‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 4 sur 67 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

plus de peine que l'allemand, que beaucoup étudient aujourd’hui et je suis persuadé que s’il se rencontrait des maîtres en nombre suffisant, on trouverait, en France comme en Belgique, un nombre suffisant de disciples.

C’est que, à se placer simplement au point de vue pratique, la vulgarisation de cette langue devient de plus en plus une question importante.

En effet, la Russie, pays presque exclusivement agricole, est l’objet” de la convoitise des divers centres industriels européens qui luttent pour s'assurer ce riche marché. D'un autre côté, et ceci concerne la Belgique spécialement, bon nombre de jeunes gens qui trouveraient difficilement place dans un pays où les carrières libérales sont encombrées, pourraient se créer une position en Russie où il n’y a pas, où il n’y aura pas peut-être de longtemps, surabondance de forces intellectuelles. Du reste, l'exportation des choses va de pair avec celle des hommes et les deux n’en font qu’une. Si vous voulez écouler vos produits, il faut avoir, au lieu d'écoulement, des hommes de votre nation, qui en assurent le placement, et qui vous fournissent des renseisnements sûrs.

Or, il faut que l’on sache à l'étranger une chose bien simple et dont on ne semble pas se douter : c’est que les Russes parlent russe et pas autre chose. Pour quelques arisiocrates, élevés par des précepteurs étrangers, que l’on a vus partout s'exprimer avec la plus grande

PRÉFACE, XI aisance dans la langue des pays où ils venaient étaler leur luxe et satisfaire leurs fantaisies, il y a la masse de la nation, même la partie la plus intelligente, qui ne s'exprime que dans sa langue maternelle. L’étranger qui ne parle pas le russe, à l’exception des Allemands, ne pourra rien connaître ni des hommes, ni des choses de la Russie. Il sera réduit à la société de la colonie étrangère et des quelques russes qui la fréquentent et sont généralement les moins à même de donner des renseignements précis sur leur propre pays. De sorte que cet étranger, voulût-il s’employer en faveur de l’industrie de sa patrie, ne pourrait lui être que d’un faible secours. Il en est de même des agents politiques, qui n’ont jamais pu renseigner sérieusement leurs gouvernements sur l'opinion publique du pays où ils sont accrédités; car il y a une opinion publique dans les autocraties comme ailleurs, seulement elle est plus difficile à saisir.

Au point de vue politique donc, comme au point de vue commercial, si l’on veut s'assurer des débouchés

en Russie comme si l’on désire le rapprochement de

son peuple avec celui-là, l'étude de la langue russe ne saurait être trop recommandée.

Le point de vue de l'échange intellectuel n’est pas non plus à dédaigner. Certes la Russie, qui ne fait que débuter dans la carrière, ne peut mettre en ligne une pléïade de savants comme on en rencontre dans les autres états de l’Europe; mais elle a cependant quelques

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