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I. — L'homme et l'entourage

Nicolas II avant son avènement.

— Nicolas Alexandrovitch, né le i8 mai 7868, montait sur le trône à l'âge de vingt-six ans. Physiquement, il ne ressemblait nullement à son père. Il semblait d'une autre race. Alexandre III était un colosse. Nicolas II, au contraire, avait un physique, à première vue, insignifiant. Il n'était point si petit de taille qu'on aimait à le dire. Bien pris dans sa taille, il était très souple, grâce à la pratique des sports; mais il n'avait pas le don d'imposer à la foule. Il semblait plutôt fait pour la vie de famille que pour la politique. Il y eut toujours en lui quelque chose d'effacé et de fuyant. Autant il était intéressant, quand il était jeune, avec ses yeux de gazelle, d'une grande douceur d'expression, autant il parut médiocre à mesure qu'il vieillissait. Était-il intelligent? Oui, semble-t-il, si l'intelligence consiste uniquement à saisir les nuances d'un argument, l'enchaînement d'un raisonnement; non si l'intelligence consiste surtout à voir large. En tout cas, la volonté était nettement inférieure à l'intelligence. Nicolas II se laissa constamment agir. Pour comprendre son règne et mesurer sa responsabilité, il faut connaître, plutôt que lui, son entourage. Jusqu'à son avènement et même après, il a été entièrement dominé par la puissante personnalité de son père Alexandre III. Après son mariage avec la princesse allemande Alice de Hesse, il subit l'emprise de cette femme étrange, à l'abord glacial. Ce furent là les deux influences prédominantes, mais il y en eut d'autres et non moins redoutables.

L'éducation. — Les plus récents biographes du Tsar reprochent à Alexandre III d'avoir négligé l'éducation de son fils. Le fait est que Nicolas ne reçut aucune préparation à la tâche écrasante qui l'attendait. Nicolas II vécut ses premières années dans un milieu passablement triste. C'était le moment où, traqué par les terroristes, Alexandre III vivait à Gatchina, dans un triste décor, et se confinait dans un médiocre entresol. L'existence de la famille impériale était très bourgeoise : elle correspondait d'ailleurs aux goûts d'Alexandre qui a toujours préféré la vie d'un riche propriétaire foncier à celle d'un souverain.

Alexandre III, peu instruit lui-même, très autoritaire, ne jugeait pas utile de faire donner à ses fils une éducation sérieuse; surtout il ne se souciait que peu d'interposer aucun instituteur entre lui et ses enfants. Si l'on met à part les deux professeurs français Aron-Duperré et Gustave Lanson, tous deux élèves de l'École normale supérieure, qui furent appelés à lui donner quelques

leçons, le seul précepteur qui ait eu une grande influence sur le futur tsar fut M. Heath, un Anglais qui ignorait le russe et les coutumes nationales. Heath, qui n'avait point fait d'études universitaires, sut au moins faire de son élève un sportif et un jeune homme parlant mieux l'anglais que sa langue maternelle. Quant à l'obscur général Danilovitcli, le précepteur en titre, il n'était remarquable que par des idées ultra-conservatrices. Il n'est pas étonnant que Nicolas II n'ait pas su correctement le russe et que l'un de ses frères ait ignoré, à l'âge de dix-sept ans, l'existence du poète Pouchkine.

Le voyage du Tsarévitch. — « Nicky » ne connaissait donc rien de son métier. On résolut de lui donner quelque ouverture sur la vie en lui faisant visiter en 1890 la Grèce, l'Egypte, l'Inde Britannique, l' Indo-Chine, la Chine et le Japon. Il eût pu apprendre si le voyage avait été organisé par un personnage plus habile que le vieux prince Boriatinski, à demi aveugle, et surtout s'il n'avait pas été accompagné d'une suite de jeunes officiers aux gardes qui ne songeaient qu'à s'amuser aux escales. D'ailleurs, comme on le sait, le voyage faillit tourner fort mal. Le 11 mai 189Î, à Otsou (Japon), un fanatique japonais, peut-être excité par l'irrespect que tous ces jeunes étrangers manifestaient pour son dieu, frappa d'un coup de sabre le Tsarévitch. Georges de Grèce sauva la vie de son cousin en écartant le bras de l'assassin d'un coup de canne, mais la blessure à la tempe fut sérieuse. Certains biographes de Nicolas II attribuent à cette blessure la cause d'un détraquement mental du Tsar. Mais d'après d'autres, il n'en aurait rien été; bien au contraire, Nicolas se serait vu débarrassé de migraines gênantes. En tout cas, il semble indubitable que Nicolas II garda de cet accident une rancune tenace contre le Japon et il n'est pas impossible de trouver là l'une des causes de la guerre russo-japonaise.

