‹ La Russie et l'Eglise UniverselleChapitre 8 sur 46 · S3 LA RUSSIE · texte numérisé non relu

S3 LA RUSSIE

donnent beau jeu à leurs adversaires. Il est facile à ceux-ci de prouver contre les popovtsi^ qu'une société religieuse qui a été pendant des siècles privée de l'épiscopat et qui n'a rétabli en partie cette institution fondamentale qu'à l'aide de procédés anticanoniques ne peut pas être la continuation authentique de l'ancienne Eglise et la gardienne unique de la tradition orthodoxe. Il n'est pas moins facile d'établir contre les bez'popovtsP que le règne de Tantéchrist ne peut avoir une durée indéfinie et que, pour être conséquents, ces dissidents devraient renier non seulement l'Eglise actuelle, mais aussi celle des temps anciens qui, selon leur avis, a été détruite, l'an de grâce 1666 ; car une Eglise contre laquelle les portes de l'enfer ont prévalu ne peut pas avoir été la vraie Eglise du Christ.

Gomme fait historique, le ra»skol avec ses milliers de martyrs manifeste — et c'est là sa grande importance — la profondeur du sentiment religieux chez le peuple russe, l'intérêt vivant que lui inspire l'idée théocratique de l'Eglise. S'il est très heureux d'un côté que la majorité de la population soit restée fidèle à l'Eglise officielle qui, malgré l'absence d'un gouvernement ecclésiastique légi-

* Parti modéré qui, par des moyens illégitimes, se trouve en possession d'un sacerdoce et depuis 1848 même d'un épiscopat (qui a son centre en Autriche, à Fontana Alba).

" Parti radical qui croit que le sacerdoce et tous les sacrements, excepté le baptême, ont complètement disparu depuis 16G0.

ET l'Église universelle 29

time*, a gardé néanmoins la succession apostolique et la validité des sacrements, il serait d'autre part déplorable que le peuple russe tout entier se contentât de cette Eglise officielle telle quelle : cela prouverait à coup sûr qu'il n'a aucun avenir religieux à espérer. La protestation véhémente et tenace de ces millions de paysans nous fait prévoir la régénération de notre vie ecclésiastique. Mais le caractère essentiellement négatif de ce mouvement religieux est une preuve suffisante que le peuple russe, aussi bien que toute autre puissance humaine abandonnée à ses propres moyens, est incapable de réaliser son idéal suprême. Toutes ces aspirations et toutes ces tentatives vers une Eglise véritable ne dénotent qu'une capacité religieuse passive qui, pour se réaliser effectivement dans une forme organique déterminée, attend un acte de régénération morale venant de plus haut que l'élément purement national et populaire.

Si l'Eglise officielle gouvernée par un employé civil n'est qu'une institution d'Etat, une branche secondaire de l'administration bureaucratique, — l'Eglise rêvée par nos dissidents ne serait tout au plus qu'une Eglise nationale et démocratique. C'est

* La nomination de tous nos évêques se fait d'une manière absolument prohibée et condamnée par le troisième canon du septième concile œcuménique, — canon qui, au point de vue de notre Eirti>e (Mlf-iïièire n'a jamais pu être abrogé (faute de conciles œcuméniiiues ultérieurs). Nous aurons encore à revenir sur ce sujet.

Page 1