LA BREBIS, LA RENARDE ET LE LOUP
Une brebis s'était enfuie du troupeau d’un paysan. La renarde la rencontre et lui demande : « Où donc, ma petite commère, Dieu te conduit-il? » — « Hélas, commère, j'étais dans le troupeau d’un paysan, mais il n°y avait plus moyen d'y vivre : si le bélier faisait quelque sottise, c'était toujours moi, la brebis, qui en répondais! et j'ai pensé à m'en aller — où les yeux regardent! » — « Et moi aussi, répondit la renarde: si mon mari attrape quelque poule, c'est toujours moi, la renarde, qui suis coupable. Fuyons ensemble. » Au bout de quelque temps, ils rencontrent le loup : « Tu te portes bien, commère? » — « Sois bien portant, compère, » répondit la renarde. — « Vas-tu loin? » Elle en réponse : « Où les yeux regardent », et comme elle racontait son malheur, le loup dit : « Et moi aussi! Si la louve égorge quelque agneau, c’est toujours moi, le loup, qui suis coupable. Allons ensemble, » Et ils s’en allèrent. En route, le loup dit à la brebis : « Qu'est-ce que cela veut dire, brebis? tu as endossé mon touloupe!! » La renarde l’entendit et intervint : « Pour de vrai, compère, c'est le tien? » — « En vérité, c’est le mien! » — « Tu le
‘ Pelisse en peau de mouton.
AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 37 jures? » — « Je le jure. » — « Tu es prêt à en faire serment? » — Je suis prêt. » — « Eh bien! baise le serment!» La renarde avait remarqué que sur le sentier les paysans avaient tendu un piège ; elle conduisit le loup droit au piège et lui dit : « Voilà, baise ici! » A peine le loup, dans sa bêtise, eut-il touché le piège, que le piège joua et lui prit le museau. La renarde et la brebis s’enfuirent aussitôt de lui en toute hâte.
Si expert en toute sorte de ruses, le renard ne peut manquer d'appeler à l’occasion l'hypocrisie à son aide. En attendant que nous arrivions à un chef-d'œuvre de tartuferie, quand nous parlerons du coq, en voici une petite scène jouée aux dépens du loup. Nous donnerons à ce récit le titre de :