XIV PRÉFACE
1 aiilé isolée qui ouvre devant nous les trésors de son sénie, c'est lout un peuple et non pas seulement dans une génération, mais dans une série de générations, qui nous a légué un monument de ses croyances, de ses pensées, de ses douleurs etde ses joies. La critique moderne nous fait pénétrer dans l’âme d’un écrivain par l’examen de ses œuvres. Ici c’est dans l'âme d’un peuple que nous pénétrons. À
D'un autre côté, vu l'ancienneté de ses origines, la littérature populaire, non seulement nous fait connaître un peuple, mais jette un grand jour sur ces époques éloignées, antérieures à l’histoire, où des peuples aujourd'hui distincts ne formaient qu'un seul peuple, où des langues, aujourd'hui si différentes, ne formaient qu'une seule langue. Leur étude recule de beaucoup les limites de l'histoire.
Longtemps l'importance de la littérature populaire a été méconnue. On ne voyait dans les contes que des sujets propres à amuser les enfants, à faire sourire les grandes personnes. Aussi ne se génait-on pas avec eux. On ajoutait, retranchait, combinait; le style et l'esprit de l’arrangeur se substituaient au style et à l'esprit populaires. Les contes ainsi arrangés perdent toute leur valeur. Ils n’ont plus leur saveur populaire et comme documents scientifiques, ils ne peuvent plus inspirer aucune confiance.
Dans l’entre-temps, l'instruction se répand, le livre pénètre partout, et Là où le livre apparaît, la tradition
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PRÉFACE. XV orale disparaît. C'est surtout à ce cas que l’on peut appliquer le fameux : « Ceci tuera cela. » Et si vous entendez encore narrer des contes, ce ne seront pas des contes authentiques, mais seulement un écho de ce que la littérature écrite les a faits : une retraduction d'une traduction.
On s’est mis à l’œuvre un peu tard en France : en Belgique, tout est encore à faire. Peut-être pourtant ne serait-il pas trop tard pour sauver quelques vieux débris des récits populaires, en s'adressant aux endroits, de plus en plus rares, où fleurit encore l'heureuse ignorance, mais il faudrait se hâter.
Il ne s’agit pas ici de faire œuvre de rédaction; il faudrait publier ces contes en patois, wallon ou flamand, avec la traduction littérale en regard. Il faut se borner au rôle ingrat de collectionneur et de sténographe. C’est un rôle auquel on se fût résigné difficilement autrefois; maintenant que l’on comprend mieux l'importance de ces monuments de l'esprit humain, peut-être serait-il facile de trouver des hommes de bonne volonté, si une fois l'impulsion était donnée. En même temps une pareille œuvre aurait une grande importance linguistique : nos pâtois s’en vont, le français littéraire les envahit de plus en plus. C’est pourtant là qu’on aurait dû s'adresser depuis longtemps pour remonter aux sources de notrelangue. Malheureusement, tant que régnera l’école qui ne veut voir dans les langues romanes qu'un latin corrompu, l'étude sériense