‹ La Russie contemporaine;Chapitre 16 sur 35 · La déciatine vaut un hectare et une fraction · texte numérisé non relu

La déciatine vaut un hectare et une fraction

2. On comprend que la Russie ait intérêt à provoquer la culture des terres dans ces pays que la conquête a si vivement troublés , et que les propriétaires indigents ont désertés en si grand nombre.

3. Il importe en effet à la Russie que ses troupes de l'intérieur

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10e Les étrangers admis à exercer en Russie les fonctions d'instituteurs ne sont pas obligés de se faire sujets de l'empire; mais ils ne peuvent jouir des privilèges attachés à ce titre.

Dans les derniers temps, les instituteurs privés établis dans les familles polonaises ont été assimilés devant la loi à des domestiques1.

il0 Les étrangers sont libres de faire entre eux ou avec des sujets russes tous actes ou contrats qu'il leur convient; mais pour que ces actes ou contrats soient valides, ils doivent être revêtus des formes voulues par les lois du pays.

12° Les étrangers peuvent disposer de leurs biens par testament, soit en faveur d'autres étrangers, soit en faveur de sujets russes. En cas de mort, leurs héritiers établis hors de l'empire doivent présenter leurs réclamations dans un délai de deux ans. S'ils laissent des biens habités par des serfs, il en est disposé conformément aux règlements.. Il en est de même pour les capitaux voir 3e et 4° \

ne soient point exposées à des suggestions qui pourraient sinon en pervertir, du moins en altérer l'esprit national.

1 . Le gouvernement russe avoulu, par cette disposition étrange, fermer , autant que possible , l'accès de l'empire à ces maîtres d'autres contrées qui lui apportaient , avec les bienfaits de l'éducation, des idées contraires à celles qu'il cherche à faire prévaloir. Il réussira certainement. Quel est , par exemple , le Français qui se respecte , qui , pour gagner un peu plus d'or que dans son pays , voudra échanger ses leçons contre la livrée d'un valet ?

13° Chaque étranger, à moins qu'il ne soit juif, peut solliciter pour lui et pour ses enfants le brevet de naturalisation. Il suffit pour cela qu'il déclare vouloir se faire sujet russe et qu'il prête serment de fidélité à l'empereur. Cette formalité du serment doit être remplie en présence du gouverneur de la province où l'on habite ; elle se fait dans la langue maternelle du nouveau sujet, et en termes conformes à la religion qu'il professe.

14° L'étranger devenu sujet russe prend place dans une des classes de l'empire, suivant son extraction. S'il n'est pas noble, il faut que son incorporation soit terminée dans le délai de neuf mois.

15° Le serment de fidélité prêté à l'empereur de Russie ne lie point irrévocablement l'étranger à l'empire. Il peut, quand il lui convient, et avec la permission du sénat, qui ne la refuse jamais , retourner dans sa patrie. Mais alors il doit vendre tout ce qu'il possède en Russie et payer au fisc trois années d'imposition. Il doit, en outre, partir dans l'année où il en a obtenu l'autorisation; sinon cette autorisation est périmée , et il rentre dans les mêmes conditions qu'auparavant.

Telles sont les obligations imposées, tels sont les droits reconnus à l'étranger auquel a été délivré le permis de séjour dont il a été fait mention plus haut. Ce permis est valable pour toute l'année courante. Il coûte sept roubles quinze kopecks (28 fr

60 c.) pour les hommes, et quatre roubles vingtneuf kopecks [17 fr. 16 c.) pour les femmes; plus, un droit de timbre de quinze kopecks ( 60 centimes). Cependant il est certaines catégories d'étrangers qui reçoivent le permis à meilleur compte ; pour la dernière catégorie, par exemple, les hommes ne le payent que quatre-vingt-six kopecks 3 fr. 44 c), et les femmes que vingt-neuf kopecks 1 fr. 16 c). Cette pièce importante doit être renouvelée chaque année, au 1er janvier. Quiconque néglige cette formalité est passible d'une amende de trente kopecks '1 fr. 20 c.) par jour jusqu'à celui où il se met en règle. Une obligation qui devient excessivement fastidieuse pour l'étranger qui fait de fréquentes incursions à l'intérieur, c'est celle d'échanger à chaque départ son permis de séjour contre un passe-port, et à chaque retour son passe-port contre un permis de séjour. Ceci entraîne, d'ailleurs, la nécessité de se présenter à chaque échange à la chancellerie de la police générale. Il est vrai qu'une fois connu des agents administratifs, on éprouve toute facilité à se libérer de ces formalités gênantes. Il suffit alors d'envoyer aux divers bureaux, soit un mandataire, soit même son propre domestique.

