‹ La Russie et l'EuropeChapitre 15 sur 119 · POLOGNE ET LITHUANIE · texte numérisé non relu

POLOGNE ET LITHUANIE

wigc, issue de la maison française d'Anjou, épousa Jagellon ( Jagaïlo) , grand-duc de Lithuanie, qui se fit chrétien. L'union ne fut d'abord que persojinelle entre la reine et le grandduc : elle devint bientôt nationale, et les deux peuples se marièrent indissolublement comme leurs princes. L'assemblée de Horodlo (1413), présidée par Wladislas Jagellon, « roi de Pologne, prince souverain de Lithuanie et seigneur et héritier de Russie, » décida « l'incorporation, confédération et annexion à perpétuité de la Lithuanie à la couronne de Pologne. » Il y eut sans doute maintes fois des tiraillements et des querelles entre les diverses parties du nouvel État, et leurs liens, trop faiblement serrés, ne permirent pas d'ordinaire une action commune d'une suffisante énergie; mais, sauf en ce qui regarde quelques contrées du sud-est au delà du Dnieper, l'union n'a jamais été volontairement rompue. Elle se resserra puissamment par la fusion des deux diètes polonaise et lithuano-russienne en 1569.

La puissance polonaise se forma ainsi par voie d'agrégation volontaire et non de conquête : la Pologne, très guerrière, ne fut nullement conquérante; ce principe de formation manifeste essentiellement le génie de ce peuple, tout de liberté et d'individualité, de fédération et de diversité. La Pologne est, en idée comme en fait, l'antithèse absolue de laMoscovie. Les diverses parties du corps politique polonais sont des êtres vivants qui s'associent de leur plein gré ; certaines de ces parties se séparent sans obstacles, comme la Silésie, qui, au quatorzième siècle, s'est donnée à la Bohême, avec laquelle elle avait plus d'affinité.

L'Etat polonais poursuit glorieusement son but : la défense de l'Europe chrétienne. Un moment, l'association s'étend largement par l'accession d'un nouveau peuple étranger aux Slaves; les Hongrois s'unissent sous un môme

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prince aux Polonais et aux Lithuaniens, pour défendre contre les Turcs Constantinople, abandonnée de l'Occident. Le vaillant roi Wladislas IV succombe à Varna dans cette entreprise (1444) ; Constantinople ne peut être sauvée ; mais les Polonais et les Hongrois, secondés par l'opiniâtre résistance des Serbes et des Roumains, empêchent du moins les Turcs dedéborder sur l'Europe centrale.

La Hongrie se sépare : l'État lithuano-polonais continue de s'accroître ailleurs. L'année 1466 voit la réunion de la Prusse occidentale à la couronne de Pologne et la soumission de l'ordre teutonique, qui rend hommage au roi de Pologne pour la Prusse orientale, en renonçant à la possession de l'autre moitié de cette contrée. L'ordre teutonique n'avait cédé qu'à la force ; mais les chevaliers teutons n'étaient que les conquérants de pays lithuaniens et slaves, et leurs sujets, même les colons allemands, qui favorisaient les Polonais contre eux, avaient contribué à les obliger de céder; il n'y eut donc pas là une vraie dérogation au principe de formation de la Pologne.

La dernière des grandes acquisitions polonaises, celle qui acheva de constituer le territoire de la république, la réunion de la Livonie et de la Gourlande, fut, quant à elle, totalement volontaire; le plus ancien des ordres militaires, allemands, l'ordre des chevaliers porte-glaives, accablé par l'invasion moscovite, appela les Polonais, et, d'accord avec ses sujets lithuaniens et finnois, résigna tous ses droits dans les mains du roi et de la république de Pologne (1561).

Le point culminant de la société politique polonaise est marqué par le grand acte d'union de l'an 1569 entre les quatre peuples qui composent la république: Polonais, Lithuaniens, Russiens et Prussiens (ces derniers formés d'un mélange de Slaves, de Lithuaniens et d'Allemands).

