EXIL VOLONTAIRE
Ivanofka. — Histoire du lieu. — L'intendant du domaine. — Natures slaves et teutoniques. — Opinion d'un Allemand sur Emancipation. — Juges de paix. — Nouvelle « ecole de morale ». — La langue russe. — Aptitude linguistique des Russes. — Mon precepteur. — Une « bonne dose » d'histoire contemporaine.
Le village, nomme Ivanofka, dans lequel jc me proposals de passer quelques mois, etait un peu plus pittorcsquc que no le sont ordinairement ceux situes dans les forets du nord. Lcs huttes des paysans, baties des deux cotes d'une route toute droite, etaient assez denuees de couleur, et la grande eglise, avee ses cinq coupoles en forme de poire s'elevant au-dessus du toit vert-clair, son vilain beffroi dans le style de la Renaissance' n'etaient certainement pas beaux par cux-memes; mais vu d'une petite distance, specialemcnt a la douce lueur du crepuscule, rcnsemble etit pu fournir le sujet d'un tres-agreable tableau. De l'endroit qu'un pcintre de paysages aurait logiquemcnt cboisi comme point de vue, le premier plan etait forme par une prairie, k travcrs laquclle coulait parcsscuscment un cours d'eau sinueux. Sur une eminence a droite, et a demi cache par une masse de vicux pins d'une riche nuance, s'elevait le manoir : vaste batisse carrec, blancbie a la cbaux cxtcrieurcment, avee une veranda en front donnant sur un
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lopin de terre qui pouvait devenir quelgue jour un jardin d'agrement. A gauche de ce premier plan se trouvait le village : les maisons gentiment groupecs pros de la grandc eglise, ct un peu plus loin dans cette direction ily avaitune avenue de gracieux boulcaux. A l'extreme gauche, des champs bornes par une sombre bordure de sapins. Si le spectateur eut pu s'elevcr, en ballon par exemple, a quclques centaines de pieds du sol, il aurait vu qu'il existait d'autres champs au dela du village, et que cette oasis agricole etait entouree d'une foret attendant dans toutes les directions, a perte de vue.
L'histoire du lieu peut etre contee en peu de mots. Au temps jadis le domaine, comprenant le village et tous ses habitants, avait appartenu a un monastere; mais en 1764, quand les terres de l'Eglise furent secularises par Catherine II, il devint la propriete de l'Etat. Quclques anneos apres l'imperatrice en fit don, avec les serfs et tout cc qu'il se trouvait contenir, a un vieux general qui s'etait distingue dans les guerres contre la Turquie. Dcpuis cette epoque il etait reste la propriete de la famille K***. Entre 1820 et 1840, la grande eglise et le manoir avaient ete batis par le pere du possesseur actuel, qui aimait la vie champetre et consacrait une grande parlie de son temps et de son encrgie a Fadministration de ses domaines. Son flls, au contraire, preferait Saint- Petersbourg a la campagne, avait un emploi dans l'une des administrations publiqucs, aimait passionnement les pieces francaises et autres produits de la civilisation urbaine, et laissait l'cntiere direction de la propriete a un intendant allemand connu dans le peuple sous le nom de Karl Karl'itch, et que je vais tout a l'heure presenter
au lectcur.
Les annales du village ne contiennent aucun evenement important en dehors des mauvaises recoltes, des epizooties et incendics dont les habitants scmblent recevoir pcriodiqucment la visite dcpuis un temps immemorial.
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S'il s'cst jamais produit de bonnes recoltes, cllcs doivent s'etre effacccs du souvenir populairc. Puis il y a la certaines traditions qui pourraicnt diminuer de volume et gagner en qualite si on les soumcttait a une sericuse critique historique. Plus d'unefois, par excmple, un Leshic, ou esprit des bois, avait ete vu dans le voisinage; ct dansplusieurs maisons du lieule Domovoi, sortc d'Ariel, avait joue aux habitants d'etrangos farces jusqu'a ce qu'ils se le fussent rendu propice. Et comme contrc-partie de ces manifestations des puissances mauvaises, il cxistait des recits Lien authcntiqucs sur une image miraculeuse qui etait myslerieusemcnt apparue sur la tranche d'un arbre, et d'autres sur de nombreuses guerisons effectuees a l'aide d'un pelerinage a des chasses saintcs.
Mais il est temps de vous presenter les principaux personnages de cette petite communaute. Parmi eux, le plus important de beaucoup — facile princeps, dirait un latiniste, — etait Karl KaiTitch, l'intcndant,
Peut-etre dois-je vous expliqucr d'abord comment Karl Schmidt, fils d'un bauer a son aisc du village prussien de Schcenhausen, etait devenu Karl Karl'itch, le principal personnage du village russe d'lvanofka.
