'être épuisée, même aujourd'hui. On dirait qu'il y a un véritable sort jeté entre la Russie et la France. A mainte
reprise, les souverains ou les hommes d*Étal ont essayé de s'entendre, pénétrés de la conformité d'intérêts qui existe entre les deux pays et sentant que l'union des deux peuples les rendrait forcément les maîtres du monde : chaque fois, au dernier moment, des subalternes, de simples cuistres ou des traîtres, ont réussi à faire échouer toutes ces tentatives.
Ce sont les souverains russes, véritables représentants des grands intérêts permanents de leurs peuples, qui le plus souvent ont pris Finitiative d'un rapprochement avec la France. Déjà sous Ivan IV, un parent du tsar, le prince Kourbski, lui écrivait : « Fais alliance, non pas avec le voisin, mais avec 0$ qui est au delà de lui. » Les démarches faites dans ce sens par Pierre le Grand (*), par l'impératrice Elisabeth, par Catherine II, par Paul I", sont assez connues. Mais nous croyons utile d'attirer l'attention sur les tentatives de ce genre dont l'initiative appartient à Napoléon P^, et que les recherches toutes récentes d'un historien russe, le général Schilder, ont mises particulièrement en relief. M. le colonel Stoflfel s'étend avec une complaisance marquée sur les pafoles de Napoléon P*^ prédisant la future grandeur de la Russie et, par un raisonnement dont le mécanisme nous échappe, il voit dans l'accomplissement de cette prophétie une raison pour que la France évite de s'allier avec elle ! Napoléon P^
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n'attendit pas d'être prisonnier à Sainte-Hélène pour prévoir la puissance future de la Russie : dans ses entrevues avec Alexandre l" à Tilsitt, il lui proposa le partage du monde entre la Russie et la France. A la première l'Orient, à la seconde TOccident. Ébloui et comme fasciné par le génie puissant de Napoléon, le tsar accepta très franchement l'alliance proposée. Malheureusement, les accords personneh et secrets entre les deux empereurs n'avaient pas élé formulés par écrit ; aussi, nonobstant la sincérité des parties contractantes et leur ferme désir d*en assurer V exécution, ces conventions furent peu après réduites à rien par les intrigues de leurs ennemis et surtout par les fautes, les inepties et les trahisons de leur§ propres diplomates. (Ne dirait-on pas l'histoire ^'aujourd'hui?) Quelques années plus tard, les deux monarques, qui à Tilsitt s'étaient partagé la domination du monde, se voyaient aux prises dans une lutte à mort. Napoléon devenait le captif de Sainte- Hélène, et la Prusse, presque effacée en 1807 de la carte de l'Europe, reprenait son rang de grande puissance.
Le grand enseignement des récentes découvertes historiques dont nous venons de parler se trouve justement dans la preuve que les plans gigantesques des*deux empjcreurs échouèrent en grande partie grâce au déplorable choix de leurs représentants
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diplomatiques : le comte Tolstoï à Paris, Savary et Caulaincourt à Pétersbourg.
Le premier, foncièrement hostile à T a usurpateur », était opposé à toute alliance avec la France. A chaque ouverture faite par Napoléon sur Texécution du pacte secret de Tilsitt, alors même que l'empereur français allait jusqu'à offrir les principautés danubiennes et Constantinople, le comte Tolstoï répondait par Téternel refrain qu'Alexandre P*" ne désirait pour son pays aucune extension de territoire, que son seul souci était le bonheur du couple royal de Prusse et l'évacuation des provinces prussiennes par les troupes françaises ! Ajoutons que ce langage était en contradiction formelle avec les instructions données à l'ambassadeur russe par son souverain.
D'autre part, Napoléon eut la main aussi malheureuse en se faisant représenter auprès du tsar par des personnages tels que Savary et Caulaincourt, compromis tous deux dans l'exécution du duc d'Enghien. En outre, larrogance et la grossièreté de Caulaincourt ne tardèrent pas à le rendre odieux à toute la société pétersbourgeoise (*).
Et voilà pourquoi de 1812 à 1813 l'Europe entière fut mise à feu et à sang I
L'histoire, hélas ! est un éternel recommencement, et l'expérience ne profite pas plus aux nations qu'aux
individus. En jetant un rapide coup d'oeil sur les rapports de la France et de la Russie pendant les vingt dernières années, nous retrouverons toujours cette « bêtise humaine » que M. de Bismarck exalte... chez ses adversaires.