‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 5 sur 67 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

hommes de génie, dont l’Europe savante ne connait pas assez les travaux. Je me contenterai de citer le physicien Mendéléief et le physiologue Kovalevsky.

Mais c’est la littérature russe qui récompensera de ses efforts celui qui cherchera dans celte langue autre chose que lutilité pratique. Jusqu'à présent, trois romanciers seulement étaient connus par des traductions dans les pays de langue française : c’étaient Pouchkine, Gogol et Tourguénief; il vient de s’y adjoindre un quatrième: Tolstoï. C’est peu en présence de la masse de talents qu'a produits la Russie contemporaine : il y a là un épanouissement littéraire comme n’en présente aucune autre nalion de l’Europe.

Mais c'est moins le nombre des écrivains de talent que l'essence même de cettte littérature qui nous frappe d'admiration. Elle est ethnographique encore plus que littéraire. Ouvrez un numéro quelconque d’une des nombreuses revues qui se publient en Russie el vous êtes certain de trouver quelque chose à apprendre précisément dans cette partie où l’on ne cherche d’ordinaire qu'un passe-temps, frivole plus souvent encore qu'agréable. Vous voyez défiler devant vous, sous forme d’études et de nouvelles, toutes les classes de la société, tous ces petits milieux divers dans lesquels elle se fractionne : et cela, non pas seulement comme cadre de-l’intrigue, mais avec l'intention de vous les faire connaître comme si vous vous y trouviez. Nul mieux que les écrivains russes ne sait non seulement vous dé-

PRÉFACE, XII peindre la réalité extérieure, mais encore se pénétrer des idées et des sentiments d’une collectivité quelconque et y initier ses lecteurs. Il y aurait là, pour nos écrivains, riche matière à enseignements. Certes, les romans français, par exemple, sont souvent des plus intéressants ; il en est, dans le nombre, qui dénotent une profonde étude de l’homme, mais peut-on dire, à part de rares exceptions, qu'ils apprennent à connaître la France ?

Après un séjour de huit années en Russie, j'ai voulu contribuer, pour ma part, à faire connaître ce pays. Ne disposant pas des loisirs que nécessiterait une étude originale, j'ai dû me contenter d’une traduction. J'ai choisi les contes populaires, parce qu'ils nous initient à la vie de la partie de la nation la plus nombreuse et la plus ignorée, les paysans. J'aurais pu choisir un ouvrage racontant, ex-professo, les conditions d'existence de cette classe; mais dans les contes, nous voyons le peuple peint par lui-même; il s’y révèle tel qu'il est : avec ses habitudes, ses croyances, ses idées ; et je crois que celui qui lira attentivement le recueil entier des contes russes, en saura plus long sur le peuple que s'il avait étudié un ouvrage didactique sur la maère,

La litérature populaire offre à celui qui l’étudie un double avantage que l’on ne rencontre point dans la

littérature des beaux esprits. Ce n’est pas une person-

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