Revenu de son long voyage, le Tsarévitch s'était plongé de nouveau dans la vie de régiment. D'ailleurs, Alexandre III l'encourageait au désœuvrement en ne le consultant jamais sur les affaires de l'État. Toute l'activité politique de « Nicky » consistait à assister de temps en temps à des conférences ou à des séances du Conseil chargé de diriger la construction du Transsibérien. La vie des jeunes officiers aux gardes parmi lesquels Nicolas cherchait tous ses amis était très dissolue. Les mœurs à l'Eulenbourg, l'ivrognerie étaient les moindres péchés de ces jeunes gens. Si Nicolas II s'est jamais alcoolisé, ce fut sûrement à cette époque. D'ailleurs il était un bon et joyeux camarade. Soit aux hussards de la Garde, soit au régiment Préobrajenski, il était toujours prêt à aider les amis qui se compromettaient en épousant des femmes perdues. Bref, il était un bon garçon, indulgent aux péchés et aux folies d'autrui.

Quand son père mourut, il se trouva tout à coup en face d'une tâche redoutable à laquelle il n'était nullement préparé ni par l'intelligence, ni par le caractère, ni par l'éducation. Élevé dans un esprit d'obéissance passive et d'effacement, il conserva toute sa vie à la mémoire de son père un culte presque superstitieux. Alexandre III était partisan de l'absolutisme intégral. Nicolas II suivra le sillon.

Alice de Hesse. — Presque au lendemain des funérailles de son père, Nicolas épousa Alice de Hesse, une princesse allemande qui ne fut jamais populaire en Russie. La « Mouche de Hesse «, comme l'appelait le peuple de Pétersbourg, n'avait pas l'abord sympathique. De mauvaise santé, surtout vers la fin du règne, jalousement attachée à son mari qu'elle ne pouvait supporter voir agir sans son assentiment, elle fut, au début, d'une froideur glaciale pour tous ceux qui l'approchaient, et ensuite elle en vint jusqu'à l'isoler presque du monde extérieur. D'ailleurs, d'une ambition morbide, elle semble avoir été inquiète toute sa vie. Elle retenait son mari au lieu de le pousser, elle lui communiquait sa propre méfiance. Alexandra Féodorovna mena Nicolas II. Nous ne savons d'ailleurs au juste comment elle tenait cette nature faible. Par une volonté plus forte ou par des côtés mystiques.'

Nicolas n'eût pu trouver dans sa famille des hommes capables de le remettre sur la bonne voie. Ses oncles ou bien n'étaient pas respectables ou bien étaient insignifiants. L'aîné, le grandduc Vladimir Alexandrovitch, était surtout connu pour avoir dilapidé les millions réunis pour la construction de l'église élevée en mémoire de son père Alexandre II; Serge Alexandrovitch, le gouverneur de Moscou, était un incapable et un monomane, Alexis Alexandrovitch avait, lui aussi, dilapidé les deniers d'autrui; quant à Paul, il ne comptait pas.

NICOLAS II (lS94-I9I7)

Les premiers remaniements dans l'entourage d'Alexandre III ne furent pas très heureux. L'inexpérience du nouveau tsar, son désir d'être agréable à des compagnons de jeunesse amenèrent près du pouvoir des gens douteux, voire même inquiétants, comme von Wahl, ancien gouverneur de Pétersbourg; Pierre Dournovo, dit le « Brésilien », surtout notoire pour avoir subtilisé des documents; von Kleigels, de réputation déplorable. Le principal conseiller resta le fameux Pobêdonostsev.

