‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 34 sur 66 · POLTAVA · texte numérisé non relu

POLTAVA

Cette histoire de Pierre le Grand par le peuple est forcément incomplète. Beaucoup de ses réformes , dont Tensemble constitue Tune des grandes révolutions modernes , échappèrent à la foule. Lorsqu'il organisait Taristocratie russe sur les bases d'une noblesse de fonctionnaires, qu'il faisait du clergé réduit à l'obéissance une des forces de son état, qu'il émancipait la femme russe , établissait des imprimeries, inventait un alphabet et des caractères nouveaux, formait d'ouvrages traduits de langues d'Occident, la première bibliothèque civile de sa nation, lorsqu'il créait tout ce qui fait l'état moderne : une administration et une diplomatie, une flotte et une armée, une industrie nationale et une société intelligente, — lorsqu'il enfantait la Russie à la vie européenne, le cosaque nomade ne voyait ou ne comprenait rien, le paysan ne, sentait ^ue les épreuves et les douleurs de la transformation. Évidemment il ne pouvait passer dans les chants populaires que ce que le peuple avait saisi , s'était approprié, assimilé du grand spectacle étalé à ses yeux, et même tout ce que le peuple en a compris n'est pas arrivé jusqu'à nous. Sans parler' des chansons que la négligence des lettrés du

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XVIII'' siècle a laissées se perdre, combien de ces méditations du paysan et du cosaque sur le fils d'Alexis n'ont pas réussi à se formuler dans la phrase épique ! La poésie de la Régénération, après avoir un moment illuminé ces cerveaux obscurs, y est définitivement restée à l'état latent; elle n'a pu prendre, pour s'échapper au dehors, pour voyager sur les lèvres des hommes, les pieds rapides du vers et les ailes infatigables de la chanson.

Ces idées, ces souvenirs, ces impressions un peu vagues sur le grand homme ne pouvaient manquer de subir une déformation en tombant dans des imaginations hantées déjà par des créations poétiques antérieures. L'image de Pierre le Grand s'est parfois altérée au point de se confondre avec les images de héros plus anciens. Le fondateur de Saint- Pétersbourg a beau être le créateur même de la Russie moderne, il n'en est pas moins le dernier dés bogatyrs russes. Sa taille gigantesque, son esprit aventureux, ses dangers sur terre et sur mer, ses voyages, que Voltaire trouvait si extraordinaires, tout le rapproche des temps épiques. Par ses réformes, il appartient au siècle de Frédéric H; par son caractère et par certaines particularités de sa vie, ij est contemporain des Ions compagnons des âges antiques. Ceux-ci accomplissaient leurs exploits sur les grands fleuves du Sud; Pierre a pris pour champ de ses prouesses une scène européenne, la mer Baltique. Oleg a suspendu son bouclier à la Porte-d'Or de Tsarigrad (Constantinople) ; Pierre a vu s'ouvrir devant lui les portes des capitales de l'Occident. Il a remplacé les grands coups d'épée par les grands coups de politique. Oleg a rapporté de ses courses l'or de Bysance, Pierre un butin autrement précieux, la civilisation de Paris, de Londres et d'Amsterdam.

U ne faudra donc pas s'étonnôr si le peuple russe a rattaché au nom de Pierre le Grand plus d'une chanson destinée à célébrer d'autres exploits. Plus d'une circons-

tance de la légende de Dobryna Nikitich ou d^lia de Mourom s'est fondue ainsi dans la légende de Poltava.

n y a un homme surtout dont le cycle poétique va fournir bien des traits à celui de Pierre Alexiévitch. Lui aussi a été à la fois un tsar et un bogatyr : c'est Ivan le Terrible. Le rôle d'Ivan au xvi" et celui de Pierre au commencement du XVIII" siècle présentent d'étranges analogies. Tous deux furent des révolutionnaires et des fondateurs; après une guerre acharnée, sanguinaire, contre les choses du passé, ils créèrent, l'un le tsarat de Moscou, l'autre l'empire de Russie. Tous deux virent leur enfance exploitée par des tuteurs, leur sommeil brisé par le fracas des émeutes ; ils souffrirent des vices de la société russe avant d'en entreprendre la réformation. Tous deux furent en butte, pendant toute leur vie, à des complots qu'ils réprimèrent avec une épouvantable rigueur : la boucherie des strélitz en 1698 n'a rien à envier aux écorcheries de boïars sous Ivan le Terrible, sur cette même Place Rouge du Kremlin. Ils envoyèrent leurs femmes au couvent et furent meurtriers de leurs fils aînés. D'une haute intelligence, d'une instruction supérieure à leur époque, avec un goût senjblable pour les étrangers et de la curiosité pour les arts de l'Occident,. laborieux, infatigables autant qu'implacables, passionnément dévoués à leur mission, leurs grand3s idéep politiques leur sont communes. Ivan, avant Pierre, avait convoité les provinces baltiques, reçu les navigateurs européens dans ses ports, étendu ses intrigues en Pologne et jalonné, par la conquête de Kazan et d'Astrakhan, la route de la mer Noire et de la Caspienne. Par leurs vices comme par leurs vertus, ils furent deux personnifications éminentes du Russe par excellence, le Grand-Russe. Ivan, abhorré des nobles, redouté du clergé, dont il avait entamé les revenus avant que Pierre osât toucher à leur propriété, laissa dans le peuple le souvenir d'un héros et d'un justicier. Les crimes et les infamies

