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ment est d'autant plus naturel que Vassili est plongé dans une cave profonde, comme le soleil dans les abîmes de rOcean, et que dans certaines bylines apparaît un personnage énigmatique, une fille noire ou brune, qui, sur Tordre d'Avdotia, saisit le héros avec une force irrésistible pour Tentrâîner dans la cave : c'est elle encore qui, le moment venu, ira le délivrer. Si cette brune ou cette noire n'est pas la nuit elle-même, elle pourrait bien représenter « Taurore du soir » et « l'aurore du matin » qui, dans les contes russes, président au coucher et au lever du soleil.
Cette fille noire n'est pas inexorable. Dans l'épopée et la légende, les éléments cèdent à la force de la prière ou de la magie, à la puissance des rmies et des conjurations, Josué arrête le soleil pour allonger le jour; Jupiter l'arrête également pour prolonger une nuit d'amour. Au matin du quatrième jour, les frères d'armes de Vassili supplient la flUe noire de ne pas les abandonner en ce danger extrême. L'étrange héroïne saisit un fléau et abat des files entières de Novgorodiens. Puis elle court au cachot de Vassili et lui crie : « Ce n'est pas tout de se vanter dans les festins, il feiut se montrer dans les combats. Tes compagnons d'armes ont tous la tête rompue des coups de marteau, le front enveloppé de bandelettes, et tu dors! » Alors il brise les portes de fer et les grilles d'acier. Comme sa mère lui a caché ses armes héroïques et son bon cheval, il prend ce qui lui tombe sous la main : un essieu de chariot. Ains firent maints héros d'épopée : Dobryna assomme le Serpent de la Montagne avec son bonnet, Ivan Doubrovitch s'arme d'un essieu de charrette , Bove Korolévitch, d'un énorme balai, Sankarchana, le frère de Krichna, d'un soc de charrue. Samson extermine les Philistins avec une mâchoire d'âne. Rabelais lui-même munit son frère Jean des Entommeures d'un gourdin formidable, Vassili accourt au pont de laVolkhof. « Ma brave droiyina, ce n'est pas moi qui vous ai livrés, c'est ma noble mère qui vous a
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livrés. » Il regagne bien vite le temps perdu : « lorsqu'il irappe en avant ^ il fraie une route, lorsqu'il frappe en arrière, il trace une rue. » Les mougiks sont étendus par monceaux, par montagnes. Ils vont chercher au mo* nastère de Saint-Cyrille, un personnage étrange, un de ces kaliki dans lesquels M. Stasof croit reconnaître une reproduction des ascètes divins du boudhisme, devenus des pèlerins ou des moines chrétiens dans les rédactions postérieures. C'est le frire par échange de croix {krestovii lra£) de Vassili. En guise de casque, il a pris dans le clocher une cloche qui pèse treize miUe livres et s'en est coiffé le chef. Vassili, lors de sa fanfaronnade, avait déclaré excepter du pari les trois monastères de la Transfiguration, de Saint-Cyrille et de la Vierge de Smolensk; il avait excepté nommément ^vl frère de croix ei son parrain, a Ah! mon frère de croix , s'écrie4-il impatienté , c'est le diable qui t'amène sur mon chemin; l'affaire est chaude ici; ce sont nos têtes, frère, qui sont enjeu. )» Mais le kalik l'a frappé de son bâton : suivant des versions très modernisées , il est venu le fiisil sur l'épaule. D'un coup de son essieu de chariot, Vassili pulvérise la cloche sur la tête de son frère : « quant au frère, il est déjà mort. i> Alors s'avance au-devant de lui un autre kalik, son parrain, le Vieux-Pèlerin, comme l'appelle la chanson. » Celui-ci a sur la tète une cloche de quarante mille livres, a Écoute, mon cher filleul, ne fanfaronne pas ,^ mon jeune coq : n'attaque pas ton parrain! » — « Cest le diable qui t'amène sur mon chemin, y> répète encore Vassili. Sous ses coups, la cloche colossale vole en éclats: du front de son parrain jaillissent les deux yeux. On lui « chante gloire » (le de profwndis).
