RÉPONSES AUX OBJECTIONS
covites substituée à celle de Russes. » {L'Empire des 2'sars,t. 111, pages 129-130.)
Non certes, cette dénomination n'est pas une insulte ; mais on veut faire considérer le nom géographique de Russes comme synonyme du nom ethnographique de Slaves. Nous protestons contie cette synonymie, par la raison que la dénomination de Rnsses a été donnée, sans distinction d'origine, non-seulement aux peuples qui ont été soumis à la dynastie de Rurik, mais encore à ceux qui plus tard ont été conquis par la dynastie de Romanoff. C'est pour éviter toute confusion que nous engageons les ethnographes à réserver le nom de Moscovites, qui fut en usage jusque vers la fin du siècle dernier, pour désigner la population turque et finnoise de iiotrc quatrième Russie.
Deuxii'ME objection. — « Cest en partie de Kiev, de Novçjorod et de Pskov, que la Moscovie a reçu sa population ; elle en était la fille par la langue, la religion et les mœurs. » {L'empire des Tsars, tome III, page 56.)
Le premier point à examiner, c'est de rechercher dans quelle proportion l'élément slave est entré dans la composition de la population de la Souzdalie (notre troisième Russie). A l'exemple des historiens moscovites les plus estimés , M. Schnitzler a constaté qu'au treizième siècle le slavisme et le christianisme n'étaient guère représentés, dans ce pays, que par les princes rurikovitches déjà slavisès, et par leur entourage plus ou moins nombreux venu du Dnieper ; il faut, de plus, compter les marchands que le développement du commerce attirait dans les villes nouvellement fondées ou agrandies ; puis les missionnaires et les prêtres envoyés, surtout de Kiev, pour propager tout à la fois la langue slavonne et la religion du Christ. Vers la fin du quinzième siècle, à l'époque de la conquête définitive de Novgorod et de Pskov, 8,000 à 10,000 citoyens de la première république et environ 2,000 de la seconde furent transportés à Moscou, Vladimir, Mourom, etc., et remplacés dans leur patrie par un nombre égal de Moscovites. .Ajoutons encore les colonies novgorodiennes de la Dvina et de la Viatka, et nous obtiendrons le total excessivement faible des Slaves qui ont trouvé des établissements dans les villes de l'ancien duché de Moscovie et de l'ancienne Biarmie ; quant à
la population ouralienne des campagnes, elle est restée à peu près pure de tout mélange avec l'élément slave.
Selon M. Schnitzler, c'est surtout Novgorod et Pskov qui auraient le plus contribué à slaviser les 40,000,000 de Moscovites actuels. Or, les deux gouvernements de Novgorod et de Pskov, dont le territoire offre une étendue beaucoup plus considérable que le territoire slave des deux républiques de ce nom, renferment à présent moins de 1,700,000 âmes, dont la moitié à peine appartient à la race slave, et l'autre moitié aux descendants de la tribu finnoise des Vès. Il est plus que probable que la population de ces deux territoires n'a jamais été plus dense qu'aujourd'hui; et cependant c'est cette population slave inférieure à 1,000,000 d'àmes qui aurait fourni, presque seule, des colons assez nombreux pour faire couler le sang slave dans les veines de la minorité des Moscovites (duché de Moscovie) , puis dans celle de la majorité (vallées du Don et du Volga) !
Nous doutons qu'un homme sérieux, qui se donne la peine d'étudier à fond les arguments de nos contradicteurs, admette leur conclusion si faiblement étayée; il se ralliera certainement, de préférence, à l'opinion précitée de Karamsin, admettant que les tribus finnoises de la Souzdalie « se changèrent en Slaves, en adoptant la langue, la leligion et les coutumes (il se garde bien de dire les mœurs) des Slaves. » Si donc la Moscovie est la fille de Kiev, de Novgorod et de Pskov, par la langue et par la religion, pour nous servir de l'expression de M. Schnitzler. elle ne l'est ni par l'origine ni par les mœurs, qui sont restées touraniennes. En effet, les Slaves, en bien petit nombre, qui se sont mêlés à divei'ses époques avec les Moscovites, ont été absorbés dans la masse indigène, et leurs descendants sont devenus de véritables Tourans sous tous les rapports.
Troisième objection. — « N'est-ce pas vraiment prendre une peine inutile que de vouloir ■prouver que la Russie s'appelle légitimementla Russie? Sur près de 10,000,000 d'habitants, 55,000,000 ij parlent la languej^usse, l'idiome national-, et généralement dans toute sa pureté, telle qu'elle s'écrit^ et non pas dans des patois ou jargons^. Pour prouver le mouvement, un philosophe de l'antiquité,
' Pour former son chiffre de 55 millions, M. Schnitzler ad,joint à la niasse