des boïars pendant la « période des troubles » ne justifiaient que trop ses étemelles accusations de trahison. On peut dire que le fils de Yassili est à beaucoup d'égards le précurseur du fils d'Alexis <*> et que le peuple, opprimé par les seigneurs et les voiévodes, ruiné par les brigands et les guerres civiles, ne cessa de regretter Ivan le Terrible que lorsque Pierre le Terrible parut. Nous allons assister à la naissance de notre héros.

l'enfance de pierre le grand.

c Pourquoi esi-il joyeux et serein, dans Moscou, — le tsar orthodoxe Alexis Mikhaîlovitch? — Dieu lui a fait naitre un fils, un tsarévitch, — le tsarévitch Pierre Alexiévitch, — le premier empereur dans le pays.

< Tous les maitres charpentiers de Russie — de toute la nuit ne dormirent pas ; — ils firent un berceau, une barcelonnette, — pour le jeune enfant tsarévitch. — Et les bonnes, les nourrices, — et les jolies filles suivantes — de toute la nuit ne dormirent pas : — elles cousaient uft petit drap — de velours blanc, brodé d'or.

€ Et les prisons avec les prisonniers ? — Elles furent complètement vidées. — Et les greniers du tsar? — Ils furent ouverts à tous. — Chez le tsar orthodoxe, — on célèbre un festin, un

(1) L'influence des exemples d'Ivan dut être considérable sur l'esprit de Pierre le Grand. Le maître de celui-ci, Zotof, lui proposait souyent le conquérant de Kazan et d'Astrakhan comme un modèle ^ imiter :

« Quand le tsaréyitch était fatigué de lire, Zotof lui prenait le livre des mains et pour le récréer lui racontait les belles actions de son père le tsar Alexis Mikhaîlovitch et du tsar Ivan Vassiliévitch, leurs courageuses entreprises de guerre, leurs lointaines et utiles expéditions, leurs batailles et prises de villes et comment Us supportaient, plus que le simple soldat, la fatigue et les privations, et quels avantages ils ont ainsi acquis à l'empire et comme ils ont reculé les frontières de la Russie. • Zabiéline, Opyty ixoutchénia, etc. {Sttaisd'mteignement de Vhittoire et de* anttçtittêi ru9iu), T. I, p. 35. Moscou^ 187).

joyeux baoqaet. — Les princes se sont réunis, — les boîars sont Tenus de tontes parts, — les nobles sont accourus, — et tout le peuple de Dieu au banquet, — mange et boit et fait bonne chère.»

. Cette byline nous offre le tableau exact et vivant de ce qui se passait au palais de Moscou le jour de la naissance d'un prince. M. Zabiéline, qui a consacré une étude spéciale aux « enfonces » de Pierre ^*>, nous montre Alexis envoyant dans toutes les directions annoncer Theureuse nouvelle aux boîars, aux officiers de la couronne, aux femiliers du palais, aux tsarévitchs vassaux de Géorgie, de KasimofW et de Sibérie, au patriarche et au clergé, sans oublier le monastère de Troïtsa. Les jours suivants, sonneries de cloches à toutes les cathédrales du Kremlin, liturgie en grande pompe à TAssomption, — réceptions au palais polychrome des tsars, où le souverain distribuait de ses propres mains à ses sujets des verres de vin et d'eau-de-vie, des fruits et des confitures, — promotions de nobles à la dignité de boîars, gratifications de fourrures et de coupons de velours et de soie aux princes de rÉglise et de TÉtat, — festins splendides où figurait au dessert un Kremlin en sucreries avec des habitants, des strélitz et des cavaliers. Je ne sais si les jolies filles suivantes et les maîtres charpentiers passèrent les nuits blanches, mais le jeune Pierre fut entouré de tout le luxe et de tout le confortable alors possibles dans une cour demi-barbare. Son berceau, suivant la coutume nationale, était suspendu aux lambris par des cordes, en sorte qu'on y balançait l'enfant plutôt qu'on ne l'y berçait. Pierre se développa avec une merveilleuse rapidité : son intelligence précoce contrastait avec la faiblesse d'esprit de ses deux frères aînés, Feodor et Ivan, issus du premier ma-

(I) Qpyfy ixoulehMa, eU.