II y a vingt ans environ, un grand nombre de Russes proprietaires terriens en vinrent a sc rendre compte de la necessite d'ameliorer la methodc primitive et traditionnelle d'agriculture, ct chercherent dans ce but des intendanfs allemands pour regir lcurs domaines. Parmi ces proprietaires sc trouva celui d'lvanofka. Par l'intermediairc d'un ami de Berlin, il reussit a engager pour un modeste salaire un jeune homme qui venait de terminer ses eludes a l'une des ecoles allemandes d'agriculture, l'institut de Hohcnheim, si j'ai bonne memoire. Ce jeune homme etait arrive en Russie s'appelant simplement Karl Schmidt; mais son nom fut bientot transforme en celui de Karl Karl'itch, non qu'il y cut la rien de son fait, mais en conformite d'une curicuse coutume
russc. En Russie, on designe habitucllemcnt un homme non point par son nom de famille, mais par scs prenom ct nom patronymique : le dernier etant forme du prenom de son pere et d'unc desinence. Ainsi, si le prenom d'un homme est Nicolas, et que celui de son perc soit — ou ait ete, — Ivan, vous devez l'appelcr Nikolai Ivanovitch (prononccz Ivan'itch) ; et si cet homme a unc soeur dont le prenom soit, je suppose, Marie, vous devez l'appeler, meme si clle est mariee et mere de famille a son tour, Maria Ivanovna (prononccz Ivanua).
Immediatcment aprcs son arrivee, le jeune Schmidt avait energiquement entrepris la reorganisation du domaine et Amelioration de la methode agricole. Quelqucs charrues, herses, et autres ustensilcs d'agriculture qui avaicnt ete importes a une epoque precedente, furent lires de l'obscurite dans laquelle ils etaient rcstes gisants pendant plusieurs annees, et une tentative pour diriger les culturcsd'apresdesprincipcsscientinqucscutlicu.L'essai fut loin de reussir com pie lenient, car on ne put amener les serfs a travailler com me des laboureurs allemands libres ct Lien au courant de leur metier. En depit de toutes les reprimandes, menaces ct punitions, ils persisterent a travailler lentement, insouciamment, sans regularite, et plus d'une fois briserent les nouveaux instruments, soit par defaut de soin ou par quelque motif plus coupable. Karl Karl'itch n'etait point de sa nature un homme au cceur de pierre, mais il etait tres-rigide dans ses notions de devoir, et pouvait devenir cruellemcnt severe si scs ordres n'etaient point executes avec un soin et une ponctualite qui semblaient a l'esprit rustique russe pure pedantcrie inutile. Les serfs nc lui iirent aucune opposition ouverte, et furent toujours obsequieusement respectueux dans leur attitude envers lui, mais ils firent invariablement echouer ses plans par leur negligence, leur insouciance, et leur resistance passive entetee. Gela provenait de ce conflit silencieux, de cette inimitie
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mutuclle, tison brulant lentcment sous la ccndre, qui resulte prcsque toujours du contact des natures slaves et teutonigues. Les serfs regrettaient instinctivement le bon vieux temps oil ils vivaient sous la domination patriarcale et peu formalisto de leur maitre, assiste d'un burmister (commandcur, contre-maitre) issu de leur race, peut-etre meme ne dans le village. Le burmister n'etait pas toujours honnete dans scs rapports avee eux, et le maitre avait souvent, dans un acces do colore, ordonne qu'on leur infligcat de severcspunitions; mais le burmister n'essayait point, lui, de leur t'airc changer leurs vicilles habitudes, et fermait les ycux sur maints petits peches par omission ou commission, pendant que le maitre etait toujours pret a les assister dans leurs embarras, et les traitait habituellemcnt d'unc facon affable et familiere. Le vieux proverbe russedit: * Ou il y a de la colerc, il y a aussi de la bonte et du pardon ». Karl Karl'itch, au contraire, etait la personnification de la loi, sans compassion et sans pilie. Rago aveugle et bienveillance qui pardonne etaient toutcs deux etrangeres a son systeme de gouvcrnement. S'il etait animc pour les serfs d'un sentiment quelconquc, e'etait celui d'un mepris chronique. Le mot durah (tete do biiche, brute), se trouvait continucllemcnt sur scs levrcs, et, si quelque partie du travail etait Men faite, il prenait cela commc unc chose toute naturcllc et no songeait jamais a dire un mot d'approbation ou d'encouragement. Quand il devint evident, en 1859, que l'emancipation des serfs etait proche, Karl Karl'itch predit avec confiance que le pays allait marcher a sa ruinc. II savait par experience que les paysans etaient faineants, imprevoyants, meme quand ils vivaient sous la tutellc d'un maitre et avec la peur du baton devant les ycux. Que deviendraicnt-ils, prives de cette tutclle et dc cette peur salutaires? Cette perspective soulevait dc terriblcs presages dans l'esprirdu digne intendant, qui avait les interets
