‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 58 sur 67 · LE SOLEIL, LA LUNE ET LE CORBEAU · texte numérisé non relu

LE SOLEIL, LA LUNE ET LE CORBEAU

Il y avait unvieux et une vieille, qui avaient trois filles. Le vieillard s’en fut dans la grange prendre du gruau; il enprit et l'apportaàla maison; mais dansle sacil v avait un trou; et par letrou, le gruau serépandait et se répandait. Il arrive à la maison, la vieille lui demande:« Où est le gruau ? » et il s'était tout répandu ! Le vieux s'en alla le ramasser et dit : « Si le soleil me réchauffait, si la lune m'éclairait et si Corbeau, fils de Corbeau, m'aidait à ramasser le gruau, au soleil, je donnerais ma fille aînée; à la lune !, la moyenne; et à Corbeau fils de Corbeau, la plus jeune ! » — Le vieux se mit à ramasser le gruau; — le soleil le réchauffa, la lune Péclaira et Corbeau, fils de Corbeau l’aida à ramasser. Le vieux rentra à la maison et dit à sa fille aînée: « Habille-toi bien, et sors sur le perron. » Elle s’habilla et sortit sur le perron et le soleil l'enleva. À sa fille moyenne il ordonna aussi de bien s'habiller et de sortir sur le perron. Elle s’habilla et sortit: la lune saisit et enleva la deuxième fille. Et à la plusjeuneil dit : « Habille-toi bien et sors sur le perron.» Elle s’habilla et sortit sur le perron : Corbeau, fils de Corbeau la saisit et l’enleva.

! Lune, en russe, est du masculin.

Et le vieux dit: « N'irai-je pas en visite chez un de mes gendres?» [1 alla chez le Soleil; voilà qu'il est arrivé. Le Soleil dit : « De quoi te régalerai-je? » — « Je ne veux rien! » Le Soleil dit à sa femme qu'elle fit des beignets. Voilà que la femme fit des beignets. Le Soleil s'assit au milieu du plancher; sa femme mit sur lui la poële et les beignets furent frits. On régala le vieux. Revenu à la maison, il ordonna à sa vieille de faire des beignets ; lui-même s’assit au milieu du plancher et dit qu'on mit sur lui la poêle avec les beignets : « Est-ce que tu penses qu'ils cuiront sur toi? » dit la vieille. — « Mais certainement, mets la poële, ils cuiront. » Elle mit la poêle sur lui, mais si longtemps qu'on les y tint, les beignets ne cuisirent point;ils ne firent que s’aigrir. Il n'y avait rien à faire; la vieille mit la poële dans le four, ils cuisirent et le vieux s'en régala.

Le jour suivant, le vieux s’en fut en visite chez son autre gendre, la Lune. [Il arriva; la Lune dit : De quoi te régalerai-je? » — «Je ne veux rien » répondit le vieux. La lune fit chauffer pour lui le bain. Le vieux dit : «Il fera sombre dans le bain! » Et la lune répond : « Non, il fera clair, entre! » Le vieux entra et la Lune ficha son doigt dans un trou, et par suite de cela, il fit elair-clair dans le bain. Le vieux prit son bain de vapeur (en russe: se vaporisa), revint à la maison et ordonna à la vieille de chauffer le bain la nuit. La vieille chauffa le bain et il l'envoya prendre un bain de vapeur. La vieille dit : « Mais il fait trop sombre pour cela! » — « Va, il fera

AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 173 clair!» La vieille y fut, et le vieux, qui avait vu comme la lune l'avait éclairé, y alla aussi, fit un trou dans le mur du bain et y fourra son doigt. Mais dans le bain il ne fait pas clair du tout ! Et la vieille lui crie : « Il fait sombre!» Il n'y avait rien à faire, elle s’en alla chercher un copeau de pin! qu'elle alluma et elle prit son bain.

Le troisième jour le vieux s’en fut chez Corbeau, fils de Corbeau. « Moi, dit le vieux, je ne veux rien. » — Eh ! bien, allons au moins dormir sur le perchoir. Le corbeau dressa une échelle et ils montèrent avec le vieux. Corbeau, fils de Corbeau, le mit sous son aile. Quand le vieillard se fut endormi, ils tombèrent tous les deux et se tuèrent.

La fable suivante a son analogue chez La Fontaine : seulement il ne s'agit pas ici de prouver que « Plus fait douceur que violence » mais simplement de constater un fait trop connu, hélas! de ceux qui ont habité la Russie, un pays qui a le droit de partager avec la mer le titre de : « rovaume du vent. »

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