‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 26 sur 67 · LES TROCS DE LA RENARDE · texte numérisé non relu

LES TROCS DE LA RENARDE

La renarde va, portant dans ses pattes un rouleau (à rouler le linge) et demande à un paysan de la laisser entrer dans sa chaumière : « Laisse entrer la petite sœur renarde pour passer la nuit. » — « Chez nous, même sans toi, il fait serré. » — « Je ne vous génerai pas : je me coucherai sur le banc, la queue sous le banc, le rouleau sous le poêle. » On la laissa entrer. Elle se coucha sur le banc, la queue sous le banc, le rouleau sous le poêle. Le matin, de bonne heure, la renarde se

leva, brüla son rouleau, et après demanda : « Où donc est mon rouleau ? Je ne l'échangerais pas même pour une oie! » Le paysan, — il n’y avait rien à faire, lui donna pour son rouleau une oie ; la renarde prit l'oie et s’en fut en chantant :

« La petite sœur renarde allait par la route, — portant un rouleau; — pour le rouleau, une ciel! »

Stouk ! stouk! stouk ! (Pan ! pan! pan!) elle frappe à la porte chez un autre paysan. — « Qui est 1à? » « Moi, la petite sœur renarde, laissez-moi entrer pour passer la nuit! » — « Chez nous, même sans toi, il fait serré! » — «Je ne vous gênerai pas ; je me coucherai sur le banc, la queue sous le banc, l’oie sous le poêle. » On la laissa entrer. Elle se coucha sur le banc, la queue sous le banc, l’oie sous le poèle. Le matin de bonne heure, elle sauta, saisit l’oie, la pluma, la mangea et dit: « Où donc est mon oie? Je ne l'échangerais pas pour une dinde! » Le paysan — il n’y avait rien à faire — lui donna pour l’oie une dinde; la renarde prit la dinde et s'en fut en chantant:

« La petite sœur renarde allait par la route — Portant un rouleau — Pour le rouleau, une oie — Pour l'oie, une dinde! »

Stouk! stouk! stouk ! elle frappe à la porte d’un troisième paysan. — « Qui est là? » — « Moi, la petite sœur renarde, laissez-moi entrer pour passer la nuit. » — « Chez nous, même sans toi, il fait serré. » — « Je ne vous gènerai pas! je me coucherai sur le banc, la queue

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sous le banc, la dinde sous le poële. » On la laissa entrer. Elle se coucha sur le banc, la queue sous le banc, la dinde sous le poële. Le matin de bonne heure, la renarde sauta, saisit la dinde, la pluma, la mangea et dit: « Où donc est ma dinde? Je ne la donnerais pas pour une fillette (en âge d'être mariée) ! » Le paysan — il n’y avait rien à faire, — lui donna pour sa dinde une fillette; la renarde la mit dans un sac, et s’en fut en chantant :

« La petite sœur renarde allait par la route — Portant un rouleau — Pour le rouleau, une oie — Pour l'oie, une dinde — Pour la dinde, une fillette. »

Stouk ! stouk! stouk! elle frappe à la porte d’un quatrième paysan. — « Qui est 1à? » — « Moi, la petite sœur renarde, laissez-moi entrer pour passer la nuit, » — « Chez nous, sans toi, il fait serré. » — « Je ne vous gênerai pas ; je me coucherai sur le banc, la queue sous le banc, et le sac sous le poêle. » On la laissa entrer. Elle se coucha sur le banc, la queue sous le banc, et le sac sous le poële. Le paysan fit tout doucement sortir la fillette du sac, et y fourra un chien. Voilà que le matin, la petite sœur renarde s'apprêta à se mettre en route, prit son sac et s’en fut, en disant : « Fillette, chante des chansons! » Et le chien se mit à aboyer. La renarde s’effraya, lança au loin le sac avec le chien et s'enfuit.

La version petite-russienne du même conte, que nous

donnons ci-après ne diffère peut-être pas assez de la

première pour justifier cette double insertion. Mais nous avons cru devoir la donner quand même, pour grossir le nombre restreint des pièces petites-russiennes de notre recueil, et servir au lecteur de point de comparaison entre les deux littératures.

