POLONAIS
dants, à l'est, et au sud par des peuples turcs ou finnoturcs, Bulgares de la Kama, Khasars, Petchenègues et autres.
Entre les races sla\onnes, les Polanes ou Polonais de la Vistule, et toutes les tribus de l'ouest, maintiennent leur indépendance contre les Rurikovitches (fils de Rurik), dont les conquêtes ont rompu pour la première fois l'unité de la race des Slaves'.
La prépondérance, parmi les Slaves de Pouest, appartient d'abord aux Moraves, dont l'empire passager se déploie de Cracovie jusqu'à Prague, à Bude et à la Bukowine^; puis, cet empire dissous, elle passe aux Polonais de la Warta (Gnezna, Posen), qui s'adjoignent, au dixième siècle, la Mazovie (où s'éleva plus tard Varsovie) et la Petite Pologne (Cracovie, etc. ) . Les Polonais entrent tantôt en alliance, tantôt en lutte avec les princes rurikovitches ou varègues-russiens. Au commencement du onzième siècle, le roi de Pologne Boleslas le Brave, appelé successivement par les Bohèmes et par un des princes rurikovitches, est reçu tour à tour comme suzerain à Prague et à Kief, mais ne s'y maintient pas. Le royaume de Pologne de ce temps flotte, pour ainsi dire, dans tous les sens, gagne, reperd, ne se concentre pas; c'est comme un fleuve qui déborde et rentre tour à tour dans son lit, c'est-à-dire dans le bassin de la A'istule et celui de la Warta et du haut Oder.
Slaves de la Vistule, Slaves duDniéper, Slaves du lac Ilmen (Novgorodiens), avaient tous, à cette époque, embrassé le christianisme, et les Varègues-Russiens (Rurikovitches) avaient suivi l'exemple de leurs sujets slaves. Les Yarègues
' Nous ne parlons pas des Slaves du midi, Serbes, Croates, etc., séparés de leurs frères d'origine par la Hongrie et qui eurent une destinée à part.
- Nous disons les Moraves pour nous conformer à l'usage. Le terme d'empire morave est pou exact; le centre élnit chez les Slovaques, au sud des Carpathes. dans la Hongrie actuelle.
finirent aussi par adopter la langue slavonne', moins promptement toutefois que leurs parents, les Normands de France, dans une situation analogue, n'avaient accepté la langue romane, c'est-à-dire le français. La rcWolution religieuse, commencée,d'un côté dans l'empire morave, de l'autre sur leDniéper, sous l'inlluence de missionnaires grecs, dans la seconde moitié du neuvième siècle, était achevée avant la fin du dixième; mais elle ne dépassa qu'avec une peine extrême les limites des tribus slaves. Les populations finnoises, vassales des Rurikovitches, résistèrent très longtemps à rintroduction de la foi chrétienne. Au temps du chroniqueur Nestor, dans les premières années du douzième siècle, les Tchoudes du golfe de Finlande et les Vcs, les Méras, les Mouromas, qui occupaient la partie septentrionale du gouvernement actuel de Novgorod et la majeure partie des gouvernements de Tver, de Moscou (l'emplacement de la cité actuelle de Moscou compris), de Riaizan, avec d'autres territoires plus à l'est (Vladimir, Jaroslafetc), étaient encore plus ou moins complètement païens, mêlés de musulmans et de juifs, et conservaient leurs dialectes finnois. Ces tribus avaient un commencement de civilisation et quelques villes; mais, quoiqu'elles fussent soumises aux descendants de Rurik, on les considérait à peine comme faisant partie de la Ronss ou Russie, nom attribué de préférence aux provinces slaves et chrétiennes des Varègues-Russiens, et, par excellence, à la région de Kief "^ Un des petits États rurikovitches établis parmi ces Finnois était la principauté deSouzdal, qui avait son centre dans le gouvernement actuel de Vladimir; un prince rus-
* La forme slave du nom de Riirikovitclies l'indique.
* Voyez Karamsine, Histoire de Russie, trad. française, t. II, p. 291; 1819. — Nestor qualifie ces peuples, et d'autres de même origine, de « païens payant tribut à la Rouss. » V. Schnitzler, t. II, p. 558 — I^s Mouromas, la plus méridionale de ces peuplades, ne furent que très-imparfaitement soumis aux Rurikovitches jusqu'au commencement du treiïième siècle.
sien, Youii Dolgorouki (Georges Longuemain), y fonda Moscou, un peu avant le milieu du douzième siècle', sur une terre dont il avait fait périr le possesseur pour s'emparer de son bien.
Ceci mérite une grande attention. Nous touchons aux vraies origines moscovites.
Et d'abord signalons le sens attribué au nom de Moscou : Moskva, que nous écrivons Moscou pour nous conformer à l'usage, viendrait de Mokclia, qui aurait désigné, chez les populations primitives de ces contrées, le campement central, le point de réunion de la horde. Chaque tribu mérienne aurait eu son Moskva. Un certain nombre de localités ont, en effet, conservé ce nom dans la Moscovie ou Grande Russie.
Youri Dolgorouki, fondateur de Moscou, propage la religion chrétienne parmi les Finnois, bâtit des villes, se fait un instrument de ces populations, prépare une politique nouvelle que développera après lui son tîls André de Bogoloub, né d'une mère tartare, d'une polovtse. Cet André mérite dans l'histoire générale une place dont l'importance n'avait pas été suffisamment appréciée jusqu'à nos jours. Jusqu'à lui, les princes rurikovitches se disputaient la métropole des Slaves orientaux, Kief, la ville aux quatre cents églises, et la suprématie était attachée sans conteste à la possession de cette cité mère, de cette Constantinople du Dnieper, comme l'appelaient orgueilleusement les Slaves.
André fit une révolution décisive. Après avoir fortement établi sa base sur tout le pays russo-finnois, il lança contre la région du Dnieper une armée en majorité finnoise et tartare*, qui prit et saccagea Kief (H69), puis il se fit pro-
' Avant 1147.
- Ces Tartares étaient les Polovtsi ou Coumans, tribus qui dominaient alors sur le Don et la mer Noire.