Pososhkof, « skudosti i bogatstvS
Europe, ct etait devenue l'une des grandes puissances europeennes. Les hautcs classes avaient appris graduellcment quelque chose des usages, de la litterature, des institutions et des idees morales de l'Europe occidentalc, et, naturellement, les nobles comparaient la classe a laquelle ils appartenaient aux aristocraties d'Allemagne et de France. Pour ceux influences par les idees nouvelles etrangeres, la comparaison etait humiliante. Dans 1'Occidcnt, la noblesse constituait une classe libre et privilegiee, fiere de sa liberte, de ses droits et de sa culture intellectuelle ; tandis qu'en Russie les nobles etaicnt servileursde l'Etat, sans privileges, sans dignites, soumis aux chatiments corporels et accables de devoirs onereux auxquels ils ne pouvaient echapper. Ainsi se produisit, dans cette partie de la noblesse qui avait quelque teinture de la civilisation occidentale, un sentiment de degout de sa situation actuelle et le desir d'arriver a une position sociale semblable a celle des nobles de France et d'Allemagne. Cos aspirations furent en partie realises par Pierre III qui, en 1762, abolit le principe du service obligatoire. Sa femme, Catherine II, alia beaucoup plus loin dans la meme direction, et inaugura une nouvelle epoque dans rhistoiredelaDuoryanstuo,periode au cours de laquelle ses devoirs et ses obligations furent relegues au second plan et ses droits et privileges se placerent au premier.
Catherine avait de bonnes raisons pour favoriser la noblesse. Etrangere et usurpatrice, elevee au trone par une conspiration de palais, elle ne pouvait eveiller chez les masses cette veneration semi-religieuse dont avaient toujours joui les Czars legitimes, il lui fallait done rechercher l'appui des hautes classes, moins rigides, moins irreconciliables dans leurs idees de legitimite. Elle confirma done l'ukase abolissant le service obligatoire des nobles et chercha a l'obtenir de bonne volonte par des honneurs et des recompenses. Dans ses manifestes elle
La Noblesse.
parlait toujours d'eux en termcs lcs plus flattcurs, et cssayait de les convaincre que le bien-Stre du pays dependait de leur loyaute et de leur devouement. Bien qu'elle n'eilt aucune intention do rien ceder de son pouvoir, elle groupa les nobles de chaque province en une corporation, avec assemblees periodiques qui etaient ccnsees rcssembler aux parlemcnts de province en France, et confia a chacune de ces corporations une large part do Fadministration locale.
Par ces moyens et d'autres semblables, aidee par son energie masculine et son tact feminin, elle se rendit trespopulaire et changea completement lcs vieillcs idecs sur le service public. Autrefois ce service etait regards comme un fardeau ; on en vint a le considerer comme un privilege. Dcs millicrs de gens qui s'etaicnt retires sur lours domaines apres la publication de l'cdit lcs en liberant rcvinrcnt alors en foule, rcchcrcherent dcs nominations, et cette tendance fut grandement accrue par lcs brillantes campagncs contrc lcs Turcs, qui exciterent le sentiment patriotique ct donnerent lieu a do nombreuses promotions. « Non-sculement les proprietaircs terriens, — est-il dit dans une comedie de l'epoque (1), — mais tous les hommes, memo les boutiquicrs ct les saveticrs, visent a devenir fonctionnaires, ct celui qui a passe toutesa vie sans rang ofliciel semblo n'etre point une creature humaine ».
Et Catherine fit plus que cela. Elle parlagca l'idee, — generalcment acceptee par toute l'Europe dopuis le regno de Louis XIV, — qu'une noblesse de cour rafflnee, aimant l'apparat, cherchant le plaisir, etait non-seulemcnt le meilleur boulevard d'une monarchic, mais aussi l'ornement necessaire do tout Etat arrive a un haut degre de civilisation; et comme elle desirait ardemmont quo son