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AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 61 une certaine formule, c'est une partie obligée de la cérémonie des funérailles. Savoir bien pleurer, c'est-àdire, énoncer à grands cris toute sorte de plaintes au sujet de la perte éprouvée par la famille, est une qualité qui vaut une invitation à tous les enterrements à beaucoup de verstes à la ronde. Il ne faut pas grands frais d'imagination pour cela. Il suffit de savoir par cœur le plus grand nombre possible de lamentations rythmées, en faisant les changements nécessités par les circonstances. C'est ce qui se pratiquait chez les Grecs sous le nom de 69%vos. Mais venons-en à notre conte :
Il y avait un vieux et une vieille, La vieille mourut; le vieux en fut très affligé et s’en alla chercher une pleureuse. En route, il rencontre l'ours : « Où vas-tu, vieux? » — «Chercher une pleureuse; ma vieille est morte. » — « Prends-moi comme pleureuse. » — « Le vieux demande : « Sais-tu pleurer ? » — Il pleura : « Mmêe ! » — Le vieux dit: « Tu ne sais pas, je n'ai pas besoin de toi, ta voix n'est pas bonne! » Il va plus loin; la renarde accourt: &« Où vas-tu, vieux? » demande-t-eile. — « Chercher une pleureuse ; ma vieille est morte ! » — « Prends-moi. » — « Sais-tu pleurer? pleure un peu ! » Et elle se mit à pleurer ! : « Chez un paysan, il y avait une vieille ; elle se levait le matin de bonne heure, filait beaucoup de lin ; préparait la soupe aux choux et le gruau, et nourrissait le vieux. » Le
‘ Tout ceci se dit en glapissant et en trainant sur chaque syllabe, (i
62 LA RUSSIE DÉVOILÉE vieux dit à la renarde : « Viens, tu es une maitresse pleureuse! » etil la conduisit chez lui, la mit aux pieds de la vieille. La renarde commença ses lamentations et le vieux sortit faire un cercueil. Avant que le vieux fût rentré, il n’y avait plus dans la chaumière ni renarde, ni vieille : la renarde avait mangé la vieille et s'était enfuie. Le vieux pleura, pleura et se mit à vivre seul.
D'autres fois c’est en médecin que le renard se déguise, avec le même résultat.
Dans une des variantes de la renarde pleureuse, le conte finit d’une manière originale. La renarde, en récompense de ses fonctions de pleureuse, cette fois conscieucieusement remplies, reçoit plusieurs sacs, renfermant chacun une paire de poulets. Mais le septième et dernier sac renfermait deux chiens qui se mirent à lui donner la chasse :
……. Et la renarde de fuir. Elle courut, courut et se cacha sous un tronc d'arbre, et s'étant cachée, elle se mit à demander : « Petites oreilles, petites oreilles, qu'avez-vous fait? » — « Nous avons écouté et écouté, pour que les chiens ne mangeassent pas la petite renarde. » — « Petits yeux, petits yeux, qu'avez-vous fait ? » — « Nous avons regardé et regardé, pour que les chiens ne mangeassent pas la petite renarde. » — « Petites jambes, petites jambes, qu’avez-vous fait ? » — « Nous avons couru et couru, pour que les chiens ne prissent pas la petite renarde. » — Et toi, énorme queue, qu'as-tu fait? » — « Je me suis accrochée aux
AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE, 63 buissons et aux troncs d'arbres, pour que les chiens prissent la petite renarde et la missent en pièces, » — « Ah! c’est comme ca! eh! bien, voilà pour vous, chiens, mangez ma queue. » Et elle sortit sa queue. Les chiens saisirent la queue et ainsi tirèrent à eux la renarde qu’ils mirent en pièces.
Ce final est répété dans un autre conte : « Le Paysan, l'Ours et la Renarde » avec cette réflexion : « Il arrive souvent ainsi: à cause de la queue, la tête succombe. »
On peut voir dans cet épisode une invitation à faire cesser les dissensions en face de l'ennemi.
Le conte qui suit n’a pas de titre particulier dans le recueil auquel il est emprunté. Nous lui donnerons pour titre :