PRÉFACE. VII
Ces temps sont loin de nous, la Russie a cessé d’être cet épouvantail de la liberté des peuples ; mais ceux-ci n’ont pas encore oublié. Appelés à prendre part au gouvernement, ils font payer à la Russie d'aujourd’hui les fautes de la Russie d’autrefois. La presse, bien loin d'éclairer l'opinion publique, continue à se servir de ses vieux clichés, ce qui est plus commode que d’étudier une situation nouvelle. Les mieux intentionnés même pèchent par ignorance.
Ensuite, et ceci est plus grave, tandis que tous les autres Etats de l’Europe se sont plus ou moins constitutionnalisés, la Russie s’obstine à conserver une forme de gouvernement autocratique, sans aucun des tempéraments qu'avaient autrefois les monarchies absolues. Ces institutions d’un autre âge, qui contrastentsi étrangement avec tout l'appareil de civilisation que cet État a emprunté à ses voisins, sont d'autant plus lourdes à supporter par la partie intelligente de la population, que son développement intellectuel ne le cède en rien à celui des nations plus favorisées sous le rapport des libertés politiques. Il en résulte un état de malaise qui a produit toutes les conséquences que l’on sait : autre sujet de défiances pour l’Europe.
J'ai tâché de caractériser la situation intérieure de la Russie dans une étude intitulée : Alexandre II et le Nihilisme, qui a paru dans le numéro de mai 1881, de Ja Revue de Belgique : Ge n’est pas le lieu d’y revenirici.
Nous pensons que cette situation, qui met en antago-