L'adresse des zemstvos. — Pourtant les espoirs du parti libéral s'étaient ranimés à la mort d'Alexandre. Ce parti avait trouvé, vers la fin du règne, un refuge et un champ d'action dans les zemstvos. On espérait beaucoup du nouveau tsar, aussi attendait-on avec impatience la journée du 29 janvier 1895 où Nicolas II devait recevoir solennellement les cent quatre-vingtdeux délégations qui lui apporteraient à l'occasion de son mariage les félicitations des corps de

la noblesse, des villes, des zemstvos, des voïskos cosaques et des populations du Caucase. Parmi les adresses des zemstvos, la plus hardie fut celle de Tver que lut le leader libéral Roditchev. Elle s'exprimait ainsi : « Nous espérons que notre bien-être s'accroîtra et se développera, la loi étant obéie à la lettre non seulement par le peuple, mais par les fonctionnaires, car la loi qui représente en Russie l'expression de la volonté du monarque doit être audessus des opinions personnelles de fonctionnaires. Nous pensons que les droits des individus et des institutions publiques doivent rester inébranlés. » Dans sa réponse, le Tsar ne fît que répéter, en balbutiant, la leçon de Pobêdonostsev qui lui avait représenté qu'il devait à la mémoire de son père de maintenir avec fermeté les « traditions » du règne précédent. En tout cas, le Tsar traita de « rêves insensés » les espérances des zemstvos. Cette première journée de contact entre le Tsar et les représentants du peuple montra l'abîme qui les séparait. C'est le début du malentendu entre Nicolas II et la Russie. Ce malentendu ne fera que s'aggraver. D'ailleurs la camarilla y poussait sérieusement.

A côté du II Torquemada russe », il y avait l'énigmatique prince Metcherski, propriétaire et unique rédacteur du journal ultra-réactionnaire Grajdamne, un homme débauché, mais tout-puissant, qui faisait et défaisait les ministres dans sa salle de rédaction. Et quel étrange personnage que ce Sipiaguine qui, recommandé par les ultra-réactionnaires, fut appelé au poste de ministre de l'Intérieur! N'eût-il pas voulu ramener la Cour de Tsarskoë-Selo au Moyen Age russe, allant jusqu'à ressusciter les coutumes et les accoutrements des temps lointains où Alexis Romanov, père de Pierre le Grand, régnait? Son influence finit par devenir telle que l'héritier si longtemps attendu porta le nom d'Alexis. Mais le plus étonnant parmi les aventuriers de l'entourage de Nicolas II fut certainement ce Bezobrazov que l'ancien ministre Isvolski décrit d'une manière si vivante. C'était un personnage à demi fou, d'ailleurs issu d'une très bonne famille puisque son père avait été maréchal de la noblesse de la province de Pétersbourg. On perd sa trace pendant une assez longue période qu'il passa en Sibérie. Il reparut ensuite à la Cour et réussit à pénétrer jusque dans l'intimité du Tsar à qui il proposa tout un plan d'expansion économique et pohtique en Extrême-Orient. Ce personnage énigmatique, soutenu par les amiraux Abaza et Alexeiev, est l'un des auteurs responsables de la guerre russo-japonaise. Il avait fini par acquérir un tel ascendant sur l'esprit de Nicolas II que celui-ci lui laissa en fait diriger pendant une période critique la politique

Le Tsar, la Tsarine et le Tsarévitch.

orientale de la Russie. Le Tsar fut donc, au cours de son règne, ballotté sans cesse entre des influences contradictoires et néfastes.

Catastrophe et fatalisme. — Plus d'une fois déjà depuis la Révolution de 191 7, l'on a comparé avec raison le règne du dernier Romanov avec celui de Louis XVI. Il existe en effet des analogies troublantes entre ces deux fins tragiques de dynastie. Pour ne citer qu'un exemple, racontons la terrible catastrophe de Moscou qui se produisit le jour du sacre de l'Empereur, le 26 mai 1896.

