‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 31 sur 66 · LA PÉRIODE DES TROUBLES · texte numérisé non relu

LA PÉRIODE DES TROUBLES

Cest fini de l'imposteur; mais la guerre civile commence. Skopin ChouYski accomplit maint exploit. Les bylines prêtent à ce héros favori quelques traits fabuleux des bogatyrs antiques. Comme eux, il met à l'épreuve ses compagnons d'armes : « Qui de vous peut vider d'un seul

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coup une coupe pleiae de vin, d'un seul coup, sans reprendre haleine ? » Pour réfléchir il s'assied sur Fétrange pierre atatyr. S'il combat, c'est avec un madrier; a à chaque coup, il fraie une route, de chaque revers, il trace une rue ». Lorsque Moscou est investie par la Lithuanie maudite, par les Sarrasins aux longues robes, les Tcherkesses des Cinq Montagnes, les Kalmouks, les Bachkyrs, « et encore les Tchoudes avec les Luthériens », Skopine reste son défenseur et se dévoue pour aller lui chercher du secours : (L comme un brillant faucon, il s'échappe; comme un blanc gerfaut, il s'envole ». La poésie populaire, nourrissant à l'égard de Skopinces libérales dispositions, ne pouvait que s'emparer avidement des bruits obscurs qui coururent sur sa mort. Pour elle, Skopin a péri empoisonné : bien plus, elle sait toutes les circonstances de l'événement. On l'invita comme parrain à un baptême; la marraine était une fille de Maliouta Skeuratof, cette mémoire éternellement détestée. Sa commère lui oflFre une coupe de vin; il la vide d'un trait. Aussitôt il sent le poison courir dans ses veines : « Ah ! fille de Maliouta Skouratof ! tu savais que c'était du poison que tu me versais ! tu m'as tué, serpent caché sous un tronc, engeance de vipère ». Et la tète de la marraine vole de dessus ses épaules. Skopin remonte à cheval, à grand'peine regagne son logis et raconte tout à sa mère : « Hélas, mon doux enfant!... Je te l'avais bien recommandé, je t'avais dit ne pas aller chez le prince Vorotinski; elle t'a privé de la lumière du jour, ta commère, la fille de Maliouta ». Dans ces reproches, ne trouvè+on pas un écho des recommandations de la mère de Dobryna, suppliant son fils de ne pas approcher de la demeure suspecte de l'enchanteresse, de ne pas affronter la rivière Poutchaï? Dans certaines bylines, le poison versé à Skopin est si violent que, la coupe étant venue à tomber, c< du poison la terre s'enflamma, dans les flammes la terre disparut ».

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