‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 3 sur 67 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

nisme le gouvernement avec la partie la plus éclairée de son peuple, et qui soulève contre lui tous les esprits libéraux en Europe, ne peut pas se prolonger. Toutefois, ceux qui croient à une révolution, et surtout ceux qui y comptent pour amener une transformation, sont dans une profonde erreur.

La nation russe est formée de deux peuples séparés, qui vivent parallèlement, n'ayant entre eux que des rapports officiels: d’un côté, la noblesse et les professions libérales, petit groupe insignifiant comme nombre ; de l’autre, l'immense masse de la nation, les paysans, auxquels on peut joindre les marchands et la plus grande partie des industriels. Le seul trait d’union entre ces deux groupes, séparés par des siècles d'un développement bi-latéral, c’est le tsar, qui seul peut faire accepter par le second ce qui est réclamé par le premier. Or, si les paysans aspirent à des réformes économiques, ils sont parfaitement indifférents aux réformes politiques que revendiquent seules les classes éclairées. Si celles-ci voulaient imposer leurs idées à la fois au gouvernement et au peuple, elles seraient brisées comme un fétu de paille.

Il ne reste donc que l'initiative du souverain. Heureusement qu’en Russie, cetteinitiative est dans les traditions de la dynastie régnante. L'œuvre de l'émancipation des serfs, effectuée par Alexandre IT, malgré ses conseillers, suffirait à le démontrer et cette entreprise, qui frappait dans les sources de sa richesse la

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PRÉFACE. IX classe privilégiée, était bien autrement ardue qu’une réforme politique qui serait aceclamée par tout le monde à l'exception de quelques hauts personnages et d’un petit cercle de fanatiques de l’obscurantisme. L’empereur actuel, alors qu’il n’était encore que tsécarévitch (prince héritier), passait pour partisan du système constitutionnel. Malheureusement, jusqu’à présent, nous ne voyons encore rien venir: bien au contraire, il s’entoure de personnages justement détestés de la Russie à cause de leurs tendances rétrogrades. Mais il faut avouer aussi que les tristes circonstances qui ont amené son avènement au trône expliquent, si elles ne la justifient pas, l’inaction du souverain. Espérons qu'il reviendra, avec le temps, aux idées de sa jeunesse. Un système libéral contribuerait beaucoup à faire cesser l’isolément de la Russie.

Le principal obstacle au rapprochement esi enfin la langue, très peu connue en Europe. La France n’a de chaires de langue russe qu’à Paris ; la Belgique n’en a pas. Or, on ne peut arriver à connaître un peuple si l'on ignore sa langue ou, du moins, si l’on n’a pas sous la main un nombre d’interprètes suffisants pour établir des rapports suivis. Jusque-là, on en est réduit aux racontars caractérisés par le proverbe : « À beau mentir qui vient de loin.» La langue russe offre sans doute de grandes difficultés, et pour un Français, apprendre l'italien, par exemple, n’est qu'un jeu en comparaison de la première étude. Mais le russe ne lui donnera pas

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