Les fêtes du sacre avaient attiré à Moscou une affluence considérable. Les paysans étaient venus de tous les environs pour recevoir le souvenir du sacre qu'on leur avait promis. Depuis deux années, les autorités de Moscou, le grand-duc Serge, gouverneur de la ville, et le prince Vorontsov-Dachkov, ministre de la Cour, au lieu d'organiser la cérémonie, se querellaient. La police était absolument désorientée. On poussa l'absurdité jusqu'à préparer pour la foule un champ clos, le Khodynskoe pôle, qu'on entoura de fossés. Le 26 mai 1S96, par un temps fort doux, une foule immense et pacifique d'ouvriers et de paysans, hommes, femmes, enfants, s'assembla et s'apprêta à passer la nuit sur place. Peu à peu, le peuple s'amassa dans des proportions exagérées. Un mouvement de foule s'étant produit brusquement, une panique s'ensuivit; des centaines, puis des milliers de spectateurs tombèrent dans les fossés où beaucoup périrent étouffés. La catastrophe ne cessa que lorsque les fossés furent pleins de cadavres. On évalua, dans l'affolement du début, à huit mille le nombre des morts. Le chiffre rectifié et vraisemblable est probablement de trois mille.

La nouvelle se répandit vite dans Moscou et dans toute la Russie. Tous s'imaginaient que le Tsar et la famille impériale allaient arrêter les réjouissances préparées, punir les coupables que tout le monde connaissait. Il n'en fut rien. Pobêdonostsev remontra au Tsar qu'il ne fallait pas jeter le désarroi dans l'esprit du peuple et chez les invités étrangers. Les fêtes suivirent donc leur cours. Les

souverains assistèrent le soir même à un bal organisé par un ambassadeur. Mais ce qui fut pis, c'est que l'Empereur ne jugea pas utile de se rendre immédiatement sur les lieux de la catastrophe, et, au lieu de punir les coupables, il adressa au grand-duc Serge un rescrit où il constatait la bonne organisation des fêtes. Le peuple ressentit très vivement l'injure, et longtemps, au cours du règne, Serge fut poursuivi dans les rues de Moscou de regards haineux et s'entendit appeler du nom de « prince du Khodynskoe ».

Nicolas revint très sombre de Moscou. Sa femme Alexandra gardait plus que jamais le silence, ils allaient glisser tous deux au fatalisme et au piétisme.

La famille impériale à Peterhof.

Piétisme. — • Dans sa jeunesse, Nicolas ne semblait enclin ni à la dévotion ni au piétisme. Peut-être quelques événements importants de sa vie, comme l'attentat dont il avait été victime au Japon, l'y inclinèrent-ils.

Nicolas II et Alice de Hesse n'eurent d'abord que des tilles, l'héritier désiré et attendu ne venait point. De peur qu'aucun fils ne naquît, on retira, par superstition, au grand-duc Michel Alexandrovitch le titre traditionnel de tsarévitch. Après maintes prières infructueuses dans les églises orthodoxes, le Tsar et la Tsarine en arrivèrent à consulter un occultiste français, un certain Philippe, ancien garçon boucher à Lyon, qui cumulait les fonctions de spirite, magnétiseur, guérisseur et escroc. Il avait été présenté vers 1900 à Alice par la grande-duchesse

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HISTOIIK UNIVERSELLE ILLUSTRftK '

Militza de Monténégro. Ce Philippe, aventurier de la plus basse espèce, mais habile homme, persuada à la Tsarine que son souhait serait bientôt réalisé. Il fut comblé pour cela d'honneurs et d'argent. Il aurait même demandé au Tsar d'écrire en sa faveur une lettre de recommandation à l'Académie des Sciences française. En réalité, il eut au moins le mérite de ne point s'occuper de politique.

Tout autre fut Grégoire Raspoutine. Deux évêques, Hermogène et Théophane, avaient introduit à la cour un moine nommé Héliodore qui, passant pour un saint, avait recommandé à son tour un grossier paysan sibérien, Raspoutine.