L'union, fondée sur la liberté politique, est couronnée par

MOSCOVIE. /tf,

lu liberté religieuse, que proclame la Pologne à une époque où la France et le reste de l'Europe sont livrés à toutes les fureurs des guerres de religion. Les protestants et les grecs n'obtiennent pas seulement on Pologne la liberté de culte, mais le libre accès aux plus hautes dignités de la république.

Ceci se passe l'année même de la Saint-Barthélemi (1572). C'était le dernier mot du génie de la Pologne dans son développement logique.

Tandis que la Russie Slave se réunissait à la Lithuanie et à la Pologne, et restait, dans ses relations comme dans ses mœurs, dans ses qualités comme dans ses défauts, un peuple de la famille européenne, la Russie finnoise, ou, si l'on veut, slavo-finnoise, en tant que slavisée par la langue, suivait d'autres destinées dans la voie que lui avait ouverte André de Bogoloub et où l'avait confirmée la domination tartare. La Souzdalie était devenue la Moscovie, depuis qu'un kniaz de Moscou, Youri (Georges) Danielowitch, marié à la sœur du khacan des Mongols, eut obtenu de son redoutable beau-frère la mort et l'héritage du grand-prince, son suzerain nominal. Ivan P"", fils de Youri, transféra de Vladimir à Moscou le siège de la grande-principauté 132(8), et rétablit l'espèce de monarchie fondée jadis par André de Bogoloub et brisée par le fait de l'invasion mongole, monarchie indépendante autrefois, mais alors monarchie esclave. « Ivan Kalita, » dit l'historien russe Karamsine, « devint réellement le chef de tous les autres princes*, bien moins par la force de ses armes que par la protection du khacan Usbeck, dont il sut gagner l'amitié à force de présents et de flatteries. »

« Notre existence politique et notre religion ^, » dit en-

' Des Rurikovitches de la Souzdalie.

* IjG schisme grec ou l'orthodoxie gi'ecquc, comme on dit, suivant le point de vue où l'on se place.

core Karamsine, « doivent leur salut à Moscou, et Moscou elle-même est redevable de sa grandeur aux Mongols. »

Elle n'a que trop bien profité des leçons de ses initiateurs.

C'était pour faciliter l'exercice de leur propre suprématie que les despotes tartares avaient restauré l'unité de la grande-principauté souzdalienne. L'instrument de domination fabriqué par les maîtres étrangers finit par se retourner contre eux aux jours de leur décadence. Après maintes révoltes suivies de nouvelles invasions et de nouvelles calamités \ les grands-princes de Moscovie réussirent enfin à briser le joug des khacans de la horde dorée ou du Kapt' chak, qui ne commandaient plus qu'à un débris de l'immense empire des Gengiz-Khan et des Tamerlan, démembré par les révolutions de l'Asie.

Une autre ère commence pour la Moscovie avec Ivan III, qui fonde matériellement une grande puissance et donne moralement à l'autocratie un caractère complexe et propre à ouvrir aux ambitions moscovites un horizon sans bornes. Il soumet à la suzeraineté de Moscou le tsarat de Kazan, un des royaumes tartares formés des lambeaux de l'empire mongol (1469), puis il refuse définitivement le tribut au khacan de la grande horde, qui achève bientôt de se dissoudre (1480). Il épouse la nièce du dernier des empereurs grecs (1472), mort sur la brèche de Conslantinople, prend pour armes l'aigle impériale de Byzance, l'aigle à deux têtes, et, ne se contentant plus du titre de grand-prince (veliki-kniaz), s'attribue systématiquement le vieux titre oriental de tsar, que les Slaves donnaient aux empereurs

* L'épisode le plus remarquable de cette période est la grande victoire remportée sur les Tartares aux bords du Don par le veliki-kniaz Dmitri, qui y gagna le surnom de Donskoï (1380). Deux ans après, un lieutenant de Tamerlan reparut en Moscovie, brûla Moscou et força Dmitri de rentrer sous le joug. Ce même Dmitri abolit la seule institution libre des Moscovites, l'élection populaire des chefs militaires appelés Tissialchskijs.

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