()) Kasimof (fouyernement de Riazas), a été jusqu'à la fin du .XYII* siôcle la capitale d'un petit état tatar aoumU à Moscou.

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riage d'Alexis. A quatre ans, ses jeux même disaient présager rhomme de tête et d'énergie. On lui apprenait Thistoire au moyen d'images coloriées importées d'Allemagne, et M. Zabiéline fait le compte des tambours crevés par lui, des fusils et des sabres qui flattèrent d'abord ses instincts guerriers. Le peuple lui-même a pu être frappé des promesses de génie qui éclataient déjà dans cet enfaîit. Aussi est-il le seul des fils d'Alexis dont il paraisse se souvenir, et, quand son père au lit de mort est mis en demeure de se choisir un héritier, le poète rustique, oublieux de Thistoire, ne lui met qu'un nom sur les lèvres :

c Oh I dis-moi, notre père, tsar orthodoxe, — tsar orthodoxe Alexis Mikhaîlovitch, — à qui laisses-tu ta souyeraineté,— ^àqui remets-tu le tsarat de Moscou ? > — À la tète du tsar étaient les popes et les diacres, — du côté où brûlaient les cierges, — et ils chantaient les prières des morts, — à ses pieds se tenaient tous les bo|ars, — et c'est ainsi que parla le tsar orthodoxe : — « /c laisse ma souveraineté — au tsarévitch Pierre Alexiévitch, — je confie le tsarat de Moscou ^ au boîar prince Galitzine. > — Et le tsar orthodoxe rendit Pâme. >

En réalité, Alexis eut pour successeur son fils aîné Feodor, et lorsqu'à sa mort les boïars donnèrent le trône au jeune Pierre, l'ambitieuse Sophie ameuta les strélitz, ût couronner avec Pierre l'imbécile Ivan, et prétendit régner sous leur nom. Le bras droit de la tsarévruiy son hpmme d'État et son général, fut le prince Vassili Galitzine. Ils veuillent justifier leur pouvoir par des succès diplomatiques et militaires. Ils entrèrent dans la coalition de Venise, de la Pologne et de l'Autriche contre le Turc, et le prince dirigea deux campagnes contre les Tatars de Crimée. Malgré les efforts du gouvernement pour les représenter comme des triomphes, elles n'eurent qu'un succès médiocre. Aussi, dans une de nos chansons, le prince Galitzine ne sait littéralement sur quel pied et par

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quel chemin rentrer à Moscou. D est sûr de Taccueil de Sophie, mais cpmment sera-t-il reçu du jeune souverain ?

c Comme une bécasse qui se promène sur le marais (0^ — le prince Galitzine se, promène dans la prairie. . . — Il réfléchit et médite profondément.— Par où le prince, par où doit-il marcher?

— Par la vaste plaine, le prince ? il y aura de la poussière. — Par le bois ombreux, le prince? il fera sombre. — Par la prairie, le prince ? la terre est détrempée. — Par la rue, le prince? il aurait honte. — Enfin le prince a chevauché par la rue de Tver, — la glorieuse rue de Tver et la Nouvelle-Slobode.

c Le prince Galitzine s^est rendu — à la cathédrale de Kazan ;

— le prince Galitzine a ôté — sa toque de zibeline; — le prince Galitzine trois fois — s'est prosterné sur la terre ; — le prince Galitzine a prié, — et se rend au palais du Kremlin.

c Lorsqu'il descend de cheval — dans le palais du Kremlin, — voici que vient à sa rencontre — notre mère la tsarévna, — la tsarévna Sophie Alexiévna. >

Sophie, en eflfet, autant pour satisfaire à ses propres sentiments que pour en imposer à Topinion, préparait un triomphe à son héros. Elle sortit en procession au-devant de Tarmée, accompagnée du clergé, des boïars et du peuple, précédée des saintes icônes, jusqu'à la porte de Serpoukhof. Après avoir admis les généraux au baise-main, elle revint avec eux, to\\jours en procession, jusqu'au Kremlin, où le tsar Ivan leur fit une réception solennelle. Le tsar Pierre n'y était plus. Il avait défendu à sa sœur de prendre part à une cérémonie publique, elle avait bravé sa défense. Dans sa colère, il quitta Moscou. Cette marque de défaveur ne passa point inaperçue. L'emprisonnement de Galitzine après la chute de Sophie, son procès, son exil, renouvelèrent le souvenir de sa première disgrâce, et alors dans les campagnes d'Orel naquit cette chanson ;

