LES LITHUANIENS
slave, quoique parent de la famille slavonne, et demeuré encore païen, qui fut le glorieux agent de cette révolulion. Les Lithuaniens, qui n'avaient joué, jusqu'au treizième siècle, qu'un rôle assez obscur dans l'histoire, s'élancèrent du fond de leurs forêts, conduits successivement par plusieurs générations de héros, débordèrent sur les provinces slavo-russiennes, soumirent à leur suzeraineté ou absorbèrent par des mariages les princes de ces contrées, auparavant vassaux du grand khan, et firent disparaître la domination tartare jusqu'aux bouches du Dnieper et même jusqu'au Don. Le grand-duché de Lithuanie s'étendit de la Baltique à la mer Noire, englobant toutes les principautés slavo-russes de l'ouest et du sud, et refoulant les Moscovites au delà de l'Ougra et de la haute Oka, occupant ainsi à l'est, avec tout le gouvernement actuel de Smolensk, la moitié occidentale et méridionale de ceux deKalouga, de Toula et d'Orel, extrême limite de la race slave vers l'orient'.
Les républiques slaves du Nord, Novgorod, Pskof% reconnurent la suprématie des Lithuaniens. De toute la Russie slave, la Gallicie proprement dite, ou Russie Rouge, fut seule à leur échapper : elle s'était donnée volontairement au royaume de Pologne, dont elle avait primitivement fait partie, puis auquel elle était revenue à diverses reprises. Ses princes, qui avaient aspiré au commandement de la Russie slave tout entière et qui avaient pris le titre de rois de Russie, n'ayant pu échapper à la vassalité tartare, la Gallicie, pour briser cette vassalité, avait mieux aimé se refaire polonaise que de se faire lithuanienne (1540).
Les Lithuaniens, à l'ouest, disputaient avec succès aux Polonais la Volhynie et la Podolie, au sud, pénétraient jusqu'en Crimée, au nord, entraient par deux fois dans Moscou.
' Si toutefois les Viatitches étaient Slaves, ce qui est contesta. - Pskof, longtemps dépendante de Novgorod, s'en était séparée.
L'extrême disproportion entrcles forces réelles des Lithuaniens et l'étendue de leurs succès indique assez que les populations favorisèrent une conquête qui était une délivrance. Les princes lithuaniens adoptèrent la langue et les coutumes de leurs sujets slaves, comme avaient fait jadis les princes Scandinaves, et ce fut une vraie renaissance pour ces peuples que d'échanger contre de tels chefs le joug abrutissant de la horde. L'origine des princes lithuaniens explique peut-être la facihté avec laquelle ils se slavisèrent et se firent accepter des Slaves. On dit qu'ils étaient issus des kniaz de Polotzk, branche des Rurikovitches qui, descendus, par les femmes, d'anciens chefs slaves, avaient toujours été en opposition avec les autres héritiers de Rurik et qui, expulsés par ceux-ci en 1127, auraient été rappelés par les Lithuaniens, auraient pris des noms lithuaniens et embrassé le paganisme.
Les grands événements où les Lithuaniens occupaient le principal rôle avaient rempli le quatorzième siècle. Un événement plus grand le termina. Les Lithuano-Russiens et les Polonais étaient environnés de puissances ennemies : au nord, les chevaliers teutoniques, qui, fondés pour défendre la chrétienté, n'étaient plus qu'une avide aristocratie conquérante; à l'est, les Moscovites et leurs suzerains lesTartares;au midi, les Turcs, qui devenaient formidables, menaçaient de toutes parts ces deux peuples ; leurs affinités morales et leurs communs intérêts, le sentiment des mêmes périls et d'une grande mission à poursuivre ensemble, la défense de l'Occident contre les invasions asiatiques, les décidèrent à s'associer au lieu de continuer à se combattre. Un premier pacte avait eu lieu entre eux en \ 550.
En 1586, s'accomplit le fait capital de l'histoire slave, l'alliance de l'aigle blanc de Pologne et du cavalier de Lithuanie, l'association volontaire des deux peuples polono-gallicien et lithuano-russien. La reine de Pologne Hed-