Raspoutine. — De son vrai nom Grégoire Novy. Raspoutine était un surnom qu'il s'était donné par humilité et qui signifie le <i débauché ». Protégé particulièrement par une dame d'honneur de l'Impératrice, M™'^ Vyroubova, il réussit bientôt au delà de tout ce qu'on eût pu croire, dans un milieu qui semblait, à première vue, si peu fait pour sa grossièreté. Le bruit ne tarda pas à courir que la santé du Tsarévitch dépendait des prières de Raspoutine. Il prit donc sur l'esprit de la Tsarine un ascendant considérable. En février 1912, l'opinion écœurée du scandale obtint qu'il fût éloigné, mais il s'en alla en proférant des menaces, et le Tsarévitch tomba malade; on rappela en hâte Raspoutine : l'enfant guérit.

Cependant la faveur de Raspoutine croissait de jour en jour, il faisait et défaisait les ministres; aussi était-ce chez lui un défilé incessant de femmes du monde, de fonctionnaires, de solliciteurs. Plus il était grossier, plus on se faisait prévenant à son égard. Ce paysan hirsute ne manquait point d'intelligence ni de misanthropie amène. 11 avait compris très vite quel profit il pouvait tirer de son charlatanisme. En fait, il n'était qu'un de ces innombrables « sectants » russes qui croient à la régénération par la grâce divine. L'âme slave et orthodoxe aime professer la religion de la pitié. Dostoevski et Tolstoï ont contribué à réhabiliter le débauché et le criminel. Cette religion, si on la pousse à l'absurde, conduit au raspoutinisme. Dieu donne la grâce au pécheur. Donc, pour avoir la grâce, il faut être un pécheur. On jouira d'autant plus sûrement de la grâce de Dieu qu'on sera un plus grand pécheur. Donc péchons le plus possible. Quoi qu'il en soit, si l'on en croit les histoires qui couraient dans la société russe d'alors, Raspoutine avait converti la famille impériale à ses doctrines; il faisait prendre des bains, sous ses yeux, à ses pénitentes, leur imposait des châtiments purificateurs. Il osait dire que, pour être sauvé, il fallait se confondre en lui corps et âme. D'ailleurs son rôle ne fit que grandir au courâ de la guerre jusqu'à ce que le grand-duc Dimitri Pavlovitch, écœuré de cette comédie, eût abattu le drôle d'un coup de revolver libérateur (IQ16).

Le miracle de Sarov. — Mais ce serait une erreur de croire que Philippe et Raspoutine furent les seuls personnages louches de l'entourage du Tsar. Que dire de la police qui, connaissant le penchant des souverains, organisait des miracles dans tel ou tel monastère et préparait des comédies mystiques destinées à détourner l'esprit du Tsar des choses sérieuses? Un ecclésiastique de Koursk, nommé Serafime, aurait prédit, — ce fut la police et Plehve qui le découvrirent, — qu'au début du règne, il y aurait une calamité populaire, puis que surviendraient une guerre malheureuse et enfin des troubles. La fin du règne serait, d'ailleurs, fort heureuse. Cette prédiction fit la fortune du monastère de Sarov où le Tsar se rendit pour demander à Dieu un fils. Sarov devint pour quelque temps le Lourdes des bureaucrates. C'est à ces sornettes et à ces enfantillages que s'amusait l'esprit médiocre de Nicolas II, dans les moments les plus critiques.

Vers 1905, son caractère semble définitivement formé. L'empreinte donnée à sa nature faible par l'autoritaire Alexandre III subsiste toujours. D'autre part, les anciens conseillers d'Alexandre III et en particulier Pobêdonostsev ont travaillé à maintenir Nicolas II dans les traditions du règne précédent. Ils ont été cause du premier malentendu entre Nicolas II et son peuple. Des ministres légers comme Sipiaguine, des policiers dénués de scrupules comme Plehve, des aventuriers comme Bezobrazov, ont contribué à désorienter une âme flottante et indécise par nature; enfin et surtout l'emprise sur un esprit mystique et superstitieux d'une nature féminine exaltée comme Alexandra et de personnages doués de facultés hypnotiques comme Philippe ou Raspoutine ont parachevé l'œuvre ébauchée par la nature.

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