de son maitre vraimcnt a cceur; et scs inquietudes s'accrurent notablement, augmentercnt d'intensite, quand il appric que lcs paysans allaient rcccvoir, de par la loi, la terre qu'ils occupaient en scrvagc, et qui comprenait a peu pros la moitie de tout le sol arable du domaine. II declara que cet arrangement etait une infraction dangereuse et que ricn ne pouvait justificr aux droits sacres de la propriety qui sentait fortcment le commuuisme et ne pouvait avoir qu'un seul resultat pratique : les paysans emancipes voudraient vivre de la culture des terres leur appartenant, et ne conscntiraient plus a travailler a aucun prix pour leur ancien maitre. Pendant lcs quelquesmois qui suivirent immediatement la publication de l'edit emancipateur, il signala beaucoup de clioses confirmant ses plus sombres apprehensions. Lcs paysans se montraient mecontents des privileges qui leur etaient conferes, et cherchaient a se soustraire aux devoirs que leur imposait, en echange, la nouvclle loi. En vain s'efforcat-il, par exhortations, promesses, menaces, de fairc executer lapartie la plus necessaire du travail des champs, et montra-t-il aux paysans l'article de la loi leur enjoignant d'obeir et de travailler comme jadis j usqu'a ce que quelque nouvel arrangement fut fait. A tous ses appels ils repondirent qu'ils n'etaient plus desormais obliges de travailler pour leur ancien maitre; et il fut force, a la fin, de s'adresser aux autorites. Gette demarche eut un certain effet, mais la besognc fut executee cette annee-la d'une facon pire encore que d'habitude, et la recoite en souffrit.
Depuis ce temps les choses se sont graduellement ameliorees. Les paysans ont decouvert, se sont rendu compte, qu'ils ne pouvaient pas se sufQre et payer leurs taxes a meme le seul produit de la terre qui leur a ete concedee, et ils ont en raison de cela conscnti a cultiver les champs des proprietaires moyennant des gages moderes. « Ces deux dernieres annees, me dit Karl Karl'itch d'un
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air satisfait dc lui-meme, j'aipu, toutes depcnses payees, transmettrc de petites sommcs aujcune maitrc, a Saint- Petersbourg. Ce n'etait certainement pas bcaucoup, mais cela montrc que les choscs sont meilleurcs qu'ellcs n'etaient. Pourtant c'cst encore une dure et peniblc tachc. Les paysans n'ont point ete ameliores par la liberie, lis travaillent maintcnant moins et boivent plus qu'ils ne le faisaient au temps du servage, et, si vous lcur ditesun mot,ilss'envont, ctnc vculcnt plus travailler pour vous du tout, b Ici KarlKaiTitch s'indemnisade son empire sur lui-meme en presence de ses ouvriers, en employant une seric des epithetes les plus fortes quo les langagcs combines de sa terre natale et de son pays d'adoption purent lui fournir. « Mais la faineantisc et l'ivrogneric ne sont pas leurs seuls defauts. lis laisscnt lcur betail vagabonder dans nos champs, et ne pcrdent jamais une occasion de derober dubois de chauffage dans la foret. »
— Mais vous avez maintcnant, pour dc tels cas, les juges dc paix ruraux ? — me risquai-jc a suggercr.
— Les juges de paix !... — Ici Karl Kaii'itch fit usage d'unc expression peu elegante montrant clairement qu'il n'etait pas admirateur benevolo des nouvelles institutions judiciaires. — Quelle est 1'utilite de s'adrcsser a un juge depaix?Le plus proche habite a deux licucs d'ici, et quand je vais devant lui il chcrcho evidemment a me faire perdre le plus de temps possible. Jc suis sur de depenser presqu'un jour cnticr, et, en fin dc comptc, je n'obtiens rien du tout pour ma peine. Gcs juges essaient toujours de trouvcr quclque excuse pour le paysan, et quand ils le condamncnt, par exception, l'affairc ne fmit pas la. II y a constamment une quantitc d' « hommes dc loi » chicancurs rodant autour du pretoirc, — pour la plupart des clcrcs coquins qui ont ete renvoyes des bureaux publics pour avoir grapille et extorque trop ouvcrtement, — et ils sont toujours prets a chuchotcr a roreillc du paysan « qu'il devrait en appc-
ler ». Le paysan sait que la decision est juste, mais il so laisse persuader aiscment qu'cn appelant dcvant les sessions mcnsucllcs il tirera un nouvcau numero a la loteric, et qui sait ? amenera peut-etro un gros lot. II laisse done le coquin de scribe redigcr un appel pour lui, et je rccois une invitation de me presenter a la session des juges, qui sctient dans la villc-district un certain jour. II y a douze bonnes licues d'ici la, vous savez, mais je me leve de bon matin et j'y arrive a onze heurcs, l'keuro indiquee dans la note officielle. Une foule de paysans Mne pres de l'entree de la cour, mais le seul fonctionnaire present est le porlier. Je m'informe pres de lui du moment ou mon affaire doit probablement venir, et rccois cette reponse laconique : « Comment le saurais-je ? » Au bout d'une demi-heurc le greffler arrive. Je repete ma question et rccois la memo replique. Une autre demi-heure so passe, et l'un des juges arrive en tarantassc. Cc sera probablement un gentilhommc a la langue doree, qui m'assure que Faudience va commencer de suite : Sei tchas ! sei tchas ! Ne croyez pas que le pretre ou le dictionnaire rous apprendront le sens de cette expression. Le dictionnaire vous dira qu'ellc signilie « immediatcment », mais e'est une plaisanterie. Dans la bouchc d'un Russe ellc signilie « dans une heure » ou « la semainc procliainc >ou« dans un an ou deux » ou « jamais » : le plus ordinairement, « jamais ». Pareil a beaucoup d'autres mots russcs, sei tchas peut etrc compris sculement apres une longue experience.
