IVAN LE TERRIBLE
grec el duritelalin, il s'était emparé de Briansk, de la Sé- ■véi ie, de presque toute la rive orientale du Dnieper (la Petile^Russie actuelle), encore gouvernée en majeure partie par des princes rurikovitches, vassaux delà Lithuanie. Une trêve conclue en 1509, après la mort d'Ivan III, laissa les Moscovites en possession de ces provinces.
Ils ne s'en contentèrent pas : en 1515, Vassili, fils d'Ivan III, se saisit de Smolensk, que les Polonais ne purent reprendre, et dont les habitants furent contenus par la terreur et les massacres. Ivan le Terrible, fils de Vassili, continua son père et son aïeul : il prit Polotsk et Dunabourg; le haut Dnieper et la haute Duna étaient envahis (1563).
La Pologne et la Lithuanie, que réveillait enfin le péril, resserrèrent leurs liens par l'acte de fusion de 1509; la masse de la petite noblesse lithuanienne s'unit aux Polonais pour forcer la main aux magnats, adversaires de l'union. La liberté fit barrière au despotisme asiatique, et un victorieux retour, préparé par le sage roi Sigismond- Auguste, éclata sous son vaillant successeur, Etienne Batori. Dunabourg et Polotsk furent repris, et non-seulement la Duna fut dégagée, mais Ivan le Terrible, pour obtenir la paix, dut reconnaître les droits de la Pologne sur la région maritime au nord de la basse Duna, sur la Livonie entière (1577-1582). Ce tyran modèle, après avoir usé les ressorts du despotisme par les excès de son frénétique délire, mourut vaincu et humilié: il avait vu, en 1571, Moscou brûlé et sa population exterminée par une brusque invasion des Tartares de Crimée, qu'il avait été incapable d'arrêter et qui, après la chute de Kazan et d'Astrakhan, continuèrent longtemps à faire échec aux Moscovites.
La Moscovie, cependant, gardait encore les conquêtes d'Ivan III et de Vassili, lorsque l'anarchie succéda chez elle
à la tyrannie. La dynastie rurikovitche éteinte (1598) et remplacée sur le trône par l'assassin du dernier descendant de Rurik, deux imposteurs (les fauxDmitri ou Démétrius) se présentent successivement comme fils du fils d'Ivan le Terrible, et, soutenus par des expéditions polonaises, soulèvent le peuple en évoquant cette elfrovable mémoire qui, chez toute nation européenne, eût été unanatlième. Le premier des faux Dmitri est couronné, puis renversé et massacré, et ses auxiliaires polonais sont chassés de Moscou. Une armée polonaise y rentre bienlôt victorieuse, et Wladislas, fils du roi de Pologne Sigismond IV, est proclamé tsar au Kremlin (1605-1610). Les Moscovites, aidés par une diversion des Suédois, qui disputent la Livonie à la Pologne, parviennent à rejeter les Polonais hors de la Moscovie (1611-1612) et choisissent pour tsar le chef de la maison de Romanof; mais Smolensk et toutes les anciennes provinces slavo-russes au delà du Dnieper, la Sévérie, Pollava, etc., ont été recouvrées dans la lutte, et la trêve de 1618 les laisse pour quatorze ans à la Pologne. Une tentative malheureuse du tsar pour reprendre Smolensk à la fin de la trêve ramène le roi de Pologne Wladislas IV au cœur de la Moscovie, et Wladislas dicte au tsar, près de Viazma, cette glorieuse paix de Polanof, par laquelle Michel Fédorovitch, reconnu par le roi de Pologne en qualité de tsar autocrate de toutes les Russies moscovites, renonce à toutes prétentions sur « les Ruthénies, qui appartiennent ab antiquo à la Pologne * (1654). »
Le traité de Polanof est le point culminant de la puissance territoriale de la Pologne. La même année, les Turcs et lesTartares, qui avaient envahi les provinces russiennes, en sont chassés par deux victoires.
Ce laite glorieux touchait de bien près à la décadence.