0) Homère a bien comparé A|ax l nn âne \

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c Saint) seigneur le tsar, notre espérance,— quels présents faistu, tsar notre maître, aux seigneurs? — Aux seigneurs, je donne des dignités, aux marchands, des cités. — Mais à moi, tsar notre maître, donne-moi une ville, — donne-moi une ville : Malo-Jaroslavets,.. — Moi, prince Galitzine, je te donnerai, — chien de voleur, je te donnerai — deux poteaux avec une solive en travers — et, pour ton cou, un cordon de soie. >

Pendant que Galitzine et Sophie gouvernaient la Russie, que faisait le tsar Pierre? Entouré d'étrangers ou déjeunes Russes gagnés aux idées européennes, il jouait au soldat avec les palefreniers et les polissons de Kolomenskoe^ ou réparait une vieille barque hollandaise échouée sur le lac d'Ismaïlof. Sophie et ses courtisans disaient : « L'enfant s'amuse; » mais, tout en s'amusant avec son bataillon di amuseurs {potiéchnié Aoniouki) , il jetait les bases de la flotte et de Tannée nouvelle. Devenu le maître, il se mêlait encore, en simple combattant, à des actions simulées, batailles, prises de villes, enlèvements de redoutes. Ce spectacle d'un tsar de Russie confondu parmi ses sigets sous un uniforme de sous-oflacier ou de lieutenant, exposé à recevoir, comme le premier venu, les coups et les horions, ne pouvait manquer de frapper l'imagination des masses. Dans les bylines sur Ivan le Terrible, on voit celui-ci présider à des luttes d'athlètes dans la cour du palais, mais avec toute la gravité qui convient à un despote oriental. La &ntaisie des chanteurs prend plus de liberté avec Pierre le Grand : lui-même descend dans l'arène et lutte avec un de ses soldats. Et il semble que le poète, tout en prêtant au fils d'Alexis une taille et une vigueur herculéennes, ait tenu à faire sentir que le peuple, même représenté par un jeune garçon, est encore supérieur en force aux héros.

c Dans le palais, le palais impérial, — sur TEscalier, PEscalier Rouge, — Pon voyait une table à rallonges; — à cette table était assis

— le tsar orthodoxe Pierre Alexiévitch. — Devant lui sont debout les princes, les boïars. — Le tsar orthodoxe parle ainsi : — c Ecoutez, TOUS, les princes, les boïars I — j a-i-il parmi vous un amateur — pour lutter avec le tsar blanc, — pour passer le temps, pour CMUser le tsar? » — Tons les princes, les boïars, s^épouvantèrent, — dans le palais tous se dispersèrent; — mais debout devant lui se tient un dragon, — un jeune dragon de vingt-cinq ans.

— Il parlé en ces termes au tsar blanc : — c Écoute, écoute, tsar orthodoxe, — tsar orthodoxe, Pierre Âlexiévitchl — n^ordonne pas de me ch&tier, de me pendre ; — ordonne-moi de dire un mot... Je suis jaloux de lutter avec le tsar blanc, — pour passer le temps, pour amuser le tsar. > — c Si tu me terrasses, jeune dragon, je te ferai grâce, — si tu es vaincu, je te couperai la tète.» — Le jeune dragon dit alors : — c La volonté de Dieu soit faite, et celle du tsar I >

c Le tsar orthodoxe ceignit sa ceinture de soie, — il sortit avec le jeune dragoil; ils s^empoignërent... De la main gauche, le jeune dragon le renversa; — de la main droite, il le soutint, — il Tempêcha de toucher la terre humide. — Et le tsar orthodoxe parla ainsi : < Mille grâces, dragon, pour tes eCforts... — Quel don, quel cadeau vaîs-je te faire? — Des villages ou des domaines, — ou bien un coffre plein d'or? » — c Je ne yeux ni villages ni domaines, — ni un cher coffre plein d'or ; — accorde-moi de boire Peau-de-vie sans payer, — dans tous les cabarets de la couronne. >

l'expédition d'azof.

Le temps des amusements et des guerres de parade était passé ; Pierre à son tour voulait cueillir de vrais lauriers. Il voulait éprouver son armée nouvelle dans une entreprise glorieuse, la plifi glorieuse de toutes à ses yeux : la croisade contre rinfldèle et pour Taffranchissement des chrétiens d'Orient. La prise d'Azof ne devait être pour lui qu*im

