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répandu Tétrange bruit que j'apportais un projet d'alliance entre la Russie et la France ! La satisfaction parmi les gros bonnets du commerce moscovite fut si grande que le lendemain plusieurs marchands vinrent m'offHr d'organiser une souscription « pour les pauvres Français menacés par cet infâme Bismarck ». Ils se faisaient forts de réunir immédiatement de grosses sommes. Je leur causai une vraie joie en les assurant que la France était assez puissante pour repousser toute attaque et assez riche même pour venir à notre aide en cas de besoin...
17. fJous raconterons bientôt les détails de cette lutte historique et de la mort tragique de Katkof.
18. M. de Lesseps prit un prétexte politique pour se rendre à Berlin, mais en réalité il n'y alla que dans le vain espoir d'intéresser les gros banquiers de Berlin à l'entreprise de Panama. J'appris son projet de voyage le lendemain de mon retour de Moscou et je fis à Paris de nombreuses démarches auprès de personnages influents pour empêcher ce dangereux voyage. Ce fut en vain : M. de Lesseps tenait à attendrir les banquiers de Berlin et il n'y avait rien à faire. Ce voyage n'eut d'autre résultat que de décider le gouvernement russe à envoyer les grands-ducs Michel et Wladimir à Berlin pour l'anniversaire de Guillaume P^ où auparavant il n'avait pas l'intention de se faire représenter officiellement.
19. Le jour où le chancelier racontera les détails des luttes qu'il eut à soutenir contre Guillaume l^ pour faire de lui le souverain d'un des plus puissants empires du monde, bien des légendes concernant le vieil empereur seront détruites. Ce dernier avait une très grande qualité, qui suffit, d'ailleurs, pour illustrer un règne :
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il savait choisir ses hommes. Le jour où il mit son inébranlable confiance dans le célèbre trio : Bismarck, Moltke et Roon, il conquit du coup sa place parmi les plus grands monarques de l'Europe. Tous ses actes ultérieurs, souvent maladroits et même enfantins, ne le diminueront pas comme roi. Une seule anecdote pour montrer quel était déjà en 1866 Tétat d'esprit de Guillaume I®^ On se souvient qu'au début de la guerre contre TAutriehe il resta à Berlin, d*où Moltke conduisait les opérations militaires, et Bismarck la campagne diplomatique. Sous l'influence de la reine douairière, Guillaume contrecarrait souvent, et d'une façon très malheureuse, les actes de Moltke et de Bismarck ; il suffit de rappeler notamment la bataille de Langensaltza, perdue par la Prusse, presque sur Tordre de son roi. Il s'agissait à tout prix d'arracher le monarque de Berlin et aussi — du voisinage du corps de ballet. On y réussit qu'en lui persuadant que s'il persistait à abandonner le commandement au Kronprinz et à Frédérik-Charles, leurs victoires feraient pâlir même ses propres exploits dans sa campagne de 1848 contre les quelques bandes révolutionnaires de Bade conduites par le poète Herwegh ! Cédant à la force de cet argument, Guillaume se rendit en Autriche où il arriva en temps utile pour assister à la victoire de Sadowa !