• C'est-à-dii e à la république unie de Pologne et de Litliuanie. Uiitheni est, au moyen âge, la forme latine du nom de Russes ou Russiens.
LA SOCIÉTÉ POLONAISE. al
Un triple mal rongeait les entrailles de la république polonaise : un mal social, l'asservissement des paysans ; un mal politique, l'anarchie nobiliaire; un mal religieux, l'invasion de l'esprit de persécution.
Quelques développements sont ici indispensables. Les Slaves de Pologne, peuple primitif demeuré pendant bien des siècles dans sa condition primordiale, n'avaient pas, derrière eux et sur eux, comme notre plèbe du moyen âge, la triple chaîne de la clientèle gauloise, de l'esclavage romain et du servage féodal. Durant bien longtemps, il n'y eut point de démarcation tranchée entre la masse agricole et la noblesse, c'est-à-dire la classe exclusivement vouée aux armes, qui s'était formée au-dessus de la masse. Le régime féodal n'exista jamais en Pologne. Le paysan {bneton) était libre et pouvait être propriétaire, le terrain vague qu'il défrichait devenant sa propriété; il cultivait les terres du domaine public ou celles des particuliers, soit comme fermier à temps ou à vie, soit comme possesseur héréditaire moyennant un cens et des services déterminés ; il changeait de résidence et quittait la terre aussi librement qu'il s'y étaitétabli. Iln'yavaitpas d'autreslois ni d'autres juridictions pour lui que pour le noble, et non-seulement il portait les armes, mais il lui suffisait, pour devenir noble, d'avoir cheval de guerre et armure de chevalier. L'esclave même, c'est-à-dire le captif pris à la guerre ou le condamne pour crime, regagnait la liberté en défrichant un coin de terre.
Ce libre régime s'ahéra peu à peu. Les charges et redevances du paysan furent de plus en plus aggravées, ses droits furent de moins en moins respectés, sous la domination des seigneurs ecclésiastiques et laïques, qui partagèrent le pouvoir avec les rois et les princes souverains, du onzième au seizième siècle. Une révolution politique, qui, à partir du quatorzième siècle, sauva la nationalit
polonaise, par un fatal contraste, empira la condition de la masse agricole. Les rois et les princes, par les inféodations et les démembrements de territoire, germanisaient et dissolvaient la Pologne. Une grande démocratie nobiliaire se forma, qui releva l'esprit national et reconstitua l'unité, subalternisa la royauté et le sénat, conféra la réalité du pouvoir à la chambre des nonces (députés), soumise ellemême à des mandats impératifs. Au seizième siècle, la démocratie nobiliaire, après deux cents ans de progrès, était devenue complètement dominante ; de la Pologne propre • ment dite, elle avait fini par gagner la Lithuanie et les provinces russiennes et par y abattre l'oligarchie princièrequi datait des Rurikovitches. L'union de Lublin, en 1569, avait à la fois entièrement assimilé la Pologne et la Lithuanie et fait disparaître les derniers vestiges de la royauté héréditaire, en statuant que les deux peuples frères auraient à toujours le môme prince élu.
Les services héroïques de la démocratie nobiliaire ont l'ait la gloire de la Pologne pendant bien des générations : ses vices et ses abus devaientjun jour en faire la ruine. C'était une république, mais une république de l'antiquité, avec l'esclavage à la base; une petite nation libre, superposée à un peuple asservi. La noblesse avait arraché les droits politiques aux villes, les droits civils aux paysans. Les députés des villes, qui, aux quatorzième et quinzième siècles, étaient admis aux assemblées nationales et provinciales et aux élections des rois, en furent exclus au seizième siècle. La bourgeoisie polonaise, il faut l'avouer, n'avait point alors cet admirable esprit national qu'elle prouve aujourd'hui par tant de martyrs; l'élément allemand, si considérable dans les villes, n'était que faiblement polonisé, se dispensait, autant qu'il pouvait, du service militaire, et s'enfermait beaucoup trop dans les intérêts exclusivement municipaux, sous l'empire d'une législation urbaine d'origine