Un second juge arrive en voiture, puis un troisieme. La loi n'en exige pas davantage; mais ces messieurs jugent qu'il leur faut fumer plusieurs cigarettes et discuter toutcs les nouvelles locales avant de commencer leur besogne. A la fin, ils prennent place a une table rccouverte de drap vert, installee sur une plate-forme qui se trouve a un bout de la salle, et l'audienco
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commence. II est sur que mon cas sc trouvera parmi les derniers de la liste, — lc greflier prend, jo crois, un malicieux plaisir a epier mou impatience, — et, •avant qu'il soit appcle , les juges sc retirent au moins une fois pour prendre des rafraiebissements cl fumer des cigarettes. Je dois, pour me distraire, ecoutcr les aulres causes, et quelques-uncs d'entre cllcs, je puis vous l'assurer, sont asscz amusantcs. Les murs de la salic doivent etre, a 1'hcure presente, Lien satures dc parjures, et beaucoup des temoins gagnent de suile la contagion. Pcut-etre vous conterai-je un jour quelquesuns des incidents amusanls que j'ai vus et entendus la. A lafln, ma cause est appclee. Elle est aussi claire que lc jour. Mais le chicaneur coquin est la avec un plaidoycr longuemcnt prepare. II tient a la main un pclit volume contenant les lois codifiees, et cite des articles qui n'ont aucun rapport ausujet. Pcut-etre la decision du premier juge sera-t-ellc confirmee ; pcut-etre scra-t-clle annulec; dans les deux cas j'aurai perdu une dcuxieme journec et epuise plus de patience qu'il n'est raisonnable d'en pcrdre. Memo quelquc cbose de pis peut arriver, comme je lc sais par experience. Une fois, au cours du jugement de Tunc de mes affaires, il sc produisit un petit vice de forme : quelqu'un ouvrit par inadverlancc la porlc de la cbambre du Conscil au moment oil la decision etait entierement ecrite, ou quclqu'autre petit incident dc cette sorte cut lieu, et lc coquin de chicaneur porta plainte a la Cour supreme de revision, qui fait partic du Senat. II ne s'agissait, dans la cause, que de quclques roubles, mais die fut discutee a Saint-Petcrsbourg, etapres cela jugee de nouveau par une autre Cour. Maintenant, j'ai paye mon lehrgeld (apprentissagc) et ne vais plus au tribunal.
— Alors vous devcz etre expose a des cxtorsions dc toutc espece ?
— Pas autant que vous pouvez lc croire. J'ai ma facou
a moi de me passer des juges. Quand j'attrape le cheval ou la vache d'un paysan dans nos champs, jc l'enferme sous clef et fais payer unc rancon au possesseur.
— N'est-il pas dangercux, — demandai-je, — de vous fairc ainsi justice vous-meme ? J'ai entendu dire que les juges russes sont extremement severes pour quiconquc a rccours ace que vos juristes allemands appellent Selbsthillfe ?
— S'ils le sont ! Aussi longtemps que vous habitcrcz la Russie, il vaut mieux vous laisser tranquillement voler que d'user d'aucune violence contre le volcur. Cela cause moins de tracas, et e'est en definitive meilleur marche. Si vous n'agissez pas ainsi, vous pouvez, sans vous y attendre, vous reveiller quelque beau matin en prison ! Vous devez savoir que beaucoup de nos jeunes juges appartiennent a la nouvelle ecole de morale ?
— Qu'est-ce que cela? Je n'ai ouii parler d'aucune nouvelle decouverte faitc dans la sphere de la morale pure ou appliquee.