Quand l'étranger veut quitter définitivement la Russie, les formalités auxquelles il est astreint sont bien plus fastidieuses encore que celles qui pré-

cèdent. Il faut d'abord qu'il fasse insérer trois fois, dans la gazette de police , l'avis de son départ. Cette publication n'ayant soulevé contre lui aucune réclamation, il se rend chez le quart al , qui l'atteste par écrit. L'étranger s'adresse alors à une sorte de notaire appelé makler, qui lui rédige, suivant la formule légale , une supplique pour le gouverneur général militaire du gouvernement où il se trouve. Cette supplique est le dernier instrument nécessaire pour obtenir un passe-port. L'étranger l'obtient, en effet, moyennant un droit minime de cinquante kopecks (2 fr.). Mais quelle suite interminable de démarches, et que d'ennuis n'aurait-on pas à en éprouver, lors même que ne s'y joindraient pas, ce qui est inévitable, les tracasseries de tout genre et les exigences vénales des nombreux agents par les mains desquels il faut passer !

Testament de Pierre le Grand. — Hypothèse des Russes à Gonstantinople. — La guerre.

J'ai essayé , dans ce livre, de faire connaître sous ses aspects principaux cette grande puissance dont se préoccupe aujourd'hui si vivement l'Europe entière. Le lecteur jugera si j'ai réussi.

Maintenant, si l'on me demande où tend la Russie, et quel est le but suprême qu'ellé se propose, je répondrai en citant le programme étrange que l'on est convenu d'appeler le Testament de Pierre le Grand. Ce programme est-il authentique? Les Russes, du moins, ne l'ont point renié. Toujours est-il qu'entre la politique qu'il arbore et celle que les tzars ont suivie jusqu'à présent l'analogie est flagrante. Il peut donc servir d'avis à l'Europe. En voici les termes :

« Au nom de la très-saiute et indivisible Trinité, nous Pierre Ier, etc., à tous nos descendants et successeurs au trône et gouvernement de la nation russe ,

- Le grand Dieu, de qui nous tenons notre existence et notre couronne, nous ayant constamment éclairé de ses lainières et soutenu de son divin appui, me permet de regarder le peuple russe appelé, dans l'avenir, à la domination générale de l'Europe. Je fonde cette pensée sur ce que les nations européennes sont arrivées, pour la plupart, à un état de vieillesse voisin de la caducité, ou qu'elles y marchent à grands pas ; il s'ensuit donc qu'elles doivent être facilement et indubitablement conquises par un peuple jeune et neuf, quand ce dernier aura atteint toute sa force et toute sa croissance. Je regarde l'invasion future des pays de l'Occident et de l'Orient par le Nord , comme un mouvement périodique arrêté dans les desseins de la Providence , qui a ainsi régénéré le peuple romain par l'invasion des barbares. Ces émigrations des hommes polaires sont comme le flux du Nil , qui, à certaines époques, vient engraisser de son limon les terres amaigries de l'Égypte. J'ai trouvé la Russie rivière, je la laisse fleuve ; mes successeurs en feront une grande mer destinée à fertiliser l'Europe appauvrie, et ses flots déborderont malgré toutes les digues que des mains affaiblies pourront leur opposer, si mes descendants savent en diriger le cours. C'est pourquoi je leur laisse les enseignements suivants, je les recommande à leur attention et à leur observation constante :

« Entretenir la nation russienne dans un état de guerre continuelle , pour tenir le soldat aguerri et toujours en haleine; ne le laisser reposer que pour améliorer les finances de l'État; refaire les armées et choisir les moments opportuns pour l'attaque ; faire ainsi servir la paix à la guerre et la guerre à la paix , dans l'intérêt de l'agrandissement et de la prospérité croissante de la Russie.

« Appeler par tous les moyens possibles, de chez les peuples les plus instruits de l'Europe , des capitaines pendant la guerre et des savants pendant la paix , pour faire profiter la nation russe des avantages des autres pays, sans lui faire rien perdre des siens propres.

« Prendre part, en toute occasion, aux affaires et démêlés quelconques de l'Europe, et surtout à ceux de l'Allemagne, qui, plus rapprochée, intéresse plus directement.

