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LES COSAQUES

La noblesse polonaise fut comme submergée par ces masses qui débordèrent jusqu'au cœur de la vieille Pologne, dont le peuple ne prit pas les armes pour repousser les Ruthènes; mais, chose capitale à signaler! les masses insurgées criaient : « mort aux Liakhs ! » c'est-à-dire : aux nobles; car le nom de Liakhs ou Lekhs, le nom primitif de tout libre laboureur de la Slavie, ne désignait plus maintenant que les nobles, signe de la transformation sociale qui avait concentré la liberté dans la caste guerrière. Les insurgés criaient donc : « mort aux Liakhs! » mais jamais ils ne crièrent : « mort au roi » ni « à la république de Pologne ! » Le grand chef de la rébellion, Bogdan Chmielnicki, ne cessa d'en appeler des nobles au roi; deux fois vainqueur de la noblesse polonaise, au moment de porter le coup mortel à la Pologne, la lance lui trembla dans la main; il n'acheva pas de détruire l'armée de la couronne ; il négocia. Il avait senti l'impossibilité de constituer un État ruthène, séparé de la Pologne; il avait senti que ses compagnons d'armes n'échapperaient à une tyrannie, que pour tomber sous une autre bien plus incorrigible.

Le traité de Zborof sanctionna la reconstitution de l'armée cosaque, lui abandonna en quelque sorte la voëvodie de Kief (l'Ukraine), et garantit en outre exclusivement aux grecs-orthodoxes l'administration des voëvodies de Tchernigof, à l'est du Dnieper, et de Braçlaf, à l'ouest de ce fleuve. Tout avait été fait pour la religion grecque et pour les Cosaques, rien pour les paysans ruthènes. Les Cosaques étaient aussi des aristocrates à leur façon : ils se servaient des paysans et les méprisaient.

dans Pougatchef, et croient qu'il reviendra de nouveau. Ils l'attendent toujours, comme les Mongols orientaux attendent Timour (Tamerlan).

Il passait pour grand sorcier, comme tous les héros cosaques. Cette vénération pour les sorciers est tout à fait finnoise et touranienne.

Le traité fut mal observé des deux parts. La diète polonaise refusa un siège au métropolitain grec-orthodoxe de Kief. Les Cosaques, de leur côté, ne craignirent pas de réclamer la proscription du rite grec-uni dans toute la république. A peine cessaient-ils d'être persécutés, qu'ils prétendaient devenir persécuteurs.

Cette fois, la Pologne irritée se leva en masse : les Cosaques et les Tartares, leurs alliés, essuyèrent une grande défaite, à la suite de laquelle Bogdan Chmielnicki accepta un second traité beaucoup moins avantageux que le premier. Ce nouveau pacte, porté à la diète, allait être ratifié, quand l'opposition d'un seul nonce lithuanien arrêta tout et rompit la diète. Le liberum veto^ qui n'existait jusqu'alors ' qu'en théorie, fut là mis en pratique pour la première fois (1652).

Les hostilités se rouvrirent par une revanche des Cosaques, qui détruisirent tout un corps d'armée polonais. Bogdan Chmielnicki proposa le rétablissement du traité de Zborof, prétention qui, dans la situation, n'avait rien d'exagéré. On refusa. Alors, enfin, il se laissa glisser dans l'abîme devant lequel il avait longtemps reculé. Il traita avec le tsar Alexis. Il stipula, sous la suzeraineté du tsar, une espèce de république qui comprenait l'Ukraine, la Podolic et une partie de la Volhynie (1654). Les Cosaques soulevèrent les populations au delà du Dnieper et prêtèrent assistance aux Moscovites pour s'emparer une seconde fois de ces provinces (Sévérie, Tchcrnigof, etc.), recouvrées naguère par la Pologne. Smolensk, à son tour, retomba dans les mains du tsar,

La défection des Cosaques sembla devoir être, pour la Pologne, le signal d'une ruine immédiate; elle fut envahie à la fois par le tsar, par les Cosaques, parle roi de Suède et par l'électeur de Brandebourg, duc de Prusse. Les Moscovites entrèrent à Vilna, les Suédois à Varsovie. La Po-

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