Il y avait une renarde. Voilà qu’elle va à la forêt et qu'elle voit des gens qui abattent des platanes pour le palais du tsar. Voilà qu'elle vint vers eux et dit : « Soyez bien-portants, artisans de la Jisière du bois! » Ceux-ci : « Dieu te donne la santé! » — « Qu'abattez-vous? » — Des platanes. » — « Des platanes, pour quoi? » — «Pour le palais du tsar. » — « Abattez-moi aussi un platane et je me construirai aussi un palais. » Voilà que ceux-ci lui abattirent un platane, et ils lui disent : « Voilà pour toi un platane. » Voilà qu'elle prend ce platane; elle le porte et le porte, elle le porte etle porte; entretemps le soir arrive. Elle regarde : devant elle s'élève une chaumière. Voilà qu’elle entre dans cette chaumière et dit : « Bonsoir, bonnes gens! » — « Dieu te donne une bonne petite santé! » — « Laissez-moi entrer pour la nuit. » — « Notre chaumière est petite et étroite, tu n'auras pas de place pour te coucher. » — « Ce n’est rien, je me pelotonnerai sous le banc, je me couvrirai de ma queue, et je passerai ainsi la nuit. » Ils disent : « Bien, passe la nuit. » — « Et où mettrai-je mon platane? — Mets-le sous le poêle. » Et elle fit ainsi.

Le jour suivant, elle se leva de bonne heure, se lava blanchement, dit le bonjour au maître de la maison.

AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 67 « Oïe! où donc est mon platane? » — « Regarde sous le poêle! » — Elle regarda. — Il n’y est pas; elle s’assit et pleura. Cependant le maitre de la maison s’approche : « Pourquoi pleures-tu, petite sœur renarde? » — « Oïe ! comment ne pleurerais-je pas? mon platane n’est plus là! » — « C'est que la poule blanche à couru parlà, peut-être qu’elle l'a balayé en grattant la terre, » — « [n'y a pas à dire, maître, mais donne-moi la poule. » Elle prit la poule et s’en alla.

Voilà qu'elle a pris cette poule : elle la porte et la porte; cependant la nuit l’atteignit en route. Voilà qu'elle regarde : une chaumière est là devant elle. Elle entra dans cette chaumière et dit : « Soyez bien-portants, bonnes gens! » Ceux-ci : « Dieu te donne la santé! » — « Laissez-moi entrer pour la nuit. » — « On ne peut pas, petite sœur renarde, notre chaumière est étroite, tu n'auras pas de place pour te coucher. » — « Ce n’est rien, je me pelotonnerai sous le banc, je me couvrirai de ma queue et je passerai ainsi la nuit. » — « Eh bien! passe la nuit. » — « Mais où donc mettrai-je ma poule? » — « Làche-là sous le poêle. » Et elle fit ainsi.

Elle se leva de bonne heure, se lava blanchement et dit le bonjour au maître de la maison. « Mais où donc est ma poule? » — « C’est qu’il y a un trou dans le poêle ; peut-être a-t-elle passé par le trou. » — « Maintenant, 1l n’y a pas à dire, maitre, mais donne-moi le poêle. » Elle prit le poêle dans son sac et s’en alla,

Voilà qu’elle va et elle va, et de nouveau survient le soir. Voilà qu'elle voit que devant elle s’élève une chaumière., Elle y entra etdit: « Laissez-moi passer la nuit. » — « On ne peut pas, petite sœur renarde; notre chaumière est étroite et petite, tu n'auras pas de place pour te coucher. » — « Ce n’est rien, je me pelotonnerai sous le banc, je me couvrirai de ma queue et je passerai ainsi la nuit. » [ls disent : « Eh! bien, passe la nuit. » — «Mais où donc mettrai-je mon poêle? » — «Mets-le dans l'écurie. » — « Et elle fit ainsi.

Le lendemain, elle se leva de bonne heure, se lava blanchement, dit le bonjour au maitre de la maison; elle regarde, plus de poële! Et voilà qu’elle dit au maître de la maison: « Où que j'aie été, il ne m'était jamais arrivé pareil malheur, qu'on me volât quelque chose! » — Et le maître dit : « Peut-être les bœufs, qui étaient dans l'écurie, l’ont-ils démoli. » Voilà que la renarde lui dit de nouveau : «Iln’y a pas à dire, maître, mais donne-moi les bœufs. » Voilà qu’elle prit les six bœufs.

Elle va et va, elle va et va. Et la nuit la surprend de nouveau. Voilà qu'ayant aperçu une chaumière, elle se mit à demander d'y passer la nuit; de nouveau la voilà qui dit: « Bonnes gens, laissez-moi pour la nuit!» Ceux-ci : « On ne peut pas, petite sœur renarde; notre chaumière est étroite et petite, tu n'auras pas de place pour te coucher. » — «Ce n’est rien; je me pelotonnerai sous le banc, je me couvrirai de ma queue et je passerai ainsi la nuit.» — « Bien, passe la nuit!» — « Mais

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