premier pas djans cette vp^e où T^ppelj^t déjà le patriarche de Jentôalem. Il semble ,(jue toutes les expéditions daos ces régions de Test, d'où étsj^jient venus tant de fois les dpminateurs tatars, aient eu le don d'éveiller rimaginatipn ru3se. Le grand luouyepaent poétique qiU s'ét^t ^it au xvi'* siècle autour de la conquête de Kaîsan ^t. d'Astrakhan se renouvela au xvii* autour des deux expéditions. d'Asof. Pierre avait fait pour ces can^)agnes d'immenses prépa-. rati&. Tandis que des milliers de cosaques, de cavaliers nobles, de strélitz,de soldats armés à Teuropéenne, se réunissaient sous les drapeaux, des milliers de paysans étaient occupes à charrier des matériaux, des milliers de travailleurs à construire, en une seule année, 1,700 embarcations. Partout retentissait le cri de guerre ou le bruit sourd de la cognée dans les forêts séculaires. La Russie, remuée de fond en comble, s'éveilla et regarda. Au xvi** siècle, nous avons des chansons cosaques sous ce titre : le Secours au tsar blanc soiis Ka/mn. Voici le <( secours au tsar blanc sous Azof. » Toutes les rivières du sud se sont émues, le Jaà;k, et le Don, et le Volga, et le Dnieper.

L^ habitante des villes russes virent passer avec éton- .Diement ces giuguliers défenseurs de l'orthodoxie, les joyeux héros du Dcp, avides de butin et 4^ pl?4sir, pour qui la guerre était une bonne fortune :

€ Déjà sur la route, la large route, — allaient, chevauchaient les cosaques du Don, — les frères du Don au cours tranquille. — Déjà les cosaques avaient quitté Moscou; — pourquoi Tun d*eux est-il resté? — Il s'en va au château du Kremlin, — il ôte sa toque de zibeline noire, — il prie devant Timage du Sauveur, — il sHncline aux quatre points du ciel, — en particulier devant les conseillers municipaux du tsar, c Salut, ô vous, les conseillers du tsarl — Donnez-moi de Teau-de-vie pour cinq cents roubles, — et à mes compagnons pour mille roubles. » — JLes conseillers s'entre-regardèrent: < Y a-t-il jamais eu parmi nous un tel buveur? — Comment en douter, frères? C'est un cosaque du Don. — Corn-

ment en douter, frères? C'est leur ataman. > — On lui apporta de Peau-de-vie tant qu*il en fallut. — t Allons, buvez, enfants, buvez à vos souhaits 1 >

Mais la guerre n'était pas unejoie pour*tout le monde. Le cosaque y courait allègrement, le paysan s'y traînait en pleurant. Au fond , le Grand-Russe n'aime pas la guerre et n'a pas de goût pour l'état militaire. C'est malgré lui qu'on en fait un des meilleurs soldats du monde. Pour le serf du xvii* siècle, le régiment apparaissait comme une aggravation de servitude. Il lui semblait affreux de s'arracher à son village, à sa famille, à ses amours, à sa cabane bien chaude en hiver, et de partir pour ces éternelles campagnes où le tsar infatigable fatiguait son peuple :

c Oâ pîasserons^nous le jour? où dormirons-nous la nuit ? — Nous passerons' le j'bardails la campagne rase, -^ dans la campagne rase sous le ciel ouvert, — nous paàserons la nuit datfè Icf bois ténébreux, — dans le bois ténébreux, sur le sol bourbeux. — Noos aurons pour lit la terre, Thumide mëre, — pour oreiller une méchante racine; — pour nous laver, la pluie fine et fréquente, — pour nous essuyer, Therbe soyeuse. >

Tout' cela en effet n^est* paë très* engageant. Ajoutez-y que des offlcîers infidèles leur reiidaient encore plus durs les débuts de ce dur métier. Comme on le voit par les likasès'dê Pierre, les recruteurs enchatnaîént les hommes qii'ils enlevaient des Villages, leur rasaient la tête pour les mieux reconnaître, les emprisonnaient en arrivant à l^étapé, lès ïàenalentjkiitre le gland et le champignon sous les chênaies pour économiser sur leur nourriture, leur imposaient sous le bâton des marches forcées^ On perdait, avant d'arriver au dépôt, la moitié des recrues. Cet avantgoût de la profession de héros achevait de les dégoûter. X\iâsf l'^'désërtiôii décimait^lle les arniéës' russes dé ce

temps; on désertait la chaîne des recrues, on désertait au régiment , on désertait sur le champ de bataille. L'unique asile était alors dans les bandes de brigands ou dans les poîks de cosaques. Comme le fait remarquer M. Bezsonof , les chants de lamentation sur le service forment du XVI® au xviir siècle toute une littérature, tant l'aversion du militaire était innée dans le caractère russe; mais c'est surtout au temps de Pierre le Grand que les bylines sont trempées des « larmes brûlantes des pauvres soldats, de ces malheureuses têtes de soldats » qu'on traînait à la gloire.

c Dans la Tille de Véréia, — dans le village de Kan^tchoro, — tous les quartiers sont assignés , tous les soldats sont installés, — les petits soldats du régiment de Totda, — première compagnie , les grenadiers.