— Eh bien ! pour vous dire la verite, je ne suis point l'un des inities, et puis seulement vous narrer ce que j'ai entendu. Autant que j'ai pu m'en rendre compte, les representants de la nouvelle doctrine parlent beaucoup de Gumannost, et de Tchelovetcheskoe dostoinstvo. Vous savez ce que ces mots signifient ?
— Humanite, ou plutot humanitarisme, et dignite humaine, — repondis-je, — n'etant point fache de donner un echantillon de mon savoir, de prouver que j'avancais dans mes etudes.
— La encore, vous etes mal renseigne par votre dictionnaire et votre pretre. Ces termes, quand ils sont employes par un Russe, indiquent bien plus de choses que vous n'en comprenez en les entendant dire, et ceux qui en font usage tres-frequemment ont, d'habitude, une tendresse speciale pour toute cspece de malfaiteurs. Dans les siecles d'ignorance qui ne font que finir a l'heure
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qu'il est, on croyait generalemont que les malfaitcurs etaient gens mauvais et dangorcux; mais on a decouvert tout recemment que e'etait une erreur. Un jcune proprietairc qui demcure non loin d'ici m'a assure que ces gens-La sont les vrais Protestants et les plus puissants reformateurssociaux! lis «protestent» pratiquement contre les imperfections de l'organisation sociale dont ils sont les victimesinvolontaires. L'homme faible et sans caracterc se soumet docilcment a ses chaines ; riiommo fort, genercux, hardi, brise ses fers et aide les autres a fairc de memo. Un tres-ingenieux plaidoyer en favour de toutcs especes de coquineries, n'est-cc pas ?
— Eh ! e'est une theorie qui pourrait ccrtaincment ctre poussee trop loin, et conduire aisement a des conclusions tres-incommodes ; mais je ne suis pas sur que, theoriquonient parlant, elle ne contiennc pas un certain element de verite. Elle doit au moins aider au developpcmcnt de cette charite qu'il nous est enjoint de pratiquer envers tous les hommes. Mais peut-etre « tous les hommes » ne comprennent-ils pas les publicains ct les pechcurs ?
En cntendant ces mots, Karl Karl'itch se tourna vers moi, ct chaque trait de sa face allemande cxprima l'etonnement le moins deguise. — Etes-vous aussi un Nihiliste?— me demanda-t-il aussitot qu'il cut partiellement repris halcine.
— Je ne sais recllement pas ce que e'est qu'un Nihilistc, mais je puis vous assurer que je ne suis point un isfe d'aucune sorte. Qu'est-ce qu'un Nihiliste ?
— Si vous habitez longtemps la Russie, vous apprendrez cela sans que je vous Texpliquc. Gomme je vous le disais, je ne suis point du tout effraye d'etre cite par les paysans devant la justice. Ils savent a quoi s'en tenir. S'ils me donnaient trop de tracas, je pourrais affamcr leurs bestiaux.
— Oui, quand vous les attrapez dans vos champs, —
La Russle.
remarquai-je sans tcnir compto du tour abrupt que l'intendant vcnait dc donner a la conversation.
— Je puis le faire sans cela. Vous dcvez savoir que, par la loi d'emancipation, les paysans ont recu de la terre arable, mais ils n'ont recu aucun paturage. J'ai la une cravache pour les en cingler !
Les rcmarqucs dc Karl Karl'itcb sur les bommes et leschoscsetaientpourmoi toujours interessantes, car c'etait un fin obscrvateur, et il deployait, a l'occasion, une humour plaisante bien que seche. Mais je decouvris bientot que ses opinions ne dcvaient point etre acccptecs sans reserve. Sa vigourcuse et inflexible nature teutonique l'empechait souvent de juger impartialement. II n'avait aucune sympathie pour les bommes et les institutions qui l'entouraient, et, en consequence, il etait incapable de voir le cote intime des cboscs. Les taches et les defauts a la surface, il les apcrcevait assez nettement ; mais il n'avait aucune connaissance des causes secretes et profondement enracinees par qui ces tacbes et ces defauts sont produits. Le simple fait qu'un bomme etait Russe fournissait une raison satisfaisante, a son avis, de quelque sorte que ce fut de difformite morale; et ses connaissances se trouvercnt etre beaucoup moins etenducs que je ne l'avais suppose d'abord. Bien qu'il habitat le pays depuis environ quinze ans, il savait tres-peu dc chose de la vie du paysan au-dela dc ce qui, — et cela n'allait pas loin, — concernait ses proprcs interets et ceux de son patron. De l'organisation communale, de la vie domestique, des croyances religieuses, des pratiques ceremoniales des paysans, des occupations de ceux d'entre eux qui partaicnt tous les ans du village en quete de travail : sur tout cela et les sujets analogues il connaissait pcu de chose, et le peu qu'il se trouvait savoir etait en grande partie faux. Pour arriver a quelque connaissance dc ces matieres, je m'apercus qu'il vaudrait mieux consul tor le pretre ou, mieux encore., les paysans eux-
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memos. Mais, pour cc faire, il ciit ete neccssairc dc comprendro aisemcnt et dc parlor courammont lo langagc dialogue, et j'etais encore tres-loin d'avoir acquis la science et la facilite neccssaircs.
