I.e tsar .Mex.-indre ill de Russie
Photographie d*.-ipri-s nature.
La question ouvrière. — La crise industrielle grave qui commença dès les années iSSo mit bientôt au premier plan la question ouvrière. Les grèves se multiplient vers cette époque. Plus la répression est impitoyable, plus le mouvement s'étend. Les grèves de Pologne de 1S83, en particulier celle de la fabrique de tissus Girardov, survenue à cause de la diminution des
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salaires, furent sanglantes, mais les ouvriers obtinrent gain de cause. Il faut reconnaître que les ouvriers étaient très exploités dans les fabriques russes. Pour ne citer qu'un exemple, les salaires des ouvriers des fabriques Morozov avaient été réduits à cinq reprises de 1882 à 1883. En 1884, les patrons émirent la prétention de les abaisser d'un quart. La riposte se ht attendre, mais elle fut redoutable.
Une grève en 1885. — Ce fut la première grève vraiment importante. Le tisserand Pierre Moïseenko en a été l'organisateur. La grève fut décidée pour le 7 janvier 1885. Le travail commença ce jour-là comme d'ordinaire, mais, vers 6 heures, des cris partirent du second étage : « Éteignez la lumière, cessez le travail; on ne travaille pas aujourd'hui! » Puis une foule composée de quelques centaines de personnes descendit dans la rue en criant. Les tisserands et les fileurs firent cause commune; puis on s'arma de morceaux de brique, de tourbe, bref de toutes sortes de projectiles. Bientôt une foule de cinq mille chômeurs s'amassa dans la rue. Les meneurs, inquiets de la tournure que prenaient les choses, essayèrent d'imposer le calme, mais ils furent débordés et l'appartement du directeur fut saccagé. Le soir, le gouverneur Soudienko arriva sur les lieux avec deux bataillons renforcés le lendemain par un autre bataillon venu de Moscou et un régiment de Cosaques. Morozov ayant fait quelques concessions, celles-ci parurent tout à fait insuffisantes aux ouvriers. Les jours suivants, le gouverneur essaya de s'entremettre, mais en prenant la défense du patron. Les ouvriers ne cédèrent pas et remirent au gouverneur un cahier de doléances. Alors les troupes les cernèrent et les arrestations commencèrent. Cinquante et un ouvriers furent arrêtés, les autres cinglés de coups de cravache. Les autres ouvriers revinrent quelques heures plus tard exiger la mise en liberté de leurs camarades. C'est alors que les Cosaques chargèrent. Les grévistes se défendirent à coups de pierres. Les arrestations continuèrent : il y en eut six cents. Les artisans matés reprirent peu à peu le chemin de l'usine, mais le 14, on ne comptait encore que huit cents ouvriers présents au lieu de huit mille.
Le 23 janvier, la grève eut son épilogue à Moscou. Trente-trois ouvriers inculpés passèrent en jugement. Tous furent acquittés, niais cinq d'entre eux furent déportés administrativement dans différentes provinces du Nord. Au moins, la grève des usines Morozov eutelle l'avantage de forcer le Gouvernement à tenir compte des revendications ouvrières dans la nouvelle législation de 1885-1886. Le 3 juin 1885, un oukaze interdit en effet temporairement (pendant trois années) le travail de nuit des femmes et des enfants de moins de dix-sept ans dans les fabriques de coton, de laine et de toile. Une loi du 3 juin 1886 régla les rapports entre patrons et ouvriers et la question des contrats ouvriers. Elle définit l'obligation pour le patron de payer l'ouvrier au moins une fois par mois, interdit de le payer en nature ou en coupons, défendit de tenir compte, pour le paiement du salaire, des dettes dues par l'ouvrier pour l'assistance médicale, l'éclairage et l'utilisation des instruments. Enfin, elle accrut sérieusement le nombre des inspecteurs du travail. La nouvelle loi mécontenta fort les industriels, qui accusèrent le ministre Bunge de socialisme : aussi fut-elle assez mal obéie.
La croissance du prolétariat. — Ainsi donc, la résistance ouvrière avait pu arracher au Gouvernement quelques concessions. Les ouvriers allaient bientôt s'enhardir. Une nouvelle période commence dans le mouvement révolutionnaire russe. Comme le montre fort bien Plekhanov, dans un article publié en 1892 : « Le prolétariat russe est devenu particulièrement fort pendant le règne d'Alexandre HI, c'est-à-dire à l'époque de la réaction la plus brutale et quand 1 intelligiientsia désenchantée perdait la foi en elle-même et dans ses idéals. Dans ce pays où l'on avait prononcé l'arrêt de mort contre l'instruction et contre toutes les idées libérales, où les partisans mêmes de ces idées commençaient à penser que rien ne pouvait arrêter ce mouvement rétrograde, dans ce pays appauvri, opprimé, imperceptiblement et sans bruit s'accomplissait le travail persévérant de la rénovation intérieure : la classe ouvrière lit, apprend, s'intéresse au mouvement du prolétariat occidental, se pénètre d'une haine irréductible pour le despotisme, prend conscience de sa force, de ses intérêts et de sa dignité, et, par cela, réduit à néant les efforts de dix années de réaction... « Si, vers 1886, « les