c Ils se flattaient, les pauvres soldats , — de courir la nuit avec les belles filles, — avec les belles filles de Véréia, — avec les gentilles petites paysannes.

c Tout à coup grand malheur pour le régiment, — un ordre a été envoyé le soir ; — à minuit, il faut nettoyer les fusils ; — à la blanche aurore, se tenir en rang, — se tenir en rang, Parme au bras...

c Le capitaine crie : Arme sur Tépaulel — et le major crie : En route 1 en campagne! — et le colonel : En d'autres pays, — vers la Turquie, vers la Suède!

c 11 y avait là un jeune soldat, — un jeune soldat, sergent du régiment. — Il tient dans ses bras le drapeau, — le drapeau du tsar, le drapeau des Russies. — Il n^est pas ivre, mais il chancelle, — et sMncline de tous les côtés. — Il fait ses adieux à son père, à sa mère, — à ses parents, à ses amis; — son visage est baigné de larmes. — Hélas! il ne fait pas ses adieux à sa femme, — il la quitte pour la servitude, — la servitude, le service du tsar, — les fatigues à perpétuité.

c Tous les soldats s^en vont en pleurs, — ils vont pleurant et

sanglotant... — Pas un qui s^en aille gatment, — qui s^en aille gaîment sans s*affliger... >

La muse populaire ne se pique pas d'une entière exac-^ titude. Des deux expéditions d^Azof, dont la première aboutit à un échec ^ elle fait une seule campagne qui à la vérité, suivant le chiffre sacramentel, dure trois ans. Tandis que Fhistoire nous montre Azof capitulant tout simplement après ouverture de la brèche,' la poésie préfère devoir le succès à un brillant assaut, enlevé à la force du poignet et à la face du soleil :

c A Taorore) ils montèrent à Tassant — de la ville glonense, de la ville d^Âzof) — de ses murs de pierre blanche, — de ses hauts talus de terre. — Ce n^étaient pas des pierres qui roulaient, — c'étaient des ennemis qui tombaient de la muraille. — Ce n'était pasla neige qui blanchissait la plaine, — c'étaient les blanches poitrines des musulmans. — Ce n^était pas la pluie qui tombait des nues, — c'était un sang impur qui pleuvait. >

l'odyssée de pierre le grand.

Pierre le Grand , le vainqueur d'Azof , partait pour le voyage d'Occident. Il allait chercher à leur source môme les arts et les sciences d'Europe, auxquels il n'avait encore été initié que par des aventuriers d'instruction médiocre; mais quel dut être l'étonnement des paysans de la Moscovie lorsqu'ils apprirent que le tsar blanc allait quitter la Russie, et qu'il voyageait en pays étrangers! En pays étrangers! quelles idées ces mots pouvaient-ils bien représenter à leurs esprits, à eux qui ne savaient pas distinguer la Suède de l'Allemagne, qui ignoraient presque la France et l'Angleterre, et pour qui les Occidentaux étaient tous des

niemtsi ^^\ tous des bousourmanes w? En pays étrangers! pareille chose ne s'était jamais vue. Les prédécesseurs de Pierre quittaient à peine les environs de Moscou , vivaient au fond de leur palais oriental, garottés dans les lisières de la plus minutieuse étiquette byzantine. Qu'allait-il arriver à la Russie veuve, de son tsar? au tsar séparé de la Russie « comme une pomme qui s'est détachée du pommier ? » Quels dangers allait-il courir dans ces régions lointaines que l'imagination russe se représentait à peu près comme les Grecs d'Homère se représentaient l'Afrique, •la Sicile et la mer Noire? Quels Lestrygons et quels Cimmériens, quelles sirènes et quels cyclopes, et peut-être, — hélas! quels Lotophages, aux philtres pleins d'oubli de la patrie, allait-il rencontrer ? Tourmenté de tant d'inquiétudes et de tant d'étonnements, l'esprit des masses travailla passionnément sur ce thème. Ses rêveries se perdirent tantôt dans un vague mythique, tantôt dans une altération fantastique des faits à nous connus. Une légende qui a déjà figuré dans les bylines du héros Dobryna Nikitich, s'est accrochée, on ne sait comment, au nom de Pierre le Grand, celle du ban compagnon et la rivière Smorodina ^.

Lorsqu'on mars 1697 le tsar passa en Livonie, le gouverneur suédois de Riga, Dalberg, profita de ce que Pierre affectait l'incognito pour se dispenser de lui rendre aucun , hommage. Lui et ses compagnons, les grands ambassor deurs, s'y virent même suspectés et surveillés. Le tsar s'étant hasardé à passer près des fortifications, on menaça de tirer sur lui. Plus tard, dans son manifeste pour la déclaration de guerre à la Suède, il dénonça ces outrages à ses peuples comme le motif principal de la rupture. Dans les bylines, les choses ne se passent point aussi

(I) tesmuêtt, c^est-à-dire des étrangers et plus spécialement des AUemands. (t) Mosolmans , infidèles en général.

