GAZETTE UE MOSCOU
répète d'un bout à l'autre de l'empire. « Le terrorisme d'autrefois, dit Ilerzen, n'avait jamais offert de festival à Carrier ! » Aujourd'hui, après les dix-huit mois de son horrible campagne, les corporations de Moscou et de Nijni-Novgorod lui expédient des adresses le jour de sa fête, comme elles feraient au tsar luimême, et le plus éminent personnage de l'Église orthodoxe, un homme de lumière et de science, dit-on, mais non pas de tolérance (les raskolniks en savent quelque chose), le métropolitain Philarète lui envoie par un de ses dignitaires un message de félicitations !
Toute réflexion serait au-dessous d'un tel spectacle.
L'œuvre de Herzen est un essai d'histoire littéraire se terminant par des scènes du lendemain de la Saint-Barthélemi en plein dix-neuvième siècle.
« Où est dans tout cela la littérature? dit-il lui-même... Rien n'a surgi de ces vagues lourdes et noires, de cette marée de sang. »
Où est la littérature russe? — Il a dit où est la majorité ; à part quelques-uns qui se taisent, la minorité est en prison ou en Sibérie. — Un des derniers écrivains qui aient gardé parmi cet affreux vertige l'honneur des lettres et de l'humanité, Tchernychevsky, vient d'être envoyé aux travaux forcés dans les mines de Sibérie, après avoir été exposé au pilori sur la place publique^ !
« Vous avez exposé, s'écrie Herzen, vous avez exposé Tchernychevsky au pilori pendant un quart d'heure ! Mais vous-mêmes, pendant combien d'années y resterez-vous attachés avec la Russie que vous y avez traînée avec vous ! »
' Un autre écrivain distingué, Michaïlof, est mort depuis aux mines de Kertschinsk, et le tsar a frappé de disgrâce les employés qui lui avaient témoigné quelque pitié.
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