Événement, n^ du 22 septembre
12. Cette conversation, M. Waddington Ta tenue pour démentir l'accusation d'avoir communiqué à Bismarck des propositions d'alliance faites par la Russie. Ainsi présenté, le fait était faux. Mais il a été commis, en effet, un abus de confiance, mais d'un autre genre quoique aussi au détriment de la Russie.
13. Le gouvernement russe était si peu au courant du texte de ces stipulations qu'en 1884, lors de la signa-
ture du traité de Skiernievice, un des plénipotentiaires russes fit observer à M. de Giers qu'il fallait demander aux nouveaux alliés communication des anciens accords intervenus entre eux en 1879. « Ne le faites pas, ce serait montrer de la méfiance à M. de Bismarck, et cela pourrait le blesser ! » fut la réponse extraordinaire de M. de Giers, qui pourtant n'est pas archéologue. Il tombe sous le sens que, si la Russie avait connu alors le véritable caractère du traité austro-allemand de 1879, M. de Giers lui-même aurait compris la nécessité d'en demander expressément l'annulation et de faire consigner celle-ci dans le nouvel instrument diplomatique.
14. Nous en donnons quelques extraits d'après la traduction que madame Adam a donnée dans la Nouvelle Revue du 15 août 1886 :
€ n est question de la réunion de trois ministres à Kissingen. Mais jusqu'à présent deux seulement se sont rencontrés. Nous ignorons si le ministre russe des affaires étrangères croira nécessaire d'aller à Kissingen pour délibérer — nous avons failli dire pour s'incliner — devant l'irascible chancelier de l'empire allemand. (En effet, nos pèlerinages chez le prince de Bismarck rappellent un peu trop les anciens voyages à la Horde d'Or.) Nous ignorons aussi quels pourparlers se préparent. Le chancelier allemand a en même temps que la gloire méritée une certaine grandeur mystique. On soupçonne sa main dans tous les événements de notre temps, on le croit possesseur d'un talisman qui enlève tous les obstacles, ouvre toutes les serrures... Il gouverne le monde. En est-il réellement ainsi ? Ne serait-ce pas la foi qui crée ces miracles, et cette force n'est-elle pas plutôt
redoutable grâce à notre superstition? Puisque nous parlons de l'amitié entre TAllemagne et la Russie, cette amitié n'est-elle pas bien plus une nécessité pour FAUemagne qu'un avantage pour la Russie ? Si la rencontre des trois ministres avait eu lieu, le chef de notre diplomatie aurait pu démontrer catégoriquement au comte Kalnoky le profit que rAUemagne a su tirer de son amitié pour la Russie, ainsi que les écroulements que TAutriche a subis pour n'avoir pas su utiliser l'amitié russe. Est-ce que, en effet, la Prusse doit les succès remportés, pendant le dernier quart de siècle, uniquement à ses propres forces ? Est-ce que même la création de l'empire germanique s'est faite toute seule? Est-ce que la position prépondérante de cet empire, sa toutepuissance apparente, et les succès répétés du faiseur de miracles, qui se trouve à la tête de son gouvernement, ne sont pas le produit de la servitude volontaire de la Russie?... Si l'Allemagne est si haut, n'est-ce pas parce qu'elle a monté sur la Russie?... Même à présent, il suffirait à la Russie de reprendre sa liberté d'action, de cesser de jouer le rôle d'une litière, pour que le fantôme de la toute-puissance allemande s'évanouît, et pour qu'elle reprît un rang plus modeste parmi les autres États... A quoi bon ces alliances, ces concerts?... Si on avait en vue une action commune, une vaste et dangereuse entreprise nécessitée par les intérêts de deux partis, un pareil accord, en vue d'un but commun, pourrait avoir sa raison d'être. Do ut des. Mais nous savons qu'il n'y avait aucune action commune en perspective, qu'il était seulement question de notre entente avec l'Allemagne, et par son intermédiaire (pourquoi absolument par son intermédiaire ?) avec l'Autriche pour
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