Ni son frère, ni son père de croix n'ont pu arr^r la fureur de Vassili. Cen est fait des Novgorodiens : il n'en laissera « même pas pour la semence. » Quel secqjurs espérer contre lui? Nul autre que celui de sa mère. Nous
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avons Ttr quelle est \k majesté de la veuve-mère ^ de la matrone russe. Elle peut tout sur son fils^ comme la matrone romaine. Cest à Novgorod surtout que le pouvoir politique des femmes a été considérable; la race des héroïnes s'y est d'ailleurs conservée plus longtemps que dans la Russie moscovite. Quand Novgorod luttait au xV" siècle contre Ivan le Grand, ce Ait une femme Marfa la passadnUsa qui se ât le chef du mouvement ^ arma ses fils et ses clients 9 souleva le peuple dans les assemblées , commanda les troupes de la république.
Alors intervient une îscène qui rappelle celle de Coriolan; où les sénateurs 9 les prêtres, les dieux mêmes ont échoué, la mère de Coriolan réussit. Ainsi fera la mère de Vassili : elle seule arrêtera ce fhrieux patricien, enragé contre la plèbe novgorodienne. Elle prend son casque et ses armes, Théroïne; suivant d'autres variantes, elle s'élance dans la rue en pure chemise, tant sa hâte est grande. Elle saisit son fils par derrière et l'enlace de ses bras ; « Écoute, mon doux enfant, calme ton cœur de héros; ne f irrite pas contre ta souveraine, ta mère; cesse un combat meurtrier; garde de ces mougiks au moins pour la semence. » Vassili laisse échapper le fer de sa main blanche et dit : c( Madame ma mère, ma lumière, tu es une femme rusée, tu as su retenir ma force énorme, tu as été assez habile pour me prendre par derrière. Si tu m'avais pris par devant, tu ne serais déjà plus au monde. i> (7est qu'en effet ces héros, semblables aux fanatiques berseiirs de la Scandinavie, ne peuvent plus se maîtriser dans le combat. Ilia, pour retirer Irmak de la mêlée, en est réduit à le saisir avec des galSEes de fer.
Une autre variante prête au héros ces belles paroles : « Ah ! ma chère mère ; je n'aurais écouté personne ; mais j'ai écouté ma mère ; de ne pas t'obéir je n'ai pas le droit. » C'est presque la réponse de Coriolan.
Mais Coriolan se retire vaincu; Vassili est victorieux*
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Tout Novgorod lui apporte sa soumission, s'offre à lui payer tribut. Chaque boulanger donnera un pain; chaque pâtissier un craquelin; les jeunes femmes paieront le droit de mariage, les lavandières le droit de laver; ainsi pour tous les gens de métier, — à l'exception des popes et des diacres. Dans un conte en prose, utile commentaire de nos bylines, il est dit que Vassili devient alors prince de Novgorod comme Favait été son père. On lui prête un mot qui caractérise bien cette oligarchie commerçante comme le fut celle de Florence. Dans la scène des gàhs, il ne veut pas se vanter de ses richesses : « J'ai des trésors, des biens et de la fortune; mais ce n'est pas moi qui les ai amassés, c'est mon père. » Avec de tels scrupules on fait une bonne maison. Caton l'Ancien eût approuvé une telle maxime.
Après les guerres civiles, quelle carrière s'ouvrait à l'activité des héros novgorodiens ? Courir les lacs, les rivières et les déserts du nord, inquiéter les autres principautés russes, soumettre au tribut les Tchoudes, les Tchérémisses, les Mordves, les Zyrianes, les Votiaques, et autres peuplades des régions du nord. C'est de Novgorod surtout que partent ces essaims de Ions œmpag^wnSy ver sacrum d'aventuriers, qui allèrent fonder des colonies nouvelles sur la Dvina, le Volga, la Kama et qui étendirent les possessions novgorodiennes jusqu'en Sibérie. Mais souvent ces Ions com^gnons créèrent plus d'un embarras à la république en insultant les frontières des puissants états russes du centre. Telle est la vie que mène, dans les contes populaires, un héros national de Novgorod, Akoundine : il éprouve le besoin de vivre au grand air, en pleine liberté ; il s'embarque sur son canot aux rames en bois d'érable et descend la Volkhof ; il rencontre un vieux pèlerin, son oncle, qui, sur le point d'expirer, lui remet l'épée de son père ; avec cette bonne épée il va conquérir à Novgorod des terres nouvelles ; il détruit une armée tatare qui assiégeait la ville de Rostislaf