‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 24 sur 67 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

MER ENARD, ET... Ie OMME:

Nous avons dit, dans notre préambule, que ce qui avait d'abord fait donner la préférence aux animaux dans les contes réalistes, c'est qu'ils offraient des types universellement connus. Les animaux re faisant que représenter la comédie humaine, il n’y a done pas licu d'introduire l'homme en scène : c’est ainsi que le Roman du Renard se passe exclusivement entre animaux. Mais cette logique n’a pas été suivie partout et c'est d'autant plus compréhensible que, comme nous l'avons déjà dit, l'homme primitif voyait dans les animaux des semblables, et par conséquent trouvait tout naturel de les faire figurer dans une action commune avec l’homme.

Mais, une fois l'homme introduit dans la comédie animale, il ne tarde pas à occuper la première place. D'abord, comme nous l'avons vu dans la « Petite sœur

60 LA RUSSIE DÉVOILÉE Renarde » comme nous le verrons encore ci-dessous dins la « Renarde pleureuse » et les « Trocs de la Renarde » le renard conserve la prépondérance qui lui est due comme per:onnification de la ruse, mais bientôt l'idée de la prééminence de l'homme l'emporte, et dans « Les vieux bienfaits s’oublient » et « l'Ours, le Paysan et la Renarde » le renard, après avoir aidé l’homme à triompher des autres animaux, est à son tour victime de la ruse de celui-ci. Enfin, dans « Cosme le Vite enrichi » le renard se met tout simplement au service de l’homme auquel il livre tous ses confrères. C’est quelque chose dans le genre de la « Dernière Incarnation de Vautrin, » où le brigand met sa ruse au service de la société. | Le rôle de l’homme dans toute cette dernière partie n’est pas brillant, mais il est vrai. Que l’on consulte l'histoire, et l’on verra comment la plus noire ingratitude, la trahison, le mépris de la foi jurée, ont valu aux auteurs de ces forfaits une réputation d’habileté et l’admiration de leurs contemporains. Ces contes nous montreront que l’homme n’a pas attendu Machiavel, pour faire du Machiavélisme.

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