Memo pour quelqu'un possedantune aptitude naturelle a apprendre les langues etrangeres, l'etude du russc n'est point du tout tache aisec. Bien quccc soit esscnticllement, comme la notrc, unc langue aryenne, et qu'elle no contiennc qu'une legere mixture de mots tarlarcs, tels que bashlyk (capuchon) kalpak (bonnet de nuit) arbuz (melon d'eau), etc., on y rencontre certains sons inconnus aux orcilles dc l'Europe occidentale, difficilcs a oxprimcr a l'aide d'une bouche europeo-occidentale, et ses racines, Men que derivces du memetronc linguistique que celles des langues greco-latines et teutoniques, no sont, en general, pas du tout rcconnaissables. Comme excmplc dc ceci, prenons 1c mot russc otets. Cela pout paraitre a premiere vue etrangc, mais ce mot est purcment et simplement une autre forme de notre mot father, de l'allemand vater, et du francais pttre. La syllabe ets est la terminalson ordinaire russe indiquant un agent, correspondant a la terminaison anglaise et allemande er, comme nous 1c voyons dans ccs mots : kupets (un achetcur), plovets (un nagcur), et beaucoup d'autres. La racinc ot est une forme tronquee de vot, comme nous lc voyons dans lo mot otchina (heritage paterncl) qui est froquemment ecrit votchina. Or, vot est, evidemment, la meme racino que l'allemand vat ct que l'anglais fath. Quod erat demonstrandum. Tout cela est assez simple, et tend a prouvcr l'identitc fondamentalc, ou plutut la communaute d'origine, des langues slaves ct teutoniques; mais on comprendra aisement que des analogies etymologiques si soigneuscment deguisces soient dc peu d'usage pratique pour nous aider a acquerir unc langue ctrangorc. Do plus, les formes grammaticalcs ct les constructions de phrase, en russc, sont tres-particuliercs, et prcsentent un
grand nombre d'irregularites etranges. Comme exemple, nous pouvons citer lc temps du futur. Le vcrbe russe a habituellemcnt un futur simple ct un futur compose. Le dernier est toujours regulieremcnt forme au moyen d'uu auxiliaire et de l'infinitif, comme en anglais ; mais le premier est construit d'une foule dc manieres pour lesquelles aucune regie ne pcut etre donnee, si Men que le futur simple de chaque verbe doit etre appris par un pur effort de memoire. Pour beaucoup d'entre eux on le forme au moyen d'une preposition, mais il est impossible de determiner par unc regie cclle qui doit etre employee. Ainsi idu (je vais) devient poidu, pishu (j'ecris) devient napishu, pyu (je bois) devient vuipyu , et ainsi des
autres.
Alliee de tres-prcs aux difflcultes de la prononciation, sc trouve cellc de placer l'accent sur la syllabe qu'il faut. Sous ce rapport, le russe est semblable au grec ; vous ne pouvcz jamais dire a priori sur quelle syllabe l'accent porte. Mais c'est plus embarrassant encore que le grec pour deux raisons : d'abord, on n'a point l'babitude d'imprimcr le russe avec des accents ; ct ensuite, personne n'a jusqu'ici ete capable de formuler des regies precises pour la transposition de l'accent dans lcs inflexions variees du memo mot. Un exemple de cette derniere particularite sufflra. Le mot ruka (main) a l'accent sur la derniere syllabe, mais a l'accusatif : ruku, l'accent sc porte sur la premiere. II ne faudrait pas dire, cependant, que dans tous les mots dc ce type une semblable transposition a lieu. Le mot beda (malbeur), par exemple, ainsi que beaucoup d'autres, conserve toujours l'accent sur la derniere syllabe.
Ces difflcultes, et beaucoup d'autres semblables qui n'ont pas besoin d'etre enumerees ici, peuvent seulement etre surmontecs par une longuc familiarite avec le langage. Serieuses comme elles le sont, elles ne doivent point eflrayer quiconque est habitue a l'etude des idio-
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mes etrangers. L'oreillc et la langue se familiarisent graduellement avcc lcs particularity d'inflexion ct d'accentuation, et la pratique remplit la fonction de regies abstraites. L'etranger, il est vrai, si aisement, si couramment qu'il puisse s'exprimer, no pourra jamais 6tre pris pourunRusse. S'il parte pendant quclque temps, il est siir de se trahir. Mais il n'y a la rien qui doive etonner. La memo remarque peut s'appliquer au Russe s'exprimant en anglais. J'ai converse avec dcs douzaines de Russes qui le parlaient admirablement ; mais je n'en ai jamais rencontre un seul qui le parlat precisement commc les Anglais, execpte ceux qui ravaicnt appris dans leur enfance.
