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GRECS ET LATINS

provinces russieniies, bien plus nombreuse ù proportion que dans nos pays d'Occident, était polonisée' de langue et latine de rite; le peuple était ruthénien de langue et grec de rite : soit grec-wni, c'est-à-dire reconnaissant le pape; soit grec-orthodoxe, c'est-à-dire adhérent à l'Église byzantine. Les dissidences religieuses s'étaient fort envenimées en même temps que l'oppression sociale avait augmenté.

L'adoption du rite latin parmi les nobles, résultat de l'esprit d'imitation et de la manie d'uniformité, avait été un grand malheur, même au point de vue catholique, et avait creusé entre eux et le peuple une démarcation profonde ^

Pour comprendre comment furent renversés, pour lo malheur de la Pologne, les admirables principes de liberté religieuse proclamés en 1568 et 1572, il est nécessaire de résumer ici l'histoire religieuse depuis l'union de la Pologne et de la Lithuanie.

Lorsque Jagellon embrassa définitivement le christianisme, une partie des Lithuaniens, soit païens, soit de rite grec, passèrent au rite latin avec leur prince; d'autres, avec la masse des Russiens, gardèrent le rite grec. Dès ces premiers temps, la politique de tolérance et celle de persécution, ou du moins de contrainte, furent en présence : Jagellon, par exemple, défendit en Pologne les mariages entre catholiques et schismatiques. Son cousin Vitovte, grand-duc de Lithuanie sous la royauté de Jagellon, laissa, au contraire, toute liberté au rite grec, par une politique qui, si elle eût été toujours suivie, eût ôté toute prise à la Moscovie sur les Russiens. A la suite de la dévastation de Kief par les Tartares, les grands-princes de Moscovie

* Nous disons polonisée et non polonaise, parce qu'elle était en majorité originaire du pays. Du reste, Polonais et Ruthènes s'étaient fort mêlés.

^ Les termes de rite grec et rite latin font illusion sur la vraie question; il faudrait dire rite latin et rite slavon, c'est-à-dire rite étranger et rite national, ce qui est tout autre chose que le schisme grec.

avaient attiré à Vladimir, puis à Moscou, le métropolitain de Kief, déserteur de son siège. C'était une importante victoire gagnée sans combat par le tsarisme naissant, que d'avoir transféré à Moscou le centre religieux de la Ruthénie.

Vitovte, avec autant de vigueur que d'habileté, arracha cette victoire à la Moscovie. Il réunit en concile, à Novogrodek, les évêques gréco-slaves de Lithuanie et de Ruthénie, et leur fit élire un métropolitain de Kief contre le métropolitain moscovite, restaurant ainsi dans ses droits la mère des églises russiennes (1415). L'archevêque de Novgorod reconnut le métropolitain de Kief.

Peu d'années après, l'extrême péril de Constantinople, de plus en plus menacée par les Turcs, provoqua un grand effort pour la réunion de l'Église grecque à l'Église romaine. Les deux Églises de Kief et de Moscou furent de nouveau réunies dans les mains d'un même archevêque, Isidore, consacré à Constantinople et accepté à Rome. Isidore s'entremit avec ardeur à la réconciliation de la papauté et du patriarcat byzantin. On sait que la réunion des deux Églises latine et grecque fut prononcée au concile de Florence (1439). Les évoques russiensy adhérèrent. Le grandprince de Moscovie s'y refusa et chassa le métropolitain Isidore (1440). Kief et Moscou se séparèrent de nouveau; Kief étant grecque-îwue (unie à Rome), tout en conservant le rite gréco-slave; Moscou étant grecque orthodoxe^ c'est-à-dire gardant Vorthodoxie byzantine d'avant la réunion.

Le tsarisme fit un nouveau pas vers son but, la réunion des pouvoirs temporel et spirituel dans les mains du prince, en s'affranchissant de la suprématie religieuse des patriarches de Constantinople, quelques années avant que cette capitale de l'Orient chrétien tombât au pouvoir des Ottomans (1448). Le clergé moscovite, généralement servile sous les

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