(8) Voir oi-dessus page 68.

simplement. Ce n'est plus à Riga, c'est à Stockholm, en terre allemande^ que va le tsar, déguisé en marchand d'outre-mer (anglais ou hollandais); ce n'est plus avec Dalberg, c*est avec la reine de Suède qu'il est aux prises. Evidemment le peuple avait entendu parler vaguement d'Ulrique-Eléonore, sœur de Charles XII : c'est à elle que revient l'honneur de succéder dans le rôle de nymphe perfide, de dangereuse ennemie du tsar, à la vindicative rivière Smorodina :

c Personne ne sait, personne ne peut dire — où notre seigneur le tsar se dispose à porter ses pas. — Il a rempli ses vaisseaux d'argent pur, — il a orné ses vaisseaux d'or étincelani. — Il ne {[arde avec lui que peu d'hommes, — seulement des grenadiers du Préobrajenski. — Notre seigneur le tsar blanc ordonne ainsi : — € Ecoutez, écoutez, officiers et soldats ! — ne m'appelez plus ni votre tsar, ni votre seigneur ; — traitez-moi comme un marchand d'outre-mer. . . >

> On voit un marchand se promener dans Slekoln (Stockholm) — et personne ne reconnaît ce marchand. — Un seul lu reconnut : Phetman de Suède. — En toute hâte il courut chez la reine : — c Ecoute, notre mërc notre reine ! — Ce n'est pas un marchand qui se promène dans la ville : — celui qui s'y promène, c'est le tsar blanc. > -^ La reine s'avança sur son escalier rouge] — elle avait les portraits des souverains de sept pays : — à son portrait, elle reconnut le tsar blanc. — Elle cria à haute voix, la reine : — « Ecoutez, écoutez, mes gêné: aux suédois ! — Fermez au plus tôt les portes de la ville, saisissez au plus tôt le tsar blanc. >

> Mais notre père le tsar ne s'effraya de rien. Il avait deviné toutes les pensées des Suédois ; il se jeta dans la maison d'un paysan : — < Prends de l'argent, paysan, prends à volonté, — et conduis-moi sur le rivage de la mer bleue. > — Le paysan en tonte hâte le conduisit à la mer bleue; en toute hâte le tsar monta sur le vaisseau ; — il cria à ses soldats, à ses matelots : c — Enfants, plus d'ensemble dans vos efforts 1 — : plus de vitesse à ramer, plus de vitesse à voguer ! >

306 hX RUSSIE ÉPIQUE.

Le prétendu danger qu'aurait couru le tsar sur la terre allemande est devenu un motif sur lequel la fantaisie populaire aimait à revenir. Voici un conte, reproduit par MM. Bezsonof et Solovief . On y remarquera des intentions hostiles aux nobles russes, qu'on y présente comme les ennemis de Pierre, tandis que son sauveur est un homme du peuple; on y remarquera aussi de singuliers points de rapprochement avec le joli conte de Perrault, où TAdroite Princesse pousse le méchant prince Riche-Cautèle dans le tonneau hérissé de clous qu'il avait préparé pour elle.

c Lorsque le tsar et ses familiers étaient de Tautre côté de la mer; et qu'ils allaient dans la terre allemande, Ils arrivèrent à Stekoln^ et dans la terre allemande le royaume de Siekoln est gouverné par une demoiselle. Et cette demoiselle maltraita le tsar, le mit dans une poêle ardente, et, Payant ôté de la poêle, ordonna de le jeter en prison. Quand ce fut la fête de la demoiselle, les princes et les boîars (de Suède) commencèrent à lui dire : — « Accorde-nous, ô reine, la liberté du tsar. » — Et elle leur dit : — « Allez, regardez, et, s'il vit encore; je le mets en liberté à votre prière. » — Les princes et les boîars ayant été regarder, lui dirent : — « Reine, il est vivant. » — Et elle leur dit : — « PuisquMl est vivant, prenez-le. » — Et eux, l'ayant pris, le mirent en liberté. — Il alla trouver nos boîars ^es Russes}, et nos boîars firent le signe de la croix; puis ils plantèrent des clous à Pintérieur d'un tonneau et se proposèrent de mettre le tsar dans ce tonneau. Un strélitz devina leur projet, courut chez le tsar, qui était sur son lit, et lui dit : — < Tsar, notre seigneur, daigne te lever et f en aller. Tu ne sais pas ce qu'on trame contre toi. > — Lui, le tsar, se leva et s'en alla. Alors le strélitz se coucha sur son lit, à sa place. Les boîars vinrent, enlevèrent ce strélitz de dessus le lit, le mirent dans le tonneau, et le jetèrent à la mer. »

Pour la masse du peuple russe, nul doute que le souverain n'eût échappé à la sirène de la Smorodina, à la Circé de Stèkolny k tous les pièges de ses ennemis.