On suppose communement que les Russes ont ete doues par la nature d'une aptitude linguistique speciale. Leur propre langagc, dit-on, est si difficile, qu'ils ne trouveut plus de difficulte a acquerir les autres. Cettc croyance tres-repandue demande, il me semblc, quelque explication. Que lcs Russes eduquis soicnt meillcurs linguistes que les classes correspondantes de l'Europe occidentale, il ne peut y avoir a cet egard aucun doute, carils parlent toujours le francais, ct tres-souvent l'anglais ct l'allemand aussi. La question est, neanmoins, si ccci est lc resultat d'une particularitc psychologiquc oude toute autre cause. Or, sans m'aventurer a nicr 1'existencc d'une particularity psychologiquc, je dois dire que les autres causes ont du moins excrce une puissante influence. Tout Russe qui veut etrc regarde comme « civilise » doit possedcr au moins une langue etrangere ; et, en raison de cela, les enfants dcs hautes classes apprennent toujours, des leur enfance, a parier francais. Dans beaucoup de maisons riches on trouve une nourrice allemande, un preceptcur francais, une gouvernante anglaise ; ct lcs enfants s'accoutument amsi des leurs plus jeunes annees a l'usage des trois langues. De plus, la langue russe est phonetiquement
tres-riche, ct contient prcsquc tous lcs sons que Ton trouve dans les langues dc l'Europo occidcntalc. Mais il y a quelques nuances delicatcs qui lui manquent, et ces nuances, il est rare que les Russcs les acquierent parfaitement. Comme exemple de ccci, jc citcrai lc son bref dc la voyelle dans lc mot but (prononccz bcutt) ct lc son long de la voyelle dans lc mot all (prononccz aull). Dans la prononciation de tcls mots, memo lcs Russcs qui parlent notre langue avec une correction parfaite introduisent prcsquc toujours le son plus ou moins modine de la voyelle o, qui sonne desagreablemcnt a une orcille anglaise precieusc.
Comme exemple dc difficulte grammaticale, je mentionncrai ce fait : pou de Russcs arrivcnt a sc rendre bien compte de la distinction delicate entrc eta.it et a
Peut-etre, en resume, scrait-il bon d'appliqucr ici la tbeoriedarwinienne, ct dc supposer que chez la noblesse russc, obligee pendant plusieurs generations dc s'appliquer a acquerir la connaissance des langues etrangeres, une aptitude speciale, un talent polygloltc hereditaire s'est developpe.
Dans mon exil volontairc, plusieurs circonstanccs vinrent en aide a mes efforts pour arriver a acquerir une connaissance du langagc qui mc mit ameme de converser aisSment, francbement, avec lcs paysans. D'abord mon reverend precepteur etait un hommc agreable, bienvcillant, causeur, qui prcnait grand plaisir a conter d'interminables histoircs, plaisir independant de la satisfaction qu'il pouvait eprouver a lcs voir comprises et appreciees. Meme quand il se promenait seul, il murmurait toujours quelque chose a un ecouteur imaginairc. Un etranger le rencontrant en de telles occasions eut pu supposer qu'il conversait avec des esprits invisibles, bien que ses formes largcs, musculeuses, sa face rubiconde, militasscnt fortement contre cettc supposition;
Exll volojitaire.
mais aucunhomme, aucune femme, aucun enfant, habitant dans un rayon de trois lieues, ne scraient jamais tombes dans une telle crrcur. Ghacun dans le voisinagc savait que Batushha (Papa), commc on l'appclait familierement, etait unhommetrop prosaique, trop pratique, pour apercevoir des choscs etherecs, que c'etait un incorrigible bavard, ct que, s'il n'avait point d'auditcur sous la main, il s'cn creait un de sa propro imagination. Cette manie qu'il avait me rcndit grand service. Bien que pendant quelque temps jc comprisse tres-pcu de chose a ce qu'il disait, ct que jo me trompasse tres-souvent dans l'emploi dcs monosyllabes positifs et negatifs que je hasardais de temps a autre pour lui donner la replique ct l'encouragcr, il causait abondamment tout de memo. Comme tous les gens babillards, il se repetait constamment; mais jc ne m'en plaignais point, car cette habitude, si blamable qu'ellc puisse ctre dans une societe ordinaire, m'etait d'un grand benefice; quand j'entendais une histoirc pour la deuxieme ou troisiemc fois, il m'etait bien plus aise de placer au bon moment 1'expression requise.
