LES COSAQUES
différaient peu, étaient moins un peuple qu'une association militaire. Ces guerriers semi-nomades, en face des Moscovites qui ne connaissaient que l'égalité de la servitude, l'égalité de la poussière, les Cosaques, disons-nous, représentaient, parmi les races touraniennes, la liberté dans l'égalité, une liberté improgressive dans une sorte d'égalité communiste'. Il y avait deux principales associations cosaques, l'armée ou horde du Don, qui, aujourd'hui encore, a gardé le type physique des Tartares (des races turques), comme le reconnaît Karamsine, et Tarmée ou horde du Dnieper : celle-ci s'appuyait à un groupe d'une organisation toute spéciale, cantonné à part dans les îles du fleuve, au midi de ses cataractes (])orof/), d'où le nom de Zaporogues, gens d'au delà des cataractes. Les Cosaques du Don reconnaissaient la souveraineté, ou plutôt la suzeraineté du Isar de Moscovie ; les Cosaques du Dnieper, celle de la république de Pologne.
Les Cosaques du Dnieper tiraient leur origine des bandes de Torques (Turcs) et de Bérendées, établies sur ce fleuve, au service des princes rurikovitches, aux onzième et douzième siècles, et d'autres bandes colonisées, au seizième, par Etienne Batori; quoiqu'ils se fussent mêlés d'éléments slaves, et que la corporation Zaporogue appartint à ces éléments, le cadre et, sous beaucoup de rapports, l'esprit de l'association élaient restés tartares. Il eût été possible néanmoins de les poloniser : une nation entière de ces nomades cavaliers, les Madjars, les Hongrois, sont bien devenus européens et se sont transformés dans un esprit trèsanalogue à l'esprit polonais. Les Cosaques du Dnieper,
nés. Ces tribus adigues, ossètes, yasscs, etc., voisines des Tclicrkesses, mais tout à fait différentes d'eux, descendent des Alains et d'autres populations aryenne?, parentes des Modes et desSarmates. Ce sont celles-là que laPaissie déporte en masse, no pouvant se les assimiler.
* La terre et les troupeaux en commun, avec la propriété mobilière pour le reste.
qui avaient bien souvent servi vaillamment la Pologne contre les Turcs, contre les Tartares, contre les Moscovites, demandèrent le droit de vote aux diètes nationales et les privilèges de noblesse (1052). On refusa; on les persécuta comme grecs schismatiques ; on les humilia comme guerriers ; on voulut les réduire en servage. Ils prirent les armes (1637). Leur révolte fut comprimée avec cruauté. On abolit leurs franchises ; on réduisit leur armée à six mille hommes; le reste fut assimilé aux serfs. Les troubles continuèrent. Beaucoup s'enfuirent chez les Moscovites et chez les Tartares.
La révolte recommença en 1648; conduite par un chef d'origine polonaise, elle fut plus heureuse cette fois. Les Cosaques firent appel aux paysans contre les nobles et contre les Juifs, agents des nobles ; la guerre fut bien plus sociale encore que religieuse, ce qui lui donna rapidement une extension immense. Les paysans russiens, grecs-orthodoxes ou grecs-unis, se levèrent en masse pour joindre les Cosaques ; les paysans catholiques latins eux-mêmes sympathisèrent avec les rebelles jusque dans les provinces purement polonaises ; il y eut un soulèvement de paysans dans la Posnanie, le berceau de la Pologne! Par contre, le tsar n'osa d'abord soutenir les Cosaques polonais contre la Pologne, de peur que la guerre servile ne gagnât ses propres terres. Stenka-Radzin et ses Cosaques du Don devaient bientôt montrer que les craintes du tsar n'étaient pas vaines'.
* Stenka-Radzin, après s'être acquis une grande renommée par ses pirateries, d^abord sur le Volga, puis sur la Mer Caspienne, insurgea les Cosaques du Don, prit Astrakhan et marcha sur Kazan(1670). Il faisait la guerre aux popes et aux églises comme aux boyards du tsar, et célébrait des mariages selon le vieux rite du paganisme finnois. Les débris des Finnois païens, Mordvans, Tchérémisses, Tchouvaches, et les Tartares musulmans, accouraient de toutes parts pour le joindre, et la masse des paysans moscovites se ralliait à lui partout où il passait.
Il fut vaincu, pris et exécuté en 1671 ; mais les paysans ne voulurent jamais croire à sa mort. Ils s'imaginèrent le voir reparaître, un siècle après,