‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 8 sur 67 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

et cette tendance allant toujours en s’accroissant, il n’y a pas eu cette scission entre la langue du peuple et celle des lettrés que l’on rencontre partout ailleurs. La langue littéraire n'étant pas fermée, et sa grammaire n'étant pas Voël-et-Chapsalisée, qu'on nous passe cette expression (nous voulons désigner par là le procédé injustifiable qui fait traiter une langue vivante comme s’il s'agissait d’une langue morte), elle peut s'enrichir chaque jour de nouveaux mots et de nouvelles expressions populaires, ce qui lui permet de conserver une fraicheur et un pittoresque d’expressions qu’on chercherait en vain dans une autre langue.

Il est vrai de dire que cette union intime des deux langues a été facilitée par la grande homogénéité des divers dialectes de la langue russe. Les dialectes parlés au nord, au centre et à l’est de la Russie, ainsi qu'en Sibérie, et qui portent le nom de grands-russiens, n'ont entre eux, à part un nombre restreint de mots locaux, que des différences de prononciation (par exemple o au lieu d'a, ds au lieu de d, x au lieu dej, ete.). j'est de ces dialectes qu'est sortie la langue littéraire russe, et c'est en eux qu'elle puise encore constamment.

Le petit-russien est parlé dans les gouvernements de Kief, Tchernigof, Kharkof et Poltava, qui forment ce que l’on appelle la Petite-Russie ou l'Ukraine; outre cela, dans le gouvernement de Kherson, la Volynie et la Podolie. Il est parlé en partie dans les gouverne-

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PRÉFACE, XXI ments d'Ekatérinoslaf, Koursk, Voronège, Tauride, et chez les Cosaques du Don et du Kouban; enfin, en Autriche, dans la Gallicie et la Boukovine. C’est l’ancienne langue littéraire de la Russie. Avec la translation du siège de l'empire russe du sud-ouest au centre, cette langue a perdu sa prépondérance. Elle a encore maintenant ses littérateurs; mais le gouvernement russe, craignant que la culture de cet idiome ne serve de point de départ à des tendances séparatistes, met toute espèce d'entraves au développement de la littérature petite-russienne. Tôt ou tard cependant, il faudra bien céder au courant. Ce n’est pas à coups d'ordonnances et de mesures arbitraires qu'on extirpera une langue parlée par vingt-cinq millions d'hommes; et sans doute le temps n’est pas loin où la Russie aura deux langues littéraires, la grande-russienne et la petite-russienne.

Pour donner quelque idée de la différence qui existe entre ces deux langues, je dirai qu'on peut la comparer à celle qui existe entre le français et le patois de Liège.

Le bl'anc-russien est parlé dans les provinces russes autrefois soumises à la Pologne : Smolensk, Vitepsk, Mohilof et Minsk et dans les provinces lithuaniennes de Grodno, Vilna et Kovno. Il se distingue par le grand nombre de mots polonais qui y sont mêlés, nombre qui va toujours en grossissant jusqu'aux frontières de la Pologne. C’est un de ces idiomes mixtes dans le genre

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