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Voyez-lé, dans une de ces chansons, voguer à pleines vôîles loin d'une terre perfide :

c Chez nous, sur la mer bleae, — voguait, fuyait le navire aux flancs vernis, — le navire à la belle parure, — le navii;p orné de perles. — Tous ses agrès étaient de soie, — tous ses matelots étaient des colonels, — tous ses passagers étaient des généraux.

— A la proue se tenait le tsar orthodoxe, — le tsar orthodoxe, Pierre Alexîévitch; — au gouvernail est assis un jeuùe Allemand.

— nîiiit, le navire, loin de la terre suédoise, — vers notre mère, là sainte Russie. »

Pierre le Grand avait aussi des ennemis dans le peuple. Sa passion pour les choses européennes, ses violentes entreprises sur les institutions, les mœurs, le tostume national, avaient armé contre lui les conservateurs et les fanatiques. De là ces conspirations qui laissent leur trace de sang à toutes les pages de son histoire ; de là les révoltes des strélitz, insurrection d'Astrakhan, le soulèvetntent des cosaques du Don; de là ces complots qui avaient des ramifications jusque dans sa famille, qui amenèrent la répudiation de sa première femme et la mise en jugement de son fils aîné. La haine contre les réformes se manifestait surtout par la propagation de bruits malveillants, de noiiVeUeô sinistres. Écoutez ce prêtre qui s'entretient avec Tofficiér en retraite Anika Akimitch Popof : « La vie est dure aujourd'hui, dit le prêtre; les anciens impôts sont levés à la rigueur, et par surcroît les gens de finance se sont ttiis à percevoir des droits sur les bains, sur les cabanes, sur les moulins, sur les abeilles; on défend de couper le bois, de pêcher dans la rivière, et il est écrit que TAntechHst ne tardera pas à naître de la race de Danovo. » Et Anika de répondre : « L'Antéchrist est né. Ecoute bien : la race de Danovo s'explique par la race tsarienne. Pierre est né, non pas de la première femme d'Alexis, mais de la seconde : donc il est né d'un adultère, la pre-

mière femme étant la seule légitime. » Et le prêtre concluait sur cette remarque : « Il est écrit dans les livres que sous le règne de TAntechrist il y aura de terribles charges sur le peuple, et maintenant les temps sont durs. »•

La fondation de Pétersbourg, suivie de Tabandon de Moscou, acheva d'aigrir les esprits. Tous les jours on prédisait que cette ville allemande, bâtie par des mains hérétiques, allait disparaître : un jour, on chercherait vainement sous les eaux la place de cette cité maudite par Dieu, et les grandes inondations de 1715 et de 1721, où Pierre manqua de se noyer (sur la Perspective Nevski !), semblaient donner quelque fondement à ces rumeurs. Ce n'était pas Tassez de représenter le tsar comme TAntechrist et sa mère Natalie comme la fausse vierge^ la femme adultère des prophéties; suivant d'autres, elle n'aurait même pas été la mère du prince : elle ne serait accouchée que d'une fille, à laquelle on substitua le fils d'une boïarine. Comme cette version, qui le faisait encore naître d'une Russe, n'expliquait pas son goût pour les habits allemands, les constructions allemandes, les femmes allemandes, comme Anna Moëns et Catherine, on contait qu'il n'était fils ni de son père ni de sa mère, qu'il était fils du Genevois Lefort ou d'un chirurgien allemand C*>.

Le voyage en Occident ne pouvait manquer d'être exploité par les malveillants. — « Oui, disait-on, Pierre était tombé entre les mains de la reine de Suède, mais il y était resté. On nous, avait changé le tsar non plus en nourrice, mais en voyage. Celui qui était sorti de prison, ce n'était pas le fils d'Alexis, mais un faux Peter^ un Allemand, qui, à peine arrivé dans la terre russe, avait voulu en faire, une Allemagne. Dans la révolte d'Astrakhan, en 1705, on entendait les strélitz et les raskolniks

(I) Solovicf, Tsioria Rossii, t. XY, p. 143, 163: t. XVI, p. 30. — Hernnann, Rustland unter Peter dem Groff«n, Leipzig, i87), p. 107-109.

s'entretenir ainsi dans les rues de la ville : « Le bruit court que le tsar est mort; est-ce vrai? — Oui, on dit qu'il est mort. — Non, il vit, mais il est prisonnier à iStehjHuy attaché à un poteau; celui qui est à Moscou n'est pas le vrai tsar ! »

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