‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 47 sur 67 · OURS, LE CHIEN ET LE CHAT · texte numérisé non relu

OURS, LE CHIEN ET LE CHAT

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Il y avait un paysan qui avait un bon chien; mais quand celui-ci devint vieux, il cessa d'aboyer et de garder la cour et les granges. Le paysan ne voulut pas le nourrir de pain, et le chassa de la cour. Le chien s'en alla dans la forêtet se coucha sous un arbre pour mourir.

Tout à coup arrive l'ours et il demande : « Pourquoi, chien, t’es-tu couché ici? » — « Je suis venu crever de faim ! Vois-tu, maintenant, il y a chez les hommes une telle justice: tant que vous avez de force, ils vous nourrissent et vous abreuvent et quand votre force s'en va à cause de la vieillesse, ils vous chassent ! » — «Eh bien, chien, veux-tu manger ? » — « Si je le veux! » — « Alors, viens avec moi, je te nourrirai. » Et ils allèrent. Ils rencontrent un poulain. « Regarde-moi » dit l'ours au chien et il se mit à gratter la terre de ses pattes : « Chien, hé! chien ? » — « Eh! bien, quoi? » —

« Regarde mes veux, sont-ils rouges?» — « Ils sont

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rouges, Ours! » L'ours se mit à gratter la terre avec plus de fureur encore : «Chien, hé! chien, mon poil se hérisse-t-il ?» — « Il se hérisse, ours! — « Chien, hé! chien, ma queue se soulève-t-elle? » — «Elle se soulève!» Alors l'ours saisit le poulain par le ventre ; le poulain tomba à terre. L’ours le mit en pièces et dit: « Eh bien, chien ! mange autant que tu veux. Et quand tu auras tout consommé, viens me trouver. » Le chien se met à vivre, sans s'inquiéter de rien, et quand il eut tout mangé et se sentit de nouveau affamé, il courut chez l'ours. « Eh bien, frère, tu as tout mangé ? » — « Tout ; maintenant, ilfaut que je souffre de nouveau la faim. » —«Pourquoi souffrir la faim ? Sais-tu où vos femmes moissonnent ? » — « Je le sais. » — « Eh bien, allons ; je me glisserai jJusqu'auprès de ta maitresse et je saisirai l'enfant hors de son berceau !, et toi tu te metiras à ma poursuite et tu me l’enlèveras. Quand tu l’auras enlevé, tu le lui rapporteras; pour cela, elle te nourrira de pain comme autrefois.» Bien, l’ours courut, s’approcha furtivement du berceau et enleva l'enfant. L'enfant se mit à crier, les femmes s’élancèrent après l'ours, le poursuivirent, le poursuivirent, mais ne purent l’atteindre et s'en revinrent dinsi; la mère pleure, les femmes s’aflligent. Le chien survint on ne sait d'où, il atteignit l'ours, lui enleva l'enfant et le rapporta. « Voyez, dirent les femmes, le vieux chien a repris l'enfant!» On courut

1 Les moissonneuses por'ent avec elles aux champs leurs enfants à la mamelle.

132 LA RUSSIE DÉVOILÉE à sa rencontre et la mère est d'une joie, d'une joie! « Maintenant, dit-elle, je n’abandonnerai ce chien pour rien au monde! » Elle l’amena à la maison, versa du lait, y émietta du pain et le lui donna en disant: « Tiens, mange! » Et à son homme, elle dit: « Non, petit homme ! il nous faut soigner et nourrir notre chien; il a repris mon enfant à l’ours. Et tu disais qu'il n'avait pas de force!» Le chien se rétablit, s'engraissa : « Dieu donne, disait-il, la santé à l'ours! il ne m'a pas laissé mourir de faim. » Et il devint le premier ami de Fours. Un jour, chez ce paysan, c'était la veillée; à ce moment, l'ours vint rendre visite au chien: « Salut, chien! eh bien, comment vis-tu et manges-tu le pain ? » — « Gloire à Dieu, répondit le chien, ce n’est pas une vie cela, mais un vrai mardi gras'. De quoi te régalerai-je? Entrons dans la chaumière. Les maîtres sont lancés et ne te verront pas entrer; et toi, entre dans la chambre et cache-toi au plus vite sous le poêle. Ce que j'attraperai, je t'en régalerai. » Bien, ils se glissèrent dans la chaumière. Le chien voit qu'hôtes et maitres se sont enivrés comme il faut et le voilà qui régale son ami. L’ours but un verre, puis un autre, et l'effet commença à s’en faire sentir. Les hôtes se mirent à chanter des chansons, et l’ours voulut en faire autant et entonna la sienne. Le chien cherche à le retenir : «Ne chante pas, ou il y aura

malheur! » Ah! ben ouiche, l'ours ne s'apaise pas el

? En russe : semaine à beurre.

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AU MOYEN DE SA LITIERATURE POPULAIRE. 153 continue sa chanson de plus fort en plus fort. Les hôtes entendirent les hurlements, saisirent des pieux et de battre l'ours ; il s’échappa et, à peine vivant, regagna son domicile.

Ce paysan avait encore un chat; il cessa d'attraper des souris et se mit à friponner : partout où il grimpe, ou bien il casse quelque chose, ou bien il renverse quelque cruche. Le paysan chassa le chat de la maison et le chien, voyant comme il était misérable faute de nourriture, se mit à lui porter en cachette du pain et de la viande et à le nourrir. La maîtresse se mit à le surveiller; quand elle vit ce qui se passait, elle commença à battre le chien, le battit, battit, tout en disant : « Ne traine pas au chat de la viande, ne porte pas au chat du pain ! »

Voilà que, trois jours après, le chien sortit et vit que le chat crevait tout à fait de faim. « Qu’as-tu donc? » — «Je meurs de faim; je n'ai été rassasié qu'aussi longtemps que tu m'as nourri. » — « Viens avec moi. » Et ils s’en allèrent. Le chien arriva à un troupeau de chevaux ; il se met à gratter la terre de ses pattes et demande : «Chat, hé! chat! est-ce que mes veux sont rouges? » — « Pas rouges du tout.» — « Dis qu'ils sont rouges! » Le chat dit : «Ils sont rouges.» — « Chat, hé! chat! est-ce que mon poil se hérisse?» — « Non, il ne se hérisse pas. » — « Dis donc, sot, qu'il se hérisse, » — « Eh! bien, il se hérisse. » — « Chat, hé! chat! est-ce que ma queue se redresse? » — « Elle

134 LA RUSSIE DÉVOILÉE AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE. ne se redresse pas du tout. » — « Dis donc, sot, qu’elle se redresse. » — « Eh bien, elle se redresse. » Et le chien se jeta sur une jument et la jument le frappa si rudement de ses pieds de derrière qu'il rendit le souffle. Et le chat dit : « A présent en vérité tes yeux sont injectés de sang, ton poil est Lérissé et ta queue redressée. Adieu frère chien; moi aussi, je m'en vais mourir. »

La fin de ce conte rappelle la fable du « Corbeau voulant imiter l’Aigle. »

Dans d’autres variantes de ce conte, l'ours est rem-

placé par le loup.

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