‹ La RussieChapitre 22 sur 45 · Knyaz'.uiina, « Khvastun · texte numérisé non relu

Knyaz'.uiina, « Khvastun

pays eiltla reputation d'etre parvenu a ce dcgre, clle s'efforcadecreer cetornement national. Le gout de la civilisation francaise, qui deja existait cliez ses sujets formant les hautes classes, vint ici a son aide, et ses efforts dans cette direction furent remarquablement fructueux. La cour de Saint-Petcrsbourg devint presque aussi brillante, aussi galante, aussi frivole, que celle de Versailles. Tous ceux qui visaicnt aux honneurs adoptercnl les manicres franchises, parlerent la langue francaise, feignirent une admiration sans bornes pour la litterature francaise classique. Les courtisans se piquerent de « point d'honneur », discuterent la question de savoir ce qui etait conforme a la dignite d'un noble, chercherent a deployer « cet esprit chcvalercsquc qui est l'orgueil et T ornemcnt de la France » , et ne se souvinrent plus qu'avec horreur de la situation bumiliee de leurs peres etgrandspercs. « Pierre le Grand, — ecrit l'un d'eux, — battait tous ceux qui l'entouraicnt, sans distinction de famille ou de rang; mais maintenant beaucoup d'entrenous prefereraient certainement la peine capitalc a la vie apres avoir ete battus et foucttes, meme quand le cbatiment scrait applique par les mains sacrees de l'oint du Seigneur lui-meme. »

Le ton qui regnait a la cour dc Saint-Petersbourg s'etendit graduellcment jusqu'aux rangs les plus infimes de la Dvoryanstvo, et il sembla aux observateurs supcrficicls qu'une tres-bonnc imitation de la noblesse francaise avait ete produite; mais en realite la copie rcssemblait fort peu au modele. Le Dvoryanin russe s'appropriait aisemcnt le langage et les maniercs du gentilhomme francais, et reussissait a changer son exterieur physique et iatellcctuel; mais tous ces « plis » plus profonds et plus delicats de la nature humainc, qui sont formes par l'experience accumulee de plusieurs generations, nepouvaient se modifier aussi aisement.

Le gentilhomme francais etait le descendant direct du

La Noblesse.

baron feodal, et les idecs fondamentales que lui avaienl transmisos ses ancetres se trouvaient profondemont incrustees dans sa nature. II n'avait plus, il est vrai l'allure hautaine de jadis vis-a-vis du souverain, et soji langage etait teinte de la philosophic democratiquc a la mode en ce temps-la ; mais il possedait un vaste heritage intellectuel et moral lui venant directement des jours gloneux, pour sa race, de la feodalite : heritage que meme la grandc Revolution, qui se preparait alors, ne devait point annihiler. Le nohle russc, au contraire, avait recu de ses ancStres des traditions entierement differentes. Son pere et ses aieux avaient experimente les charges plutot que les privileges de la classe a laquelle ils appartenaient, Ils n'avaient point considers commc une honte de recevoir des chatiments corporels, et s'etaient montres jaloux de leur honneur non comme gentilshommcs on descendants de boyards, mais comme generaux, assessuurs de college ou conseillers prives. Leur dignite avait repose non sur la grace de Dieu, mais sur la volonte du Czar. Dans ces circonstances, meme le dignitaire le plus alticr de la cour de Catherine, Men qu'il put parlor francais plus couramment que sa langue maternelle ne pouvait etro tres-profondement penetre des conceptions touchant la. noblesse de sang, son caracterc sacre et des nombreuscs idees feodales enchevetrees parmi ces conceptions. Et en adoptant les formes exterieures d'une civilisation etrangcre, les nobles n'y gagnerent, a ce qu'il semble, pas beaucoup en vraie dignite. « Le vieil orgueil des nobles est tombe ! » s'ecrie Tun d'eux, qui possedait plus de sentiment aristocratique de bon aloi que ses camarades (1). « II n'y a plus desormais de families honorables, mais seulement le rang officiel et le merite personnel. Tous recherchent les grades, et comme tous

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