Une autre circonstance heureuse fut que dans Ivanofka il n'y avait aucunes distractions, si bien que la journee tout entiere et une partie de la nuit pouvaicnt etre consacrees a Tetude. Mon principal amusement etait, a l'occasion, une promenade dans les champs avec Karl Karl'itch ; et meme cette innocente debauche ne pouvaitpastoujours avoir lieu, car shot que lapluie tornbait il etait difficile d'aller au-dela de la veranda, la boue empechant toute course cxterieure. Ce qui ressemblait le plus a une partie de plaisir etait d'aller ramasser dcs champignons ; et, dans cette circonstance, mon incapacite a distingucr les bons des mauvais, ceux qui se mangent de ceux qui empoisonnent, rendait ma bonne volonte inutile. Nous vivions si loin de « la foule dont le bruit affollc » que le brouhaha qui s'cn eleve parvenait a
MH
peine a nos oreilles. Une semaine ou meme dix jours pouvaicnt s'ecouler sans qu'il nous arrivat aucune nouvelle du mondc exterieur. Le bureau de poste le plus proche se trouvait a la station du chemin de fer, et nous n'avions aucun systeme regulier de communication avec ce lieu eloigne. Lettres ct journaux y restaicnt jusqu'a ce qu'on les reclamat et nous etaicnt apportes d'une facon intermittent^, quand ii arrivait que l'un de nos voisins passat par la. L'histoire contemporaine nous etait ainsi administree a grosses doses.
Je me rappelle bien, entr'autres, une dose vraiment enorme. Pendant plus longtemps que d'usage aucun facteur volontaire n'avait paru, et ce retard etait plus irritant que d'habitude , parce que Ton savait que la guerre avait eclate entre la France et l'Allcmagne. Enfin un gros paquet de journaux me fut apporte. Impatient d'apprendre si quelque grande bataille avait etc livree, je commencai par le dernier en date, et tombai tout de suite sur un article intitule : « Dernieres nouvelles, l'cmpereur a Wilbelmsbcebe ! I! » La grosseur du caractere dans lequel ce titre etait imprime montrait clairement que l'article etait tres-important. Je commencai de lire avidemenl, mais je fus absolument mystifle. Quel empe-
rcur ce pouvait-il etre? Probablemcnt le Czar ou l'em-
pereur d'Autricbc, car il n'y avait point d'empereur
d'Allemagne en ce temps-la Mais non ! G'etait
evidemment l'empereur des Francais Mais comment
Napoleon etait-il arrive a Wilbclmshoebe ? Les Francais devaient avoir perce les lignes de defense du Rbin, passe au travers, et s'etre avances fort loin en Alle-
magne Mais non ! Gomme je poursuivais ma lecture,
cette tbeorie me parut egalement insoutenable. II se trouva enfin que l'empereur etait environne dAllemands ct... prisonnier ! Afin de penetrer ce mystere, il me fallut avoir recours aux precedents numeros du journal, ct j'appris, dans cette seance, les victoires alle-
Exil volontaire.
mandos, 1'affaire de Sedan ct les autrcs grands evencments de cette epoquc mouvcmentee. Coux qui ont toujours absorbe l'histoirc contcmporainc aux doses homceopatbiques administrees par les editions successivcs des joumaux quotidicns, peuvent difflcilement se fairo idee de 1'impression produilc par la rasade que je venais d'en avaler.
Grace a Futile loquacile do raon preceptcur ct la possibility de consacrer tout mon temps a mcs etudes linguistiques, je fis des progres tellemcnt rapidcs dans ^acquisition du langage, que jepus au bout de quelques semaines comprendre une grandc partie de cc qu'on me disait, et m'cxprimer d'une facon vague ct detournee. Dans cette demierc operation, j'etais tres-aide par une faculte particuliere de divination que les Russcs possedent a un haut degre. Si un etranger parvient a cxprimer environ le quart d'une idee, lepaysan russepeut generalement supplecr aux trois quarts manquants grace a l'intuition qui lui est propre.
A mesurc que mon pouvoir de comprehension s'accroissait, mcs longues conversations avec le pretrc devinrcnt de plus en plus intercssantcs. Au debut, ses remarques et ses histoires avaient seulcmcnt pour moi uninteretphilologique, mais graduellement je m'apcrcus que son bavardage contenait une grande quantite'do Bolides et interessants renseignements concernant luimeme et la classe a laqucile il appartcnait : sortc d'information qu'on ne trouve pas babituellemcnt dans les livrcs d'exercices grammaticaux. Je me propose d'en communiquer ci-aprcs quelqucs-uns au lectcur.