« Diviser la Pologne en y entretenant le trouble et les jalousies continuelles; gagner les puissants à prix d'or ; influencer les tièdes ; les co rrompre , afin

d'avoir action sur les élections des rois; y faire nommer ses partisans , les protéger, y faire entrer les troupes russiennes et y séjourner jusqu'à l'occasion d'y demeurer tout à fait. Si les puissances voisines opposent des difficultés, les apaiser momentanément, jusqu'à ce qu'on puisse reprendre ce qui aura été donné.

« Prendre le plus qu'on pourra à la Suède , et savoir se faire attaquer par elle pour avoir prétexte de la subjuguer. Pour cela, l'isoler du Danemark, et le Danemark de la Suède, et entretenir avec soin leurs rivalités.

« Prendre toujours les épouses des princes russes parmi les princesses d'Allemagne pour multiplier les alliances de famille, rapprocher les intérêts et unir d'elle-même l'Allemagne à notre cause en y multipliant notre influence.

« Rechercher de préférence l'alliance de l'Angleterre pour le commerce , comme étant la puissance qui a le plus besoin de nous par sa marine , et qui peut être le plus utile au développement de la nôtre. Échanger nos bois et autres productions

contre son or, et établir entre ses marchands, ses matelots et les nôtres, des rapports continuels qui formeront ceux de ce pays à la navigation et au commerce.

« S'étendre sans relâche vers le nord, le long de la Baltique, ainsi que vers le sud, le long de la mer Noire.

« Approcher le plus possible de Constantinople et des Indes. Celui qui y régnera sera le vrai souverain du monde. En conséquence, susciter des guerres continuelles tantôt au Turc, tantôt à la Perse ; établir des chantiers sur la mer Noire ; s'emparer peu à peu de cette mer, ainsi que de la Baltique, ce qui est un double point nécessaire à laréussite du projet; hâter la décadence de la Perse; pénétrer jusqu'au golfe Persique; rétablir, si c'est possible, par la Syrie, l'ancien commerce du Caucase, et avancer jusqu'aux Indes, qui sont l'entrepôt du monde.

« Une fois là, on pourra se passer de l'or de l'Angleterre.

« Rechercher et entretenir avec soin l'alliance de l'Autriche ; appuyer en apparence ses idées de royauté future sur l'Allemagne , et exciter contre

elle , par-dessous main , la jalousie des princes. Tacher de faire réclamer des secours de la Russie par les uns ou par les autres , et exercer sur le pays une espèce de protection qui prépare la domination future.

« Intéresser la maison d'Autriche à chasser le Turc de l'Europe et neutraliser ses jalousies lors de la conquête de Constantinople , soit en lui suscitant une guerre avec les anciens États de l'Europe, soit en lui donnant une portion de la conquête, qu'on lui reprendra plus tard.

« S'attacher à réunir autour de soi tous les Grecs-unis ou schismatiques qui sont répandus soit dans la Hongrie, soit dans le midi de la Pologne; se faire leur centre, leur appui, et établir d'avance une prédominance universelle par une sorte de royauté ou de suprématie sacerdotale : ce seront autant d'amis qu'on aura chez chacun de ses ennemis.

« La Suède démembrée, la Perse vaincue , la Pologne subjuguée, la Turquie conquise, nos armées réunies, la mer Noire et la mer Baltique gardées par nos vaisseaux, il faut alors proposer séparément et très -secrètement, d'abord à la cour de Ter-

sailles, puis à celle de Vienne, de partager avec elles l'empire de l'univers.

« Si l'une des deux accepte , ce qui est immanquable en flattant leur ambition et leur amourpropre, se servir d'elle pour écraser l'autre; puis écraser à son tour celle qui demeurera , en engageant avec elle une lutte qui ne saurait être douteuse , la Russie possédant déjà en propre tout l'Orient et une grande partie de l'Europe.

« Si , ce qui n'est pas probable , chacune d'elles refusait l'offre de la Russie , il faudrait savoir leur susciter des querelles et les faire s'épuiser l'une par l'autre. Alors, profitant d'un moment décisif , la Russie ferait fondre ses troupes, rassemblées d'avance, sur l'Allemagne, en même temps que deux flottes considérables partiraient , l'une de la mer d'Azof et l'autre du port d'Archange! , chargées de hordes asiatiques, sous le convoi des flottes armées de la mer Noire et de la mer Baltique. S'avançant par la Méditerranée et par l'Océan, elles inonderaient la France d'un côté , tandis que l'Allemagne le serait de l'autre , et , ces deux contrées vaincues , le reste de l'Europe passerait